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Par Jean-François Kahn - Mis en ligne le 12.09.2012 à 13:56 |
Il y a une grande différence, en France, entre la presse de droite et la presse de gauche: c’est que la presse de droite n’a aucun complexe, quand les siens sont au pouvoir, à les soutenir. A les soutenir sans réticence. A les soutenir jusqu’au bout. Ainsi ne me souviens-je pas que Le Figaro ait exprimé une seule véritable critique de la gouvernance Sarkozy: ils sont de notre camp, on les a voulus, donc, il faut être cohérent, on est pour. Elle n’a d’ailleurs aucun complexe non plus, la presse de droite, quand l’adversaire gagne les élections et arrive aux affaires, à se positionner radicalement contre. Illico. Sans attendre. La presse de gauche, elle, n’est pas moins militante que la presse de droite, quoique de façon plus hypocrite. Et donc éventuellement moins voyante. Mais elle est infusée, rongée par sa culture d’opposition. Soutenir, même ce que l’on a appelé de ses vœux, est quelque chose qui la rend malade. Etre «pour» lui ravage d’autant plus cruellement la conscience, qu’une grande partie de ses lecteurs, viscéralement râleurs ou protestataires, détestent ça, être «pour», et que, en conséquence, les ventes s’en ressentent. Après 1981 et l’élection de François Mitterrand, les ventes du Monde, qui avait mené la charge contre Valéry Giscard d’Estaing, commencèrent à reculer et celles du Nouvel Observateur, perçu – à tort d’ailleurs – comme le journal du pouvoir, se cassèrent la figure. C’est pourquoi, au lendemain de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle, on ne rencontra plus que des journalistes de gauche déprimés, la mine maussade, qui, unanimement, vous déclaraient «il faut vraiment que, très rapidement, nous trouvions une occasion de nous opposer». L’occasion, ils l’ont trouvée très vite. Le nouveau pouvoir, il est vrai, y a mis du sien. Mais, aurait-il réalisé des exploits que ça n’aurait pas changé grand-chose. Une presse de gauche est, presque génétiquement, une presse qui s’insurge, conteste et coule aussitôt qu’elle approuve. Ses journalistes, d’ailleurs, ne parlent jamais de leur «devoir de proposition», mais toujours de leur «fonction critique». Conséquence: trois mois après l’arrivée au pouvoir de François Hollande, c’est l’ensemble du monde médiatique qui semble être passé dans l’opposition. Comparez: Sarkozy, surtout les deux premières années de sa présidence, put s’appuyer sur un pouvoir médiatique qui lui était globalement très favorable. D’autant que le propriétaire du groupe Figaro était un sénateur UMP et que les quatre patrons des plus grands groupes médiatiques, Bouygues, Lagardère, Bolloré et Arnault ne cachaient pas leur grande proximité avec le locataire de l’Elysée. Même Le Monde eut, un temps, en la personne de Jean-Marie Colombani, un patron «sarkocisant». Le propriétaire de Libération, Edouard de Rothschild, avait été un ami cher du maire de Neuilly. Un autre proche du président devint provisoirement directeur du Nouvel Obs. Les choses changèrent considérablement par la suite et les dirigeants, comme les militants, de l’UMP considèrent que c’est l’attitude, devenue fielleuse, des médias qui a provoqué l’échec de leur champion. François Hollande, lui, n’aura bénéficié d’aucun état de grâce en la matière. En trois mois, tous les médias, absolument tous, sont devenus critiques, parfois virulents. Ceux de droite parce qu’ils sont de droite. Ceux de gauche parce qu’il leur faut prouver qu’ils ne sont pas aux ordres. Et que, de toute façon, ils ne sont pas prêts à assumer quelque responsabilité que ce soit. Les autres, parce que les socialistes s’y sont réellement pris comme des manches. A quoi s’ajoute une réalité, propre à la France, qui risque d’exploser à la figure du pouvoir en place. Nos socialistes sont inguérissables, mais, sur deux points, ils ont évolué dans le bon sens: ils ont – ce n’était pas trop tard – pris conscience de l’importance des problèmes d’insécurité et d’émigration. Ils ont commencé à se libérer de leur angélisme originel. De leur «laxisme», comme dit la droite. Or, restée profondément néosoixante-huitarde, la presse de gauche, sauf peut-être Le Nouvel Obs, n’est pas du tout sur cette longueur d’ondes. Elle leur fera donc payer cher cette évolution, qu’elle considère comme une trahison. |









