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Et puis, tout a changé. Entré il y a trois ans dans ce même Conseil d’Etat qu’il avait si souvent vitupéré, il s’est assagi, comme attiédi dans les eaux du consensus et de la collégialité. Aurait-il renié ses convictions? Protestation de l’intéressé: «Mes valeurs et mes convictions sont toujours les mêmes, c’est la manière de les exprimer qui est différente.» Philippe Leuba a simplement «adapté» son comportement aux institutions. «Votre opinion, vous la portez au Conseil d’Etat, et ensuite vous portez la décision du gouvernement, même si vous n’êtes pas d’accord avec lui.» C’est ce qu’on appelle la collégialité. Le contraire de ce qui se passe dans un parlement où règne, ou en tout cas, devrait régner, «le débat public d’idées».
Refuser la différence entre les deux, «c’est miner le fonctionnement des institutions». Et pour ce juriste de formation, qu’imaginer de plus précieux que les institutions? Toujours impeccablement vêtu, la cravate comme chevillée au corps et le cerveau verrouillé par le droit, il fait preuve envers elles d’un idolâtre respect.
La paix sociale. Ce dont Philippe Leuba est le plus fier? «Le rétablissement de bonnes relations avec les communes vaudoises. Il y a des dizaines d’années qu’elles n’ont pas été aussi chaleureuses.» Encore, dira-t-on, le côté institutionnaliste du ministre de l’Intérieur. Ne s’intéresserait-il pas à des problèmes moins abstraits et plus humains? Certes, ce qui ne l’empêche pas de placer au deuxième rang de ses plus belles réussites la consécration en lettres de feu dans la Constitution vaudoise de l’indépendance absolue du Ministère public. Et c’est là que l’institutionnel rejoint en quelque sorte le concret ou l’humain: «Je l’ai proposée parce que je suis convaincu que la paix sociale repose d’abord sur la confiance que les gens peuvent avoir dans le monde judiciaire.» Et quand on perd confiance en la justice, on finit par faire justice soi-même.»
Politique d’asile. Au gouvernement et auprès des médias, Philippe Leuba, 45 ans, dont le père fut lui-même conseiller d’Etat, s’est surtout fait un prénom dans le domaine de la politique d’asile. Une politique sévère, qui a mis fin à ce qu’on appelait «l’exception vaudoise», toute dégoulinante de bons sentiments, mais volontiers contraire à la législation fédérale. Et pourquoi pareil tour de vis? Une fois de plus, Philippe Leuba invoque le respect des institutions. Les lois fédérales sur l’asile ont été votées par le peuple, «y compris le peuple vaudois». Comme conseiller d’Etat, «je ne me reconnais donc pas le droit de refuser d’appliquer la loi».
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