|
Par Clément Bürge, Chantal Tauxe - Mis en ligne le 09.05.2012 à 11:14 |
Une cinquantaine de pages pour convaincre. Rares sont aujourd’hui les politiciens qui prennent la plume avec autant de force pour clarifier leur ambition à la veille d’une élection. Candidat à la succession de Mark Muller le 17 juin prochain, Pierre Maudet le fait cette semaine en publiant Une certaine idée de Genève, une brochure dans laquelle il explique son programme. Il en a commenté les lignes de force pour L’Hebdo, tout en répondant à des questions sur son itinéraire de jeune prodige de la politique. FamilleVotre grand-père maternel était postier, est-ce de là que vient votre goût pour les uniformes? Je le confesse, j’ai toujours eu un faible pour les uniformes, dans la mesure où ils incarnent l’autorité publique et le goût du service. Et j’ai toujours admiré son képi (il était postier à Zuoz, dans le canton des Grisons). Je crois que c’est aussi dû à mes origines françaises. D’où viennent vos parents? Ma mère, Susanna Willy, vient de la Haute-Engadine, qu’elle a quittée à l’âge de 16 ans pour un séjour d’un an comme jeune fille au pair à Genève. Après son diplôme de commerce à Saint-Moritz, elle est revenue définitivement à Genève en 1963. Mon père, Henri, lui, est Breton de naissance et Vendéen d’origine. Comment votre père s’est-il retrouvé à Genève? Aîné d’une famille nombreuse, il était doué pour les études. Il est parti à Rennes pour celles-ci puis a entamé une formation à Paris pour entrer dans un ordre religieux. Heureusement, il a changé d’avis! Après des études de lettres puis de théologie à Paris, il a séjourné à plusieurs reprises en Israël, où il a rencontré ma mère. Lorsqu’il est revenu en France, il a fait une escale à Genève pour revoir ma mère, et n’en est jamais reparti. Ils se sont mariés, ont eu un premier enfant, moi-même, en 1978, puis, six ans après, mon frère cadet qui est aujourd’hui médecin à Fribourg. Vous avez gardé des liens avec la France? J’ai des oncles et des cousins en France, et je m’y rends quelques fois par an, notamment sur l’île d’Yeu, une charmante petite île au large de la Vendée. A 20 ans, vous avez été victime d’un grave accident, dont vous ne parlez que rarement… C’était dans le cadre militaire. J’ai été brûlé au visage et très gravement aux avant-bras, aux deuxième et troisième degrés. Je suis arrivé au centre des grands brûlés de Lausanne avec une tête de momie. Cela m’a marqué d’être immobilisé et totalement dépendant du personnel hospitalier à cet âge-là. Cela m’a amené à créer l’association Flavie, l’abréviation de Flamme-Vie, l’Association suisse romande des victimes de brûlures. Cela explique aussi mon admiration et mon profond respect pour l’engagement des pompiers. InspirationComment vous ressourcez-vous? Lorsqu’on est magistrat municipal dans une ville comme Genève, on est toujours sur le qui-vive. Le seul moyen de se ressourcer, c’est de fuir, au moins par l’esprit. Car débrancher son portable, c’est impensable, notamment lorsqu’on est en charge des pompiers. Ma femme rigole, car avant que j’accède à l’exécutif, je mettais environ trente minutes pour faire mes courses. Depuis que je suis conseiller administratif, le temps a doublé. Et depuis que je suis maire, il a triplé. Je rencontre toujours des gens qui ont des choses à dire et auxquels je prends toujours le temps de répondre. C’est ce qui rend mon activité passionnante!
«EN VOYAGE, QUAND JE PRENDS DES PHOTOS DE POUBELLES, MA FEMME ME DIT D’ALLER ME FAIRE SOIGNER!»
Que vous disent-ils? Dans une ville comme Genève, la fonction de maire donne accès à un nombre et à une diversité de gens impressionnants. Des personnes confondent parfois la fonction de maire avec celles de médecin, de psy, de pasteur, ou de marabout. On m’a déjà demandé si je pouvais jeter des sorts! Les gens vous demandent du travail, des logements, parfois des choses triviales, parfois des choses touchantes. Où partez-vous? J’adore les voyages dans les villes, car j’adore comparer. Il est indispensable d’aller voir ailleurs, d’aller emprunter d’autres expériences, un peu de bon sens qui nous fait parfois défaut dans nos réflexions. Mais, évidemment, quand je commence à prendre des photos des poubelles dans les autres villes, ma femme me dit que je devrais me faire soigner! Un voyage qui vous a marqué? Lorsque nous nous sommes mariés, les invités pouvaient acheter des minutes, des heures voire des semaines de crédit pour Sienne. Nous avions choisi cette cité toscane par amour de la culture italienne. On en a eu pour trois mois et demi de séjour linguistique et culturel, qui nous a permis d’apprendre l’italien. C’était durant l’été 2006. Quid de vos lectures? Pour être honnête, je n’ai plus beaucoup le temps de lire… à part Astérix, qui est une source inépuisable d’enseignement en management. Plus sérieusement, j’aime les auteurs romands comme Denis de Rougemont, dont les livres m’ont marqué. Et j’apprécie bien sûr les essais politiques, le dernier que j’ai lu étant celui de Najat Belkacem, adjointe du maire de Lyon, mais surtout une des «amazones» de François Hollande. Son analyse de l’état de notre démocratie mérite le détour. Et la musique? Mes goûts musicaux sont assez classiques, je l’avoue. J’ai mes airs de Chopin, mes symphonies de Beethoven, que je pourrais écouter en boucle. Quand j’ai du temps, j’adore aller au théâtre, que cela soit pour du vaudeville ou du contemporain.
La politiqueD’où vous vient votre goût pour la politique? J’ai toujours baigné dans une atmosphère républicaine. Mes parents étaient tous les deux fonctionnaires du canton. Ma mère était enseignante et mon père, après un passage de deux ans dans le secteur privé comme juriste, travaillait dans la culture. Ils se sont donc toujours intéressés à ce qui se passait au sein de l’Etat. Mon père était aussi très engagé dans les associations caritatives et culturelles, notamment au sein de l’Eglise protestante de Genève. Comment votre carrière a-t-elle commencé? A 11 ans, j’ai envoyé ma toute première lettre au Conseil administratif de la Ville de Genève, pour demander des rampes de skateboard. La mairie m’avait alors répondu de façon impersonnelle. Deux enseignants socialistes m’ont poussé à agir et m’ont aidé à créer le Parlement des jeunes lorsque j’avais 14 ans. Ironie de l’histoire, nous nous sommes retrouvés opposés quelques années plus tard sur les bancs du Conseil municipal. Pourquoi avoir créé le Parlement des jeunes? Tout est parti de demandes concrètes, comme celle pour des rampes de skateboard. Dans les années 1990, des Parlements des jeunes émergeaient en Suisse, comme celui de Meyrin, créé notamment par Michel Chevrolet et Antonio Hodgers en 1988. On s’est dit: pourquoi ne pas en avoir un en Ville de Genève? Le conseiller administratif en place, Michel Rossetti, un radical, a trouvé l’idée intéressante. D’autres jeunes se sont joints au projet. Et celui-ci s’est concrétisé. Et quel a été son impact sur la Ville? Le Parlement des jeunes a été actif une dizaine d’années. Son plus grand fait d’armes a été la création des Noctambus, les bus de nuit pour jeunes. Le projet correspondait typiquement au concept du Parlement, à savoir répondre à une préoccupation et à un besoin que seuls les jeunes peuvent exprimer. Comment vous êtes-vous lancé dans la politique partisane? Jusqu’à l’âge de 20 ans, je réprouvais les étiquettes de partis. Je considérais qu’y adhérer allait aliéner une part de mon identité. Je me suis rendu compte que le Parlement des jeunes était un lobby des jeunes. Or je voulais développer une vision plus globale de la société. Le Parti radical avait une histoire et une culture fascinantes, celles de la défense des minorités, de la justice sociale et de la liberté humaine. Et j’étais attiré par certaines personnalités comme Peter Tschopp, Gilles Petitpierre et Guy-Olivier Segond. Des gens avec des tendances et des positions différentes. A 20 ans, on n’a pas forcément les idées très arrêtées. Mais mes tripes m’ont dit que c’était un parti intéressant, qui ne me forcerait pas à m’aligner sur une ligne doctrinaire, au contraire d’un parti de gauche. J’ai alors rejoint le Parti radical le 6 mars 1998, jour de mes 20 ans. A l’armée, vous étiez aligné, le doigt sur la couture. Pourquoi avoir choisi un parti pour sa diversité d’opinion? Mon engagement militaire, dans les troupes de sauvetage, est paradoxal. Mais je le vois comme un engagement de citoyen-soldat. Avec tout ce que le terme «citoyen» implique. Et c’est même le fil rouge de mon parcours de politicien. J’ai toujours voulu participer plutôt que subir. «On ne change jamais mieux les choses que quand on est à l’intérieur», dit l’adage. L’expérience de terrain m’a séduit. Tout comme l’idée de donner un peu de temps en faveur de la collectivité, qui nous a permis de nous former jusque-là. Quelles autres personnalités vous ont inspiré? Jean-Pascal Delamuraz était clairement dans mon radar. Je l’avais rencontré par hasard durant l’été 1989. J’avais 11 ans. Mes parents m’avaient emmené, avec mon frère, au Marché-Concours de Saignelégier. Et comme tous les présidents de la Confédération, il devait s’y rendre. Je me suis retrouvé assis à côté de lui. J’étais timide, il m’a posé des questions. C’est un de mes premiers souvenirs, et c’était très impressionnant. Et Pascal Couchepin? Il incarne la statue du Commandeur. C’est un homme d’Etat qui a des tripes et qui les écoute, parfois un peu trop. Mais il donne envie de faire de la politique. C’est une des dernières personnalités du Conseil fédéral qui avait une véritable dimension et le courage d’assumer des positions. Pourtant, au départ, il ne m’attirait pas. J’avais l’impression que, comme Chirac, il aimait cultiver un côté un peu inculte. Mais il m’a donné le goût de la dispute, au sens libéral du terme, d’échanger des idées. On s’envoie des messages de temps à autre, et on mange parfois ensemble. C’est un politicien dans le bon sens du terme. C’est John Dupraz qui me l’a fait rencontrer. Pascal Couchepin lui avait demandé de lui présenter quelques jeunes pousses radicales. Après la fusion avec les libéraux, le Parti radical d’aujourd’hui est différent de celui d’hier. Vous y reconnaissez-vous? Pascal Couchepin a trouvé la bonne formule en disant qu’il faut un Etat solide. Il ne faut pas un Etat tentaculaire, sinon il perd en force sur les secteurs clés qu’il doit défendre, à savoir la sécurité, l’éducation, et la santé. Aujourd’hui, je me réclame des valeurs libérales. Je pense ici à ce que le côté libéral a de plus pur, au sens que Gustave Ador entendait, soit la défense des valeurs et des idées et non pas des intérêts. Genève a eu beaucoup de libéraux dont je pourrais me revendiquer. On vous prédit un futur de conseiller fédéral. Qu’en est-il? Plus je vais de l’avant en politique, plus je me rends compte qu’il est impossible de prévoir ce qu’il va se passer. Il y a quatre mois, vous m’auriez dit que je serais candidat au Conseil d’Etat, je ne vous aurais pas cru. Mais cela vous flatte-t-il? Au début, oui. Mais avec le temps, on relativise beaucoup en voyant sa photo dans le journal, car on se rend vite compte que cela nous vaut aussi des réactions de jalousie, voire d’animosité. On apprend surtout que les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite. Mon expérience à l’exécutif et la naissance de mes enfants ont également recadré et relativisé ce parcours trop tracé d’avance. Votre famille a pris de l’importance… J’ai toujours besoin de trouver un équilibre entre mes trois familles. Tout d’abord, ma vraie famille, mon épouse, mes trois enfants, mes proches. Puis la famille politique, qui est indispensable et auprès de qui je trouve l’émulation intellectuelle. Il y a enfin la famille des collaborateurs, sur laquelle on doit savoir se reposer. J’ai appris à déléguer, à faire confiance et à trouver un équilibre. Sans cela, il est très difficile de réussir. Et seul, cela n’est pas possible.
«ON RESSENT UNE GROG NE DANS LA POPULATION, UN SENTIMENT DE PERTE DE MAÎTRISE DU POUVOIR POLITIQUE.»
ProgrammeDans votre projet pour Genève, au chapitre fiscal, vous proposez de renégocier la péréquation intercantonale qui voit les Genevois payer pour les Bernois, et renégocier rien de moins que la part de l’IFD revenant aux cantons. C’est assez iconoclaste…. Certaines clés de répartition de la péréquation sont pourtant totalement dépassées. Prenez l’exemple de Berne: le canton est considéré comme pauvre aux yeux de la péréquation parce qu’il ne perçoit pas d’impôts de l’administration et des régies fédérales, qui en sont exemptées, ou parce que de nombreux villages sont situés en altitude. Lorsque l’on pense à Gstaad, on se dit que le principe ne tient plus vraiment… Quoi qu’il en soit, Berne touche 1500 francs par habitant, alors que Genève en paie 500. Les problèmes ne sont sans doute pas les mêmes dans les deux cantons, mais l’écart me semble nettement disproportionné. De même, le canton de Genève, avec les 2 milliards de francs qu’il verse chaque année au titre de l’IFD, soit 10% de la masse financière générée par celui-ci, est en droit d’attendre que la Confédération assume ses responsabilités, notamment en matière de sécurité. Ce qu’elle ne fait pas. Du moins pas assez. Il manque par exemple 60 gardesfrontière à Genève pour pouvoir effectuer les contrôles mobiles rendus possibles par Schengen. Lorsqu’on sait que des gardes-frontière seront envoyés surveiller la frontière en Ukraine et en Pologne durant le prochain Euro de foot, on se dit qu’il y a un problème! La sécurité, c’est un nouveau moyen d’attaquer l’IFD, un combat radical de longue date? J’ai toujours été sceptique envers cet impôt qui devait, ne l’oublions pas, n’être que provisoire. La Confédération n’est en effet pas censée prélever des impôts directs. Avec l’IFD, on taxe le revenu du travail, ce qui me semble discutable. Nous devons nous concerter avec Vaud, Zurich et Bâle notamment pour obtenir une correction de son calcul qui tienne compte du coût de la vie, qui n’est objectivement pas le même, en termes de primes d’assurance maladie ou de loyers, que l’on vive à Glaris ou à Genève. Ou alors revoir à la hausse la part de l’IFD qui revient aux cantons, actuellement plafonnée à 17%. Les finances des cantons se péjorent en fonction des reports de charge. Vous souhaitez instaurer une protection fiscale pour les familles (incluant les frais de garde). Quel en est le but? Je veux arrêter de pénaliser ceux qui travaillent. Le divorce entre la classe moyenne et le monde politique s’aggrave. La classe moyenne a de plus en plus le sentiment d’être la seule à payer. Prenez l’exemple des crèches: dans le système actuel, plus vous travaillez, plus vous payez. Je veux que ce mécanisme pervers cesse, notamment pour inciter les femmes à rester actives sur le plan professionnel. Vous proposez de rehausser l’âge de le retraite des fonctionnaires de 63 à 65 ans, voire de travailler jusqu’à 67 ans pour améliorer le montant des prestations. Vous avez décidé de ne pas vous faire élire? J’ai décidé de poser les enjeux tels qu’ils vont se présenter de façon brutale dans quinze ou vingt ans si nous ne faisons pas maintenant un peu de pédagogie! L’enjeu, en l’occurrence, est celui de la pérennité de nos caisses de pension. En Suisse et à Genève, les processus de maturation sont lents. On a un peu oublié ces dernières années de planter les graines qui vont nous permettre d’aborder les débats essentiels avec sérénité et courage, tout en offrant des perspectives positives pour les jeunes d’aujourd’hui. L’enjeu de l’âge de la retraite est celui de l’équilibre générationnel. Je vous cite une anecdote: avec le conseiller d’Etat François Longchamp, nous étions allés fêter une centenaire. Nous nous sommes retrouvés face à une famille de cinq générations: la trisaïeule, son fils de 80 ans, ex-médecin, sa petite fille de 60 ans qui venait d’atteindre l’âge de la retraite, son arrière-petite-fille de 20 ans et un bébé. Une seule génération active. Et quatre inactives. Voilà la réalité à laquelle nous allons devoir faire face. Or les équilibres sociaux sont précaires. Revenons aux fonctionnaires… La possibilité de prolonger l’activité de deux ans existe déjà, cela permet aussi d’améliorer le taux de rente. Je suis pour un âge de la retraite flexible. Je propose aussi que les fonctionnaires aient la possibilité de travailler 42 heures plutôt que 40. Je pense qu’ils verront l’opportunité de travailler deux heures de plus par semaine, se garantissant ainsi le même niveau de prestations reçues. Et il n’y a pas de raison que l’effort intergénérationnel ne repose que sur les seuls retraités et sur les seuls actifs. Genève a accueilli 56 000 habitants supplémentaires en cinq ans. L’agglomération en aura 100 000 de plus d’ici à 2020. Comment relever ce défi? Pour permettre la construction de logements, il faudra changer de méthodes et discuter davantage avec les communes, en se montrant rassembleur. On ne fédère par les forces autour d’un projet majeur, en l’occurrence le Plan directeur cantonal, en tentant de le faire passer en force. L’accueil de ces milliers d’habitants supplémentaires ne doit pas se faire au détriment de la qualité de vie, ni aux dépens de nos enfants qui doivent continuer à pouvoir se loger ici. Aujourd’hui, il faut structurer le logement en fonction de la mobilité et des axes de transport. En 1991, le temps moyen de transport pour aller à son travail était de vingt minutes. Plus aucune étude n’a été effectuée depuis, mais ce temps a dû exploser. Nous devons établir le principe que la durée moyenne de ces trajets ne doit pas excéder trente minutes afin de garantir la qualité de vie. Mais où construire? Les zones constructibles ont été facilement identifiées. Toute la portion de territoire entre la gare de Cornavin et l’aéroport de Cointrin doit être densifiée. L’Etat doit se montrer plus proactif notamment avec la revalorisation des terrains, ce que Mark Muller avait déjà entrepris avec succès. Il faut également réaliser les premières tours du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV), afin que ce projet prenne corps et déclenche une spirale positive. A Genève, nous avons un véritable problème de passage à l’acte et de réflexion à la bonne échelle. La ville est devenue une agglomération, le canton une région. Nous avons dès lors besoin de gouvernants qui voient au-delà des frontières physiques et mentales actuelles pour faire face aux enjeux de notre croissance. Le «Grand Genève», le nom de l’agglomération franco-valdogenevoise divise. Votre avis? Cette nouvelle appellation a le mérite de clarifier les choses. Elle permet de faire tomber une première frontière mentale, en mettant un nom sur le bassin de vie réel de dizaines de milliers d’habitants de la région, pour qui le fait d’être français ou vaudois a perdu de l’importance dans leur vie quotidienne. Reste maintenant à faire tomber d’autres barrières, celles-là plus rigides, afin que le développement du Grand Genève se fasse réellement de manière concertée et découle d’une vision commune, notamment dans le domaine du logement et des transports. Cette vision commune rencontre encore des obstacles au niveau institutionnel. Comment les contourner? Il y a dix ans, je me suis fait sanctionner par une gifle de 80% suite à la proposition de fusionner les cantons de Vaud et de Genève. La Constituante aurait dû résoudre les problèmes de gouvernance, ce qu’elle n’a pas fait. Mais les politiciens ne doivent pas se laisser arrêter par les problèmes institutionnels. Déjà aujourd’hui, certains magistrats de génie – comme dans le canton de Vaud – arrivent par des relations personnelles et une force de conviction à débloquer des situations et à s’inventer un rôle supracantonal que, à priori, ils n’ont pas. Il faudra multiplier les accords de collaboration entre les cantons et les communes. Et les Municipalités devront se transformer en une forme juridique sui generis, de celle d’un établissement autonome intercommunal. Celui-ci ne devrait pas coûter plus cher et bénéficier à toute la population.
Esprit genevoisL’affaire Mark Muller a entaché l’image de l’exécutif genevois. D’autres maladresses aussi. Faisonsnous face à une crise du pouvoir politique? On ressent une grogne diffuse dans la population, un sentiment de perte de maîtrise du pouvoir politique. On a aussi l’impression que le personnel politique renonce par anticipation, qu’il craint d’aller au référendum, qu’il craint les recours. En tant que magistrat communal, j’aime aller au contact et dégager des consensus. J’aimerais que les habitants de Genève redeviennent des Genevois par conviction et non par résignation. Comment faire pour retrouver cet «esprit genevois»? Il ne faut pas craindre de faire de la pédagogie politique. Il faut expliquer que Schengen est un accord qui nous a profité, tout comme celui sur la libre circulation des personnes. Et ainsi démontrer que les populistes apportent des solutions totalement erronées à des questions mal posées. Cela suppose beaucoup d’énergie et une capacité à prendre des risques. Mais je veux le faire, parce que c’est plus que jamais nécessaire. Le soin de la communication, c’est la marque Maudet. Comment vous y prenez-vous? Un de mes enseignements politiques les plus importants vient de la personne qui m’a dit: «Le charisme, c’est tout d’abord la capacité d’écoute.» J’aime entrer dans les salles, sentir, humer l’atmosphère, même hostile, et faire un discours où on touche les gens car, comme dans l’acupuncture, on arrive avec la bonne aiguille, au bon moment et au bon endroit. Et toucher le nerf sensible. Un politicien doit pouvoir capter le climat pour en faire quelque chose de positif et de créatif. Qui, si possible, ne s’arrête pas au discours. Traduire les paroles en actes, rendre possible ce qui est nécessaire, voilà ce qui me passionne. «Une certaine idée de Genève». Brochure disponible sur www.pierremaudet.ch
PROFIL - PIERRE MAUDET Né en 1978 à Genève. Master en droit de l’Université de Fribourg. Radical et capitaine à l’armée. Conseiller administratif de la Ville de Genève depuis 2007, actuellement maire de Genève. Président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse depuis 2005. Candidat PLR au Conseil d’Etat le 17 juin prochain. |









