Philippe Leuba ou le respect idolâtre des institutions
VAUD. Bouleversé par l’affaire Skander Vogt, le conseiller d’Etat vaudois, un dur converti au consensus, veut résister aux critiques et surtout aux compliments.
Personne ne sera épargné, ni les subordonnés, ni les petits chefs, ni même les grands. Si les enquêtes en cours révèlent qu’ils ont fauté, ils devront en subir les conséquences, quelque douloureuses qu’elles soient. Philippe Leuba l’a promis. Solennellement. Prochain rendezvous, le 15 juillet, jour où seront remises les conclusions de l’enquête administrative conduite par un juge indépendant. Seront alors établies, ou à tout le moins éclaircies, les circonstances de la mort de Skander Vogt, asphyxié dans sa cellule de haute sécurité du pénitencier de Bochuz, après qu’il eut bouté le feu à son matelas.
Pour le moment, le chef du Département vaudois de l’intérieur ne veut rien dire de l’affaire en tant que telle. Il attend d’avoir des «faits» avant de risquer le moindre commentaire. Il n’est pas homme à s’épancher publiquement, mais dans son entourage on sait que l’événement l’a bouleversé. Il n’aime pas trop parler de lui, non plus.
«On est toujours très mauvais juge de soi-même.» Alors, il laisse parler les autres, amis politiques, adversaires ou journalistes. Sans leur attacher trop d’importance. «Ont-ils raison? Ont-ils tort dans leurs jugements? Je n’en sais trop rien.» Critiques et compliments sont souvent, dit-il, «excessifs». Aux unes comme aux autres, l’homme politique doit savoir «résister». Ce qui ne veut pas dire, insiste-t-il, «que les critiques soient forcément injustifiées». Il faut savoir les écouter comme il faut savoir se remettre en question. A défaut, l’homme politique est condamné à «la solitude». Au milieu d’un ballet de courtisans qui forme écran autour de lui, il ne reçoit plus les échos de la rue. D’où l’exigence d’avoir à proximité des gens capables de vous dire: «Là tu t’es trompé.» Le psychisme d’un homme de pouvoir ne doit pas devenir si fragile qu’il ne supporte plus un échange d’idées dans la liberté d’un face-à-face et le cours imprévisible d’une conversation.
Un pur-sang. On peut classer les hommes politiques en deux catégories: ceux qui sont faits pour le gouvernement et ceux qui sont faits pour le parlement. Il est rare que les mêmes excellent dans les deux emplois. Le plus grand nombre échoue dans les deux à la fois. Le talent de Philippe Leuba a été longtemps celui d’un pur-sang du parlement. Un virtuose farouche, qui paraissait réfractaire au compromis, et pariait sur la fécondité de l’absolue intransigeance verbale. Une outrance de jusqu’au-boutiste libéral assimilant son mandat de député à une guérilla de partisans soulevés contre la tyrannie bureaucratique de l’Etat. Habile à transpercer chaque point vulnérable de l’adversaire, il incarnait l’homme de droite, à la limite parfois du populisme, tenant haut l’étendard contre les partis de gauche, et même contre le Conseil d’Etat.
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