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Edito
2e pilier: Se méfier du chaos

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 10.02.2010 à 11:45

Quelle bagarre! La baisse du taux de conversion du 2e pilier, sur laquelle le peuple suisse va se prononcer le 7 mars prochain, mobilise tout l’échiquier politique. Et bien d’autres lobbies encore. Le sujet est émotionnellement fort. Parce qu’il touche au confort des dernières années de vie. Parce que les intérêts économiques des assureurs sont énormes. Parce que, enfin, la population helvétique se sent fragilisée par la violence de la crise que traverse le pays. En période d’instabilité sociale, la retraite, c’est sacré.

Dans cette lutte sans merci, les coups bas sont légion. Pour simplifier les discours, percuter la masse, on tord les chiffres. Rarement l’adage voulant que l’on fasse dire ce que l’on veut aux statistiques n’a été aussi vrai. Et cela à propos des deux paramètres essentiels pour le taux de conversion: l’évolution de l’espérance de vie et le rendement des capitaux épargnés.

Pour l’espérance de vie, on paie probablement – une nouvelle fois, comme pour les caisses maladie – la cacophonie statistique fédérale. Sans référence commune, chaque acteur brandit sa propre tabelle suivant qu’il défend la baisse ou la refuse (lire le dossier de Pierre-André Stauffer et Geneviève Brunet en page 46). Mais que valent les arguments, lorsque la base de discussion est mouvante?

La mauvaise foi est également crasse lorsque l’on parle «rendement». Habituellement, le monde économique martèle que les performances du marché doivent se mesurer sur le long terme. Une règle qui devrait aussi être valable pour la prévoyance, épargne de longue durée par excellence. Dans le débat, cependant, la droite et les assureurs limitent leur recul à quelques années – les plus mauvaises de l’histoire – pour tirer la sonnette d’alarme et affirmer que le 2e pilier ne s’en sortira pas sans une action prompte. A l’inverse, la gauche crie sa confiance dans les marchés. Le monde marche sur la tête. Dès lors, quel crédit peut-on accorder à des arguments qui renient des axiomes fondateurs?

Un des principes régissant la loi sur la prévoyance professionnelle est le financement paritaire entre employés et employeurs. En proposant de baisser – même progressivement – le taux de conversion pour la seconde fois depuis 2003, seul les premiers trinquent dans un happy hour au goût amer. Ce constat soulève une interrogation supplémentaire: la solution proposée le 7 mars est-elle bien la meilleure? A-t-on, par exemple, réellement envisagé une hausse des cotisations? Selon plusieurs experts, 0,5 à 1% supplémentaire permettrait de maintenir les rentes à un niveau comparable à celui d’aujourd’hui. Ce petit sacrifice, partagé de surcroît entre les partenaires sociaux, ne serait-il pas préférable à une amputation du pouvoir d’achat après 65 ans?

Sacrifier une partie de sa retraite est un geste fort, irréversible. Il exige abnégation et confiance envers les sphères dirigeantes qui gèrent la stabilité du système. Aujourd’hui, le débat chaotique n’est pas en mesure de cultiver la première ni de renforcer la seconde. L’heure est aux doutes, amplifiés par le désastre récent des assurances maladie, la précarité croissante liée au chômage galopant ou le discrédit d’un gouvernement dépassé dans la plupart des dossiers chauds qui lui tombent dessus. Le peuple aurait raison de se méfier.

Le débat chaotique n’est pas en mesure de cultiver l’abnégation ni de renforcer la confiance.

 




Tags: Edito, Patrick Oberli, 2e pilier,

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