Une union de retraités collaborant avec de tout jeunes ingénieurs ou l’alliance de praticiens expérimentés et de théoriciens universitaires, c’est la recette magique de la société parisienne Eco-Carbone, fondée en 2001 par Pierre Landolt.
Lui-même sexagénaire hyperactif, il préside la Fondation de famille Sandoz, demeure le principal associé de la Banque privée Landolt & Cie à Lausanne et siège aux conseils d’administration de Novartis et Syngenta. Il vient par ailleurs de créer une nouvelle chaire au sein de l’EPFL consacrée à l’innovation dans le développement durable.
Cet entrepreneur fortuné, pionnier de la culture biodynamique dans le Nordeste brésilien, s’est donc allié à deux retraités encore aussi verts que des feuilles d’eucalyptus après la mousson: Olivier Kreiss, ex-PDG de Degrémont, société leader mondial de l’ingénierie du traitement de l’eau, et François Falloux, ex-cofondateur des Fonds carbone gérés par la Banque mondiale. Bourse du carbone. Pierre Landolt a rassemblé ces experts afin de saisir les formidables opportunités offertes par les accords de Kyoto. Ces derniers visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5% d’ici à 2012 en regard de leur niveau de 1990.
Ils ont donné naissance à une bourse internationale du carbone. Il s’agit d’un marché public de négociation et d’échange de crédits d’émission de GES. D’une part, des acheteurs (par exemple des entreprises) acquièrent ces crédits de carbone pour respecter les quotas d’émission que leur ont accordés les gouvernements.
D’autre part, des vendeurs sont financièrement encouragés à investir dans l’innovation technologique et la modernisation de leurs installations. Eco-Carbone, réellement active depuis 2003, aide précisément ces vendeurs à ficeler leurs dossiers et à s’y retrouver dans une procédure administrative complexe.
Après un démarrage en douceur, les affaires commencent à bourgeonner. En mars 2008, pressentant un avenir prometteur, un nouvel actionnaire a rejoint la société pour y injecter 2,1 millions d’euros. L’arrivée de Truffle Capital, active dans le développement de projets liés à la gestion des crédits carbone, marque un tournant dans le développement d’Eco-Carbone.
Encore modeste (environ 1million d’euros), le chiffre d’affaires de cette société d’une dizaine de collaborateurs semble bien parti pour prendre l’ascenseur. «J’aime travailler avec des retraités. S’ils continuent à être actifs alors qu’ils pourraient couler des jours paisibles, c’est qu’ils sont particulièrement motivés», constate Jean-François Fourt, partenaire de Truffle Capital, à Paris.
Limiter les dégâts. En Chine, qui construit une centrale électrique à charbon par semaine, Eco-Carbone a du pain sur la planche. L’extraction de houille provoque en effet de fortes émanations de méthane, redoutable GES. Eviter que ce gaz ne se perde dans l’atmosphère est une priorité. Encore faut-il que l’opération soit rentable. «Nous expliquons aux Chinois qu’en diminuant leurs émissions ils peuvent gagner beaucoup d’argent, seul argument vraiment convaincant», souligne Olivier Kreiss, PDG d’Eco-Carbone.
En investissant quelques millions d’euros pour réduire leurs émissions de méthane, les industriels chinois touchent des crédits qui leur font gagner des dizaines de millions. Six mines, représentant moins de 10% des exploitations du pays, ont d’ores et déjà passé des contrats avec la société de Pierre Landolt. Gouttes d’eau dans une mer noire? C’est en tout cas un moyen efficace de limiter les dégâts pour un pays dont la production de charbon (1,7 milliard de tonnes par an) augmente annuellement de plus de 10%.
La production de biodiesel à partir d’huile de jatropha, un arbuste qui pousse sur des sols peu fertiles dans les pays tropicaux, est la deuxième activité phare d’Eco-Carbone. Les recherches ont pris racine dans la fazenda de 30 kilomètres carrés que Pierre Landolt possède dans le Nordeste brésilien depuis 1977.
Avec des ingénieurs agronomes, le banquier devenu paysan concocte une véritable «boîte à outils» destinée à produire des semences de jatrophas hybrides. Lesquelles résistent aussi bien à la sécheresse (comme dans certaines régions du Brésil ou au Mali) qu’à un climat humide (comme au Viêtnam).
Le recours au jatropha «est une bonne alternative à la production de carburant fossile», explique Pierre Landolt, aussi enthousiaste qu’un jeune chercheur qui serait sur le point de dénicher la pierre philosophale. C’est une transition écologiquement acceptable entre la première génération d’agrocarburants dévoreurs de terres agricoles et la deuxième, encore en phase expérimentale, qui vise notamment à utiliser des déchets organiques.
Dans le Nordeste brésilien, au Mali et ailleurs, le jatropha participe au reboisement de terres abandonnées ou semi-arides. Qui plus est, son huile est utilisée comme insecticide naturel et la biomasse résiduelle peut servir de fertilisant naturel de haute qualité. Plus d’un mil lion d’hectares pourraient être destinés à la culture de jatro-pha dans le monde, dans les cinq ans à venir. Eco-Carbone vise 15 à 20% de ce marché potentiel.
Sur ses terres brésiliennes, Pierre Landolt produit et commercialise des fromages, du miel, du riz rouge ainsi que des légumes et des fruits issus d’une agriculture biodynamique bénéficiant du label Demeter. Pour obtenir une telle certification, il convient de suivre des règles de production sensiblement plus exigeantes que celles qui caractérisent l’agriculture biologique.
Suivre l’enseignement de Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie et le père de l’agriculture biodynamique, c’est adhérer à une vision holistique d’un monde vivant et subtil. Comment agir dans ce sens, tout en étant administrateur de Novartis et de Syngenta qui, jusqu’à preuve du contraire, naviguent encore à quelques années-lumière de cette approche?
Bio et business. «Notre marché de niche ne fait pas concurrence aux produits chimiques. Mais sa croissance interpelle mes collègues et les amène à réfléchir sur cette opportunité, constate Pierre Landolt. Mais ne croyez pas que je sois bien vu par tous les certificateurs.» Comme par exem ple ceux du mouvement Fair Trade qui n’admettent pas qu’un petit propriétaire puisse posséder 50 hectares.
Il doit se contenter de 5 hectares au maximum. «Mais l’Amérique latine n’est pas l’Europe!» Du coup, Pierre Landolt a renoncé à la certification Fair Trade après l’avoir obtenue. Concilier culture biodynamique, commerce équitable et business? Le fondateur d’Eco-Carbone ne se focalise pas sur cet objectif. «C’est une tâche surhumaine.»
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Carbo d’amont Projet au Pays-d’Enhaut
Il y a trois ans, le Groupement forestier du Pays-d’Enhaut, qui représente les trois communes vaudoises de Rossinière, Château-d’Œx et Rougemont, a mandaté Eco-Carbone pour voir comment cette région pouvait, elle aussi, se mettre au diapason des accords de Kyoto en séquestrant un maximum de CO2.
Heureux propriétaire d’un alpage avec deux chalets que lui avait vendu la commune de Rossinière, Pierre Landolt ne s’est pas contenté de restaurer les lieux. Il a impliqué sa société dans un projet de valorisation du domaine forestier, de l’énergie de biomasse, de l’hydraulique, de l’élevage et du tourisme.
Au bout du compte, il s’agit d’évaluer combien de tonnes de dioxyde de carbone peuvent ainsi être économisées en favorisant, par exemple, l’utilisation du bois énergie chez les particuliers ou en chauffant des bâtiments avec le biogaz produit à partir des fumiers et autres résidus de la ferme.
Une association coordonne toute cette opération: Carbo d’Amont, présidée par l’ancien conseiller national radical Yves Christen, secondé par Jean-Pierre Neff, municipal et menuisier-charpentier.
Considérée comme «projet-pilote» par la Confédération, cette initiative de développement durable doit encore être concrétisée. Si possible, dans les meilleurs délais. • PLB
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Tags: écologie, EPFL, Eco-Carbone, Pierre Landolt, Kyoto,
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