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LUNAIRE Jack Sparrow (Johnny Depp) et Angelica (Penelope Cruz) à la recherche de la Fontaine de Jouvence.
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Cinéma
Pirates des Caraïbes, un jeu d'enfant

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 18.05.2011 à 14:12

De Delon en Zorro à Depp revenant une fois encore en Jack Sparrow, la liste est infinie des acteurs choisissant des scénarios pour plaire à leur progéniture.

C’est en 1974 qu’Alain Delon tourna dans Zorro. Cette oubliable version vaguement spaghetti du héros masqué (le Génois Duccio Tessari était derrière la caméra) n’avait guère d’autre intérêt que d’être, enfin, un film que son fils Anthony, alors âgé d’une dizaine d’années, pourrait aller voir. Delon, à l’époque, sortait du Cercle rouge, de Traitement de choc ou de Deux hommes dans la ville, autant de productions peu destinées aux mômes.

DEPP, AVEC SON CABOTINAGE DÉLICIEUX, EST LARGUÉ DANS CE KOH-LANTA GÉANT.

Jodie Foster, au moment de jouer L’île de Nim, Angelina Jolie faisant une pige doublage dans Kung Fu Panda, où encore Chris O’Donnell en Robin pour Batman, on ne compte plus les acteurs expliquant qu’ils ont choisi telle ou telle production pour que leurs jeunes enfants puissent admirer le résultat de leur travail. Côté réalisateurs aussi, le phénomène est éternel: Roman Polanski, par exemple, en parlait il y a quelques années comme l’une des motivations fortes de son adaptation d’Oliver Twist.

Peu d’acteurs l’ont fait cependant avec une telle frénésie que Johnny Depp. L’homme du Kentucky, Monsieur Paradis à la ville, a fait de Jack Sparrow, héros récurrent de Pirates des Caraïbes, une longue saga à raconter régulièrement à Lily Rose Melody et Jack John Christopher, ses propres enfants.

Au point d’avoir carrément fait l’emplette pour 3,5 millions de dollars d’une île des Bahamas remarquée lors d’un tournage, Little Halls Pond Cay, 14 hectares privés mâtinés d’un lagon intérieur pour faire des parties de pirate cachecache avec la famille.

Johnny Depp est sans doute à part, tant son goût pour le déguisement rencontre sa propre part d’enfance. Tim Burton l’a génialement compris, faisant de lui son acteur fétiche dès 1990 avec l’ahurissant Edward aux mains d’argent. Suivront Ed Wood, le sombre Sleepy Hollow, le formidable Willy Wonka de Charlie et la chocolaterie ou, évidemment, le chapelier fou d’Alice au pays des merveilles.

Mais Depp ne se déguise pas que chez ce dingo de Burton: on le retrouve dans les extravagances costumées aussi bien chez Gilliam (L’imaginarium du Docteur Parnassus) que dans une production plus ancienne, sous-estimée et sûrement révélatrice: l’étonnant Don Juan DeMarco, sorti en 1995. L’histoire du cinéma a surtout retenu que l’acteur y croisait son idole Marlon Brando.

Ce dernier y campait un psychiatre s’intéressant avec affection au cas d’un jeune homme fêlé et suicidaire se prenant pour Don Juan. La schizophrénie du jeu, le costume pour changer de peau, l’empire sans fin de la séduction: Johnny Depp est fantastique dans ce personnage au bord de toutes les ruptures.

Sparrow pour le sauver. Alors vint Jack Sparrow. La série des Pirates des Caraïbes n’aurait jamais tenu jusqu’à son quatrième opus, qui sort cette semaine, sans l’extraordinaire composition de Johnny Depp. La Fontaine de Jouvence, dirigée par Rob Marshall, gonflé en 3D, ne sera pas un sommet, en attendant les épisodes 5 et 6 déjà prévus.

L’histoire est un peu tarabiscotée, avec un goût pour les revenants: le cruel Barbe-Noire, une ancienne maîtresse épicée latino (Penélope Cruz) et l’inratable Hector Barbossa, ami-ennemi qui s’est, ce coup-ci, mis au service de la Couronne britannique. On touche à la limite de l’exercice scénaristique, à force de voir des morts qui n’étaient pas vraiment morts, une ex qui s’avère la fille d’un ennemi, des bateaux coulés qui n’ont peut-être pas vraiment coulés, etc.

C’est la Fontaine de Jouvence, garante d’une vie à rallonge, après laquelle tout le monde navigue, aussi bien les Espagnols que Barbe-Noire, les Anglais que Sparrow. Là encore, c’est moyen. Une vague chute d’eau vaporoso-divine, fatras magique et rituel compliqué. Tout ça ne vaut pas la superpieuvre géante du Kraken ou la tétanisante apparition du pirate Davy Jones des précédents numéros. Bref, tout le monde poursuit tout le monde pendant deux heures, de Londres aux îles.

Seule vraie bonne idée: le banc de sirènes à l’attaque. Et encore, comme on n’oublie jamais que c’est pour les enfants, cette bande de nymphos écailleuses reste aussi sexy que des bâtonnets de poissons surgelés. Quant à la 3 D, elle est ici pathétique, se résumant à un tonneau qui roule ou à un serpent qui serpente: on se croirait dans une attraction d’Europa Park.

Moment hilarant cependant au moment où Sparrow rencontre son père au bistrot: c’est Keith Richards himself, vieux Stones ayant inspiré Depp dès le démarrage de la série. Au final, Johnny Depp survole tout de même l’affaire et la justifie, toujours au top, avec son cabotinage délicieux de pirate chaplinesque, rustre ou raffiné, largué dans un Koh-Lanta géant.

Il porte le film en passant son temps à s’échapper de quelque chose ou de quelqu’un, roule ses yeux noircis au charbon, prince lunaire sans autre ambition que de s’en sortir sans se faire mal.

C’est le secret de Sparrow-Depp, qui a fait un must de ce rôle durable et réussi: ne rien chercher pour de bon, ne rien vouloir. Se contenter d’être de l’aventure, film après film, sauter et courir, monter au grand mât, réussir quelques bêtises au milieu du futile de la fortune et de la mort et, surtout, ne pas se faire prendre. Johnny Depp dit que ça amuse ses gosses. Mais ce sont les pirates comme lui qui demeurent des enfants.

«Pirates des Caraïbes: la Fontaine de Jouvence». De Rob Marshall. Avec Johnny Depp, Penélope Cruz, Ian McShane, Keith Richards.




Tags: Pirates des Caraïbes, enfants,

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