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DÉPART Pierre Keller, un ex-directeur de l’Ecal, dont les étudiants, au nombre de 600 aujourd’hui, lui manqueront.
Bertrand Rey / Strates

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Ecal
Pierre Keller : «Je suis fier de l’outil que je laisse»

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 29.06.2011 à 11:45

Le directeur de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne rend les clés après seize ans de services exceptionnels. Tour du propriétaire en quelques motifs de fierté légitimes.

Pierre Keller à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (Ecal), c’est fini. Nommé en 1995 par le conseiller d’Etat vaudois Jean-Jacques Schwaab, Pierre Keller, 66 ans, cède ce jeudi son bureau de directeur à Alexis Georgacopoulos, 35 ans.

Un départ qui n’est bien sûr pas synonyme de retraite pour autant: le nouveau président de l’Office des vins vaudois brigue un mandat radical au Conseil national cet automne, prépare un livre sur lui-même avec l’éditeur d’art de JRP-Ringier Lionel Bovier pour septembre, court les conférences et jurys internationaux, a accepté de donner sa semaine de cours annuelle à l’EPFL jusqu’à 70 ans, espère bien s’occuper de la promotion du futur Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne une fois Bernard Fibicher, actuel directeur, hors de son chemin, et préside pour encore deux ans l’Elac, galerie indépendante mais néanmoins amie de l’Ecal.

Il part «la tête haute», satisfait d’avoir «hissé l’Ecal sur un plan planétaire» et de laisser un «outil fantastique» au canton de Vaud. Retour sur ses motifs de fierté préférés en seize ans de direction d’une école d’art passée de 150 à 600 étudiants.

Le nouveau bâtiment de Renens

«Je suis extrêmement fier du bâtiment de Renens investi par l’Ecal il y a trois ans. Tout s’est combiné merveilleusement. J’ai été contacté par Pierre Nussbaumer, propriétaire de l’ancienne fabrique de bas Iril, alors que je voulais réunir les deux sites de l’Elysée et de Bussigny. Anne-Catherine Lyon puis Pascal Broulis ont été partants.

J’ai présenté l’architecte Bernard Tschumi à Pierre Nussbaumer, qui a été d’accord de mettre 40 millions pour refaire le bâtiment. Nous avons trouvé d’autres locataires pour équilibrer les comptes avec l’EPFL, la ville de Renens et l’Elac, et en dix-huit mois, autre miracle, nous avons fait le bâtiment. Qui a redonné du punch et de la vitalité à l’école et aux étudiants.»

Le soutien des politiques

«J’ai toujours été soutenu par le Conseil d’Etat vaudois et j’en suis heureux. Jean-Jacques Schwaab m’a nommé contre l’avis de la commission de sélection mais ensuite, je n’ai jamais été en conflit avec mes autorités. Ils ont été remarquables, j’en ai été agréablement surpris.

J’ai un profond respect pour mon statut de fonctionnaire et j’ai toujours considéré que mon rôle était de créer des choses agréables et non d’attirer des ennuis au politique.

Après Schwaab, j’ai travaillé avec Francine Jeanprêtre puis Anne-Catherine Lyon. C’est un plaisir de collaborer avec elle. Elle connaît beaucoup de choses et est très ouverte. Je pense que mes qualités de management, de communication, de charisme les ont rassurés. Je suis exigeant, travailleur et visionnaire. J’aime chercher mais surtout trouver!»

Big-Game

«J’aime constater le parcours brillant de nombreux ex-étudiants. Par exemple Augustin Scott de Martinville, Grégoire Jeanmonod et Elric Petit, qui ont fondé le studio Big-Game, ou Adrien Rovero, ou encore des artistes comme Cyprien Gaillard, Prix Marcel Duchamp 2010.

Ce sont de grands professionnels qui ont en commun l’ambition d’être bons et de se présenter dans le monde entier. Difficile à dire s’ils auraient eu le même parcours sans l’Ecal. En tous les cas, nous leur avons facilité l’accès au succès.»

Les botte-culs

«Cette aventure autour des botte-culs a été quelque chose d’incroyable. En 2000, le Centre culturel suisse de Paris m’avait demandé une exposition. Pour ne pas passer inaperçu avec de simples chaises ou canapés, j’ai eu l’idée de demander à tous les designers que je connaissais de repenser la chaise à traire.

On m’a reproché de profiter de l’ethno fever mais au final, on a fait 40 expositions à ce jour, avec une nouvelle halte cet été à Megève. C’est un hit. Mon but est de trouver un sponsor qui achète ces botte-culs et les donne au Mudac.»

Le master luxe design

«Je suis très fier d’avoir lancé cette formation postgrade au moment de la crise, en 2007. Tout le monde disait que ce n’était pas le moment. Mais c’est justement en temps de crise que les marques ont besoin de se montrer créatives!

Je voulais un MAS uniquement destiné à la création qui travaillerait main dans la main avec l’industrie et son savoir-faire. Je l’ai fait tout seul, sans collaboration avec les HES, en trouvant le million qu’il fallait pour le lancer avec Nespresso, Hublot et Audemars Piguet comme sponsors principaux. Les autres partenaires, comme Bernardaud et Christofle, le sont au niveau technique.

C’est aujourd’hui le seul MAS au monde destiné uniquement à la création en design de luxe, les autres sont un mélange de management et de marketing. Nous recevons quelque 60 inscriptions par an pour en garder 15.

Plusieurs des prototypes créés avec les marques ont été édités par Baccarat (photo) ou Hublot. Nous venons de dessiner pour la première fois une montre pour Audemars Piguet. Je suis persuadé que nous pouvons encore développer ce master en créant une sous-section horlogerie.»

L'Ecal comme école ouverte

«Je n’aime pas les fonctionnaires de l’enseignement. Je suis content d’avoir cassé cette rigidité administrative en faisant venir des gens au coup par coup pour des workshops ou des conférences et ainsi amener de l’air frais et de nouvelles visions. On ne devrait jamais nommer les gens à vie dans les écoles d’art.

Tous mes grands professeurs enseignent mais ont leur boulot par ailleurs. Je suis très fier d’avoir fait venir les Français Ronan Bouroullec ou Pierre Charpin, les frères brésiliens Fernando et Humberto Campana, ou encore l’artiste genevois John Armleder!»

Le cornet à glace de Bernardaud

«J’adore le cornet à glace en porcelaine dessiné en 2008 par une étudiante, Delphine Frey, pour la manufacture Bernardaud. C’est un objet amusant et déjanté qui a trouvé son chemin puisqu’il est commercialisé. Et qui nous a permis à Alexis et à moi-même de jouer les vendeurs de glace avec un franc succès à Miami Design!»

Son successeur

«J’ai toujours voulu que mon successeur soit quelqu’un du métier, pas un administratif ou un historien. Je suis fier d’avoir été entendu et qu’Alexis Georgacopoulos ait été nommé.

C’est une excellente chose pour l’école d’avoir un directeur jeune, compétent, avec un réseau et des compétences managériales indiscutables. La seule recommandation que je lui fais, c’est de ne pas oublier que notre matière première, ce sont les étudiants.»






Tags: Pierre Keller, Ecal, Ecole cantonale d'art de Lausanne,

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