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Eurozone
Pierre Steinbrück : "Bien sûr que les Allemands doivent payer"

Par Armin Mahler, Georg Mascolo - Mis en ligne le 14.09.2011 à 15:56

L’ex-ministre des Finances allemand estime que l’euro va prendre davantage d’importance comme monnaie mondiale.

En Suisse, il est surtout connu pour ses déclarations fulgurantes, au premier semestre 2009, au sujet du secret bancaire suisse, contre lequel il voulait envoyer la «cavalerie».

«L’ALLEMAGNE PROFITE D’UNE PLUS GRANDE INTÉGRATION DE L’EUROPE.»

Mais Peer Steinbrück, ancien ministre allemand des Finances de 64 ans, est pressenti dans son pays pour être le futur candidat du Parti social-démocrate (SPD) aux élections de 2013, et donc possiblement le futur chancelier.

Il s’exprime avec force en faveur d’une Union monétaire plus stricte, dotée d’euroobligations, quitte à devoir faire payer l’Allemagne.

Jusqu’ici, tous les efforts pour mettre fin à la crise de l’euro ont échoué. Pourquoi aucun politicien ne dit que la monnaie commune, telle qu’elle a été conçue et vendue aux citoyens, ne peut être sauvée? Il est clair que des économies trop différentes ont été agglomérées, et que l’euro n’a pas atténué, mais accentué ces différences.

Personne ne le conteste. Mais ce n’est pas pour ça que l’euro disparaîtra. Nous pouvons nous disputer encore longtemps à propos de quels Etats feront partie de l’eurozone à la fin de la décennie si nous ne parvenons pas à freiner cette dérive. Mais que l’euro continue à exister et prenne plutôt davantage d’importance comme monnaie mondiale, je suis prêt à le parier.

Reste à savoir sous quelle forme. Ce sera une union de transferts et de garanties, donc très différente de ce qui a été décidé à la base. Aucun pays, lit-on dans les traités, ne devrait assumer les dettes d’un autre.

C’était une erreur, qui s’est fracassée contre la réalité de la crise. Ce gros mensonge politique aurait déjà dû être éclairci il y a un an et demi.

Etait-ce un mensonge nécessaire, parce que les politiques crurent qu’ils ne pourraient pas, sinon, imposer l’union monétaire?

On a, à l’époque, trop pris en compte des humeurs et des ressentiments de politique intérieure, en suivant la devise: les Allemands ne doivent pas être le trésorier de l’Europe.

Et dans le futur, devront-ils l’être?

Il faut expliquer aux gens que cette Europe, une réponse à 1945, affronte au XXIe siècle de nouvelles difficultés dans un monde qui a dramatiquement changé. Et que l’Allemagne profite économiquement, politiquement et socialement d’une plus grande intégration de l’Europe.

Ce qui veut dire: bien sûr que les Allemands doivent payer. Mais cet argent est bien investi dans le futur de l’Europe et dans le nôtre, dans la paix et la prospérité. Ce schéma explicatif manque. La politique aurait dû inventer un nouveau récit sur l’Europe, qui justifie notamment le montant de la contribution allemande vis-à-vis de notre propre population.

Comment devrait se construire la future Union monétaire?

Un pays qui, par exemple, veut profiter d’euro-obligations (des emprunts pour lesquels l’ensemble de l’eurozone se porte garante, ndlr) devra déléguer une partie de sa souveraineté budgétaire à des institutions indépendantes. Il devra faire approuv e r son projet de budget et se soumettre à une supervision macroéconomique.

Le droit budgétaire des pays concernés sera donc fortement restreint.

Oui, mais le Fonds monétaire international ne fait rien d’autre avec les pays en crise.

Et si les gouvernements concernés ne se soumettent pas à ce régime, parce que, par exemple, les plans d’économies conduisent à des troubles dans la population?

Ils ne reçoivent pas d’euro-obligations.

Et alors?

Alors, ces pays doivent s’en remettre à eux-mêmes. On ne peut pas menacer de sanctions si l’on n’est pas prêt à les appliquer.

Avec la conséquence qu’un membre de l’euro devienne insolvable?

Dans les cas extrêmes, on aboutira à une procédure d’insolvabilité étatique et ordonnée.

Ce devrait donc être une Union monétaire 2.0, avec des règles plus strictes. Pourquoi seraient-elles respectées? Comment empêcher l’histoire de se répéter?

Les institutions européennes qui énoncent les conditions et surveillent leur respect doivent être indépendantes; elles ne doivent pas sauter pour des raisons politiques.

Une modification des traités européens est-elle nécessaire?

Dans de nombreux cas, oui. Mais il faut l’oublier pour l’instant. Ce que de nombreux politiciens lancent de manière inconsidérée dans les débats est dur à obtenir car les processus de ratification et les votations, dans le contexte eurosceptique actuel, empêchent une réalisation rapide de ces idées.

Y compris les euro-obligations?

Vous pouvez aussi introduire les euro-obligations de facto, par marchandage entre chefs de gouvernements, mais alors vous n’avez pas d’institution européenne qui les émet, en contrôle les conditions et sanctionne les infractions à ces conditions. Et ce serait un prérequis très important pour l ’ac ceptat ion de tel les obligations.

En cas d’urgence, plaideriezvous quand même pour ces obligations sans changer les traités?

Si nous n’arrivons pas à stabiliser la situation avec les mesures actuelles (comme le Fonds européen de stabilité financière, FESF, doté de 440 milliards d’euros, ndlr), nous devrons avoir ce débat dans tous les cas.

Plans de sauvetage élargis, euro-obligations, achat d’emprunts d’Etats, etc.: le prix que l’Allemagne doit payer pour l’Europe pourrait-il être, à la fin, trop élevé?

Personne ne le sait. Jusqu’ici, nous n’avons pas payé un centime, mais donné des garanties. Nous devons agir de façon responsable, dans l’intérêt de l’Allemagne et de l’Europe. Le gouvernement doit l’expliquer aux Allemands.

La réunification allemande a coûté 2000 milliards d’euros sur vingt ans, donc en moyenne 100 milliards par an. Ne sommes-nous pas prêts à payer un dixième de cela sur quelques années pour l’unité de l’Europe?

Un dixième ne suffira pas. L’institut Ifo de Munich parle de 47 milliards par an à long terme.

C’est de l’idiotie. Jetez ces études à la poubelle! Elles ne prennent pas en compte les modifications de la demande. Un marché d’euro-obligations serait le deuxième plus gros et, derrière le dollar, le plus liquide pour des emprunts d’Etats. Il serait attractif pour les Chinois, qui pourraient ainsi très bien différencier leur stratégie d’investissement. Ce qui ferait baisser les taux d’intérêts.

Et il n’y aurait alors plus de place pour la spéculation?

Il n’y a pas une mesure qui règle tous les problèmes. Si l’Europe, à côté des euro-obligations et de toutes les autres mesures, ne s’occupe pas du problème central de l’endettement des Etats, les marchés ne se tranquilliseront pas.

©DER SPIEGEL. ADAPTATION MATTHIEU RUF


 

Profil

PEER STEINBRÜCK

Né en 1947 à Hambourg, il s’engage au SPD en 1969 et oeuvre dans différents cabinets du Land de Rhénaniedu-Nord-Westphalie, dont il sera ministreprésident de 2002 à 2005.

En 2005, il est nommé ministre des Finances dans le gouvernement de coalition d’Angela Merkel, poste qu’il occupe jusqu’aux élections fédérales de 2009. Il est désormais député au Bundestag et pressenti pour être le candidat du SPD à la succession d’Angela Merkel.




Tags: Peer Steinbrück, Eurozone, euro, Allemagne,

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