L'Hebdo;
2001-08-23 20 ans Hebdo 1981-2001 1981-2001 Pierre-Alain Rumley, le territoire dans l'âme
Pour fêter ses vingt ans, «L'Hebdo» retrouve les figures de 1981. Cette semaine, l'ancien secrétaire régional du Val-de-Travers, aujourd'hui directeur de l'Office fédéral du développement territorial.
«Relancer l'emploi: le programme actuel de développement économique du Val-de-Travers est tout à fait logique. En fait, ces projets ressemblent à ceux qu'on avait dans les années 70-80. Le seul problème, c'est que la tâche est vraisemblablement devenue plus difficile.» Pierre-Alain Rumley ne cherche nullement à décourager le ou la futur(e) secrétaire régional(e) que se cherche le Vallon. Loin de là. «Il faut être motivé, mais surtout avoir un grand intérêt pour la région.» L'actuel directeur de l'Office fédéral du développement territorial connaît les spécificités et les recoins de cette vallée neuchâteloise: il y est né et en a été le premier secrétaire régional. «En 1980, ils m'ont nommé avant de mettre le poste au concours», se souvient-il amusé. La foi vissée au corps, il s'est lancé dans une campagne de marketing, comme il aimait à le dire, «avec 250 logements vides et du terrain bon marché». On était en 1981. «L'Hebdo» naissait et Pierre-Alain Rumley voulait redonner vie au Vallon.
«Il fallait valoriser la région. Ce poste me plaisait, mais pas pour la vie. Il n'est d'ailleurs pas souhaitable qu'il dure trop longtemps, car ce métier exige d'avoir toujours des idées, de l'énergie. Il faut sans arrêt réinventer le travail.» Vingt ans plus tard, dans un bureau bernois, il poursuit sa tâche d'urbaniste. A une autre échelle. Avec la même foi. Les habits de haut fonctionnaire fédéral n'ont pas asphyxié sa flamme. Ni pour son vallon. Ni pour sa matière: l'aménagement du territoire. «Je ne recherche pas le pouvoir personnel, mais le pouvoir par rapport aux choses.» Pierre-Alain Rumley détaille. «Je ne suis pas un observateur neutre de l'évolution du territoire. Un urbaniste est un acteur engagé en fonction d'un certain nombre de valeurs, qui sont souvent des valeurs légales. Ce pour quoi je me bats, ce sont grosso modo les articles 1 à 3 de la loi fédérale sur l'aménagement du territoire: l'utilisation mesurée du sol, un certain équilibre dans le territoire, la protection des paysages, etc. En d'autres termes, je ne vais pas simplement dire: on urbanise à raison de X m2 par seconde. Non. Je constate que l'on est toujours à environ 1m2 par seconde et je me pose la question: quand et comment va-t-on faire mieux, urbaniser moins?»
De Couvet à Berne, en passant par Neuchâtel ou Lausanne, le chemin de Pierre-Alain Rumley ne s'est pas pavé d'illusions perdues. Le Val-de-Travers ne s'est pas développé comme souhaité? Les communes ne se sont pas regroupées pour contrebalancer le poids des deux villes du canton comme il l'a envisagé à plusieurs reprises? Ses réponses portent l'empreinte de l'analyse, de la ténacité et d'une salutaire prise de distance. Pas de désillusion. Des explications. «Le développement économique du Val-de-Travers s'est révélé beaucoup plus difficile que ce que l'on s'était imaginé.» L'époque a changé, les théories aussi. Il y a vingt ans, on misait sur l'apport du développement exogène, sur l'arrivée de ces boîtes étrangères qui allaient non seulement créer des postes de travail, mais aussi diversifier un tissu économique uniforme, élimé par la crise horlogère et bientôt lacéré par la faillite Dubied. «Aujourd'hui on orienterait le développement vers des implantations endogènes. Mais toute la littérature de l'époque insistait: on crée des zones industrielles, on les équipe et on fait venir des entreprises. C'est ce qu'on a fait. Une zone à Couvet qui s'est un peu développée, une autre à Buttes qui s'est peu développée.»
Or, la grande entreprise qui aurait pu dynamiser le Vallon n'est jamais venue. Au contraire, à la fin des années 80, c'est le choc. Le maître de Couvet met la clé sous la porte. Personne n'aurait osé imaginer un tel scénario, malgré la grève de la fin des années 70, malgré les difficultés économiques. Dubied ferme. Pierre-Alain Rumley est alors membre de l'exécutif d'une commune qui vit pour et par le fabriquant de métiers à tisser. Il a fallu réorganiser la vie communale. Dubied, c'était le parc immobilier, le tennis, le club de foot, les pompiers et 700 employés. Rien à voir donc avec la fermeture récente de Silicon Graphics à Cortaillod. «Dans ce dernier cas, les locaux sont neufs, dans une région qui en manque, et les 300 personnes ont presque toutes été replacées en quelques semaines. Non. Dubied, c'était bien pire.»
Tous les échelons
Cette saga n'a pas découragé Pierre-Alain Rumley. Toutes les routes qu'il emprunte mènent au territoire et à sa gestion. «Si vous faites du développement régional, vous faites du développement territorial», explique celui qui a testé ses connaissances universitaires - acquises à Neuchâtel et à l'EPFZ - sur l'acte de naissance des régions LIM (Loi sur l'aide aux investissements en région de montagne). Le territoire, il l'a vécu aussi sous sa casquette de politicien:douze ans à l'exécutif de Couvet. Il l'a géré de son bureau de l'Aménagement du territoire du canton de Neuchâtel. Il l'a observé en l'enseignant à l'EPFL, en construisant un «pont entre deux mondes qui ne se comprennent pas toujours», entre la théorie et la pratique. Et son lien entre ces deux pôles, c'est son Vallon. «Si on me donne des arguments généraux et trop théoriques sur le développement d'une région je me pose la question: si j'étais au Val-de-Travers, qu'est-ce que je ferais?» Et de répondre, toujours sans illusion, toujours avec réalisme: «Franchement je ne sais pas.» Il réfléchit à voix haute, expressif, avec passion, sans débordement. Le tourisme? La région garde son charme mais elle se situe en dehors des grands axes. L'habitat? Plane le danger d'en faire une zone dortoir. Il maudit les «yaka» et autres méthodes Coué pour favoriser la recherche autour de visions plus réalistes, autour d'un avenir menacé par le vieillissement de la population. Il dit ensuite avoir acquis cette capacité à relativiser en changeant d'échelle. En passant au Canton, puis à la Confédération.
Pas de nostalgie
Il aurait parfois aimé que les choses aillent plus vite, mais jamais il ne laisse la nostalgie s'immiscer dans son discours. Ou si: lorsqu'il évoque les chefs de gare, de petites gares, ces ex-acteurs de la vie locale. Bref. «J'ai toujours la même foi dans ce que je fais, sinon je ne pourrais pas le faire. En 1981, j'avais réellement l'impression que l'on arriverait à relancer le Val-de-Travers, à lui trouver une nouvelle dynamique. Cela ne s'est pas réalisé. Je ne le considère pas comme un échec. Le monde a changé, il a évolué de manière différente et par rapport à cette évolution, la position du Vallon s'est révélée encore plus difficile.» A cent lieues de se laisser abattre par ce constat, par les dégâts d'une certaine mondialisation, tertiarisation, il relève: «Là-bas, il y a toujours la même qualité de vie.» Un leitmotiv chez celui qui parvient à sauvegarder des espaces verts en lui et autour de lui.
Et après. A quoi peut-on encore rêver depuis un bureau de directeur au sein de l'administration fédérale? A la politique? «Non.» Réponse directe de celui qui avait renoncé à se présenter en 1997 contre Monika Dusong au Conseil d'Etat. «Nous étions plusieurs et avions une noble raison: nous ne voulions pas être l'homme qui s'opposerait à la femme et une moins noble: nous n'avions aucune chance!» Il a été approché récemment pour une place au législatif de la ville de Neuchâtel, où il vit aujourd'hui - «au coeur de Rail 2000» . A hésité et fini par dire non. Encore inscrit au PS, il dit envisager avec peine un retour dans le système partisan. «C'était une période de ma vie. Intéressante. Mais j'en ai fait le tour.» Pas question de renier ses idées. Mais son socialisme est-il plutôt type romand ou alémanique? Et le roi du consensus raisonné, l'orpailleur du compromis constructif de répondre: «A cheval. A l'évidence alémanique pour la composante environnementale, et romande pour le social et l'économie.» En fait, «si je devais me réorienter vers des activités bénévoles, je m'engagerais dans une ONG liée à l'environnement ou au développement.» Vingt ans après, le gestionnaire du territoire a apprivoisé le temps et son potentiel érosif sur les idées, sur les idéaux.
Anne Gaudard
Le 9 octobre 1981, «L'Hebdo» raconte la lutte du Val-de-Travers pour sa survie. Pierre-Alain Rumley racole les entreprises étrangères en leur vantant les mérites de la main-d'oeuvre locale.
Pierre-Alain Rumley
1950 Naît à Couvet.
1980 Secrétaire régional du Val-de-Travers.
1984 Entre au Service cantonal de l'aménagement du territoire à Neuchâtel qu'il dirigera dès 1985. 1985 Entre au Conseil communal de Couvet.
1997 Professeur extraordinaire en aménagement du territoire à l'EPFL, où il enseigne encore.
1er septembre 2000 Directeur de l'Office fédéral du développement territorial.
Pierre-Alain Rumley «Aujourd'hui, on orienterait le développement vers des implantations endogènes.»
Pub & repub
Ça va, le chalet!?
Même si la Suisse donne parfois l'impression de sentir le renfermé, ses goûts évoluent vers davantage d'ouverture. La preuve en deux campagnes de Pfister Meubles publiées dans «L'Hebdo» en 1981 et en 2001. Si la première nous rappelle de manière caricaturale que le «confort Sam' Suffit» a bien constitué un idéal helvétique il y a une vingtaine d'années, ce fantasme domestique a cédé la place à des ambiances plus dépaysantes, comme le design italien présenté en 2001. Une révolution qui s'inscrit jusque dans les détails. L'oeil exercé du publicitaire lausannois Jean-Henri Francfort s'arrête ainsi sur les bières Feldschlösschen déposées sur la table du salon Pfister de 1981 pour souligner son côté «à la bonne franquette» et qui ont disparu en 2001 au profit d'une cafetière plus énergétique.
Jocelyn Rochat
c'était écrit
n Les deux premiers groupes horlogers de Suisse commencent à s'équiper en robots. (...) ces machines remplissent les cadences de une à trois personnes. Avec plus de constance dans la qualité.
N° 4 - 2 octobre 1981
n Les instituts Batelle de Genève et Ifo de Munich ont analysé les menaces que font peser sur l'industrie allemande treize pays aux portes de l'industrialisation (...). Pour le (sic) vingt produits analysés par les deux instituts, les pays en développement qui montent sont: l'Espagne, le Brésil, Taïwan, la Corée du Sud et la Yougoslavie.
N° 9 - 6 novembre 1981
n Porcelaine, argenterie et vrais verres: Swissair maintient son cap malgré la tempête des prix du carburant. Deux rédacteurs de «Newsweek» sont conquis.
N° 12 - 27 novembre 1981
parole de lecteur
n La politique étrangère mériterait de plus longs développements.
Jacques et Claire Vuignier, Martigny
N° 13 - 4 décembre 1981
n J'ai acheté le numéro 11, attiré par le sujet titre. C'est de l'argent perdu. (...) En un mot, il ne suffit pas d'envelopper un menu self-service dans du beau papier pour faire de la gastronomie, ce à quoi vos lecteurs auraient droit pour le prix.
Jean-Maurice Imhoff, Saint-Imier
N° 13 - 4 décembre 1981
La semaine prochaine
Jan Marejko, de la philo à la libre entreprise
En 1981, il dénonçait la misère intellectuelle en Suisse romande.
«Le monde a évolué de manière différente et par rapport à cette évolution, la position du Val-de-Travers s'est révélée plus difficile.»
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