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ESSAI
Philippe Roch, réincarnation de Rousseau?

Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 01.02.2012 à 11:20

SYMBIOSE. Dans un ouvrage à paraître le 9 février, Philippe Roch imagine un dialogue entre lui et Jean-Jacques Rousseau. Avec la nature au cœur de leurs échanges. Insolite.

Jean-Jacques Rousseau et Philippe Roch dialoguent: Jean-Jacques: «Je n’ai jamais pu croire que Dieu m’ordonnât sous peine de l’enfer, d’être savant. J’ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c’est celui de la nature. C’est dans ce grand et sublime livre que j’apprends à servir et adorer son divin auteur.»

Philippe: «Je partage votre avis: la nature est le seul livre que Dieu a écrit lui-même.»

L’essentiel est dit. Mais pourquoi diable encore un livre sur Rousseau dont on célèbre les trois cents ans de la naissance? «La première raison est que je n’ai pas trouvé de synthèse sur la relation de Jean-Jacques Rousseau à la nature», explique Philippe Roch dans l’introduction de son ouvrage Dialogue avec Jean-Jacques Rousseau sur la nature (Labor et Fides). Son approche, celle d’un dialogue imaginé entre l’ex-directeur de l’Office fédéral de l’environnement et le célèbre philosophe, marie profondeur et légèreté. Les textes originaux de Rousseau s’enchaînent naturellement aux paroles que lui prête Philippe Roch. Lequel ne cache pas son profond attachement pour «ce compagnon de marche (…) le premier à donner autant d’importance à la nature (…) et à fonder un système philosophique sur la relation historique, biologique, émotionnelle, rationnelle et mystique entre l’humanité et la nature sauvage». Et l’auteur de se demander s’il n’est pas «une réincarnation de Jean-Jacques Rousseau». Bigre! Si cela est vrai, il peut en effet faire parler Jean-Jacques, son âme frère, sans le moindre scrupule.

Au fil des chapitres, les deux hommes se découvrent d’étonnantes ressemblances, jonglent avec l’espace-temps, passent allègrement du XVIIIe au XXIe siècle.

Philippe: «Vous avez remarqué combien les automobiles ont envahi nos plus beaux paysages.»

Jean-Jacques: «C’est une véritable infection de laideur, d’air pestilentiel et de bruit!» Les deux comparses s’épouvantent devant la perspective de la construction d’un pont à travers le lac qui mettrait à mal «toute la beauté de Genève qui vient de l’écrin de nature qui l’entoure».

 

«POUR LES VERTS, LA NATURE N’A SOUVENT QU’UNE VALEUR ÉCONOMIQUE.»
Philippe à Jean-Jacques

 

Vision utilitariste. Dans le dernier chapitre de ces dialogues, Jean-Jacques n’arrive pas à croire que les Verts ne s’intéressent pas à la nature. A leurs yeux, lui apprend Philippe, «la nature n’est souvent considérée au mieux que pour sa valeur économique; elle est monétarisée, dans une vision utilitariste». Eva Joly, candidate à l’élection présidentielle française en prend pour son grade. Sont en revanche plébiscités pour leur engagement en faveur de la nature les Français Nicolas Hulot, malgré «son amour immodéré des hélicoptères et autres machines pétaradantes» et Corinne Lepage ainsi que les Suisses Flavio Cotti, Ruth Dreifuss et Simonetta Sommaruga. Jean-Jacques, qui n’a pas grand-chose à dire à ce sujet, écoute religieusement.

Les amis communs des deux complices vont se nicher jusque dans les cimes de la conscience humaine. «Je ne peux m’empêcher de penser que si vous aviez connu Carl Gustav Jung, vous auriez bénéficié de son concept du Soi qu’il a inventé en 1902», souligne Philippe Roch. Son compère approuve.

Et comme celui qui aime bien châtie bien, Philippe reproche tout de même à Jean-Jacques son incapacité à «inventer une véritable égalité entre hommes et femmes, encore moins la liberté de choix des rôles au sein du couple». Mais l’accusé se justifie: «Peut-être bien que les émotions extrêmes que j’ai ressenties dans mon commerce avec les femmes ont quelque peu étouffé ma raison.» Et quand Philippe lui fait remarquer qu’il y a un immense fossé entre sa philosophie et le fait d’avoir confié ses cinq enfants à l’assistance, Jean-Jacques reconnaît cette contradiction et s’en repent amèrement. Philippe, bien que ne partageant pas son point de vue sur cette question, se refuse à tout jugement. «Et je me dis que si vous vous étiez occupé de vos enfants, vous n’auriez jamais produit l’immense œuvre dont la Terre entière bénéficie depuis plus de deux siècles.» Quand on aime, on pardonne quasiment tout.

«Dialogue avec Jean-Jacques Rousseau sur la nature». De Philippe Roch. Ed. Labor et Fides, 212 pages. En librairie le 9 février.





Tags: Philippe Roch, Rousseau, conversation, essai,

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