INTERVIEWS
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > INTERVIEWS >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Page n°2

Pour vous, la Suisse était donc de facto l’alliée de la France au début de la guerre?

Clairement oui. Comment appeler autrement cette coopération intensive entre les états-majors des deux pays depuis la fin des années 30? Comment concevoir ces échanges importants d’informations? Ces visites régulières? Les Français cherchaient à sécuriser leur flanc droit alors que les Suisses avaient besoin de la puissance de feu de leurs voisins pour repousser les Allemands. Chacun avait à y gagner.

Si ce n’est que les Suisses étaient censés être neutres?

La Suisse n’a pas été neutre en 1939-1940. Même si son gouvernement n’a pas signé un accord formel, son armée a coopéré avec la France. Une France qui cherchait à réaliser ainsi une grande coalition afin de contrebalancer le poids démographique allemand.

Sans grand succès visiblement…

Effectivement. La débâcle est d’ailleurs due en grande partie à la volonté du commandement français d’aller se battre hors de France. Mais cela se passe mal en Belgique. Notamment parce que les Belges, neutres également, collaborent mal, à la différence des Suisses. En 1939, la moitié de l’armée belge se déploie à la frontière avec la France pour protéger la neutralité nationale et, quand l’Allemagne attaque, l’armée belge ne réalise pas les destructions d’ouvrages dans les Ardennes comme elle s’était engagée à le faire. Ces actions auraient permis aux alliés de gagner du temps.

On voit que les Belges ont leur part de responsabilité dans la défaite alliée. Et la Suisse?

Disons que «l’hypothèse H» a obligé la France à fixer durablement un nombre conséquent de grandes unités qui auraient été beaucoup plus utiles là où la bataille faisait rage. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’armée française ne dispose que de peu d’unités de r é s e r v e e n 1940 pour faire face à une rupture de front. Elle manque de réactivité. Tout l’inverse de la Première Guerre mondiale. Donc oui, le fait que l’armée suisse n’aurait pas pu repousser seule une attaque allemande a eu des conséquences.

L’attention apportée à la Suisse par l’armée française était-elle inutile finalement?

Oui, puisque l’Allemagne n’a jamais eu l’intention de passer par la Suisse pour attaquer la France. Le pire, c’est que toute cette affaire n’était qu’une spéculation de l’état-major français. Une spéculation dépourvue de tout fondement objectif.

 

PHILIPPE GARRAUD

Directeur de recherche au CNRS, cet enseignant de l’Institut d’études politiques de Rennes travaille sur les interactions entre politiques de défense et relations internationales en France et en Allemagne (1918-1940). Il a consacré un article sur le rôle de «l’hypothèse suisse» dans la défaite française de 1940 (Guerres mondiales et conflits contemporains, No 230, juin 2008).
 
 



« Page précédente Page 2/2

 




Tags: Philippe Garraud, Seconde Guerre mondiale, "l'hypothèse H", neutralité,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.



INTERVIEWS
 Pierre-Alain Cardinaux: "A 50 ans, le patron d’une société familiale doit préparer sa succession"
En Suisse, 88% des entreprises sont familiales. Elles emploient près des deux tiers des personnes actives. L’ouvrage bilingue allemand-français Standards...
INTERVIEWS
 Elie Barnavi: "Israël s’enferme dans une cage"
L’historien Elie Barnavi est cet «ami israélien» auquel le philosophe Régis Debray vient d’adresser son dernier livre en forme de...