POINT FINAL
Pickpocket
Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 25.01.2012 à 13:33
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Se faire piquer son portefeuille sur le quai de la gare de Genève-Cornavin, par une obscure main, aussi agile qu’invisible, cela n’arrive pas qu’aux autres. J’ai vécu cette banale mésaventure récemment. Une minute environ avant le départ de mon train pour Yverdon-les-Bains, j’éprouve une soudaine sensation de légèreté. Mon petit sac en bandoulière, la fermeture éclair trop généreusement ouverte, vient de séduire un filou. Cartes bancaires, carte de presse, autres cartes diverses me reliant à ce que l’on nomme, je crois, «la civilisation», plus quelques menus billets, tout a disparu. Et les portes de mon train sont sur le point de se fermer. Trois secondes de réflexion. Je monte. C’est là que commence le parcours initiatique.
LE GREDIN, À LA GARE DE GENÈVE, N’A PAS RÉUSSI À ME VOLER QUI JE SUIS.
Le contrôleur, à qui je n’ai ni billet, ni abonnement général, ni argent à présenter, me croit immédiatement sur parole. Et me souhaite bonne chance. En voilà un, me dis-je, qui fonctionne à l’intuition, laquelle chemine souvent avec la bienveillance, voire avec la compassion. Les lumières de la nuit défilent par la fenêtre du train qui a maintenant pris son allure de croisière. J’éprouve alors un bien étrange sentiment. Celui d’être plus en ayant moins. Le gredin à Genève n’a pas réussi à me voler «qui» je suis. Il a pris l’important, négligeant l’essentiel. Et de me sentir peu à peu aussi léger que mon sac en bandoulière. Une petite mort, en quelque sorte, emportant avec elle la vanité des choses humaines pour n’y laisser que la Vie.
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