Point final. Chapitre débranché
Une panne de réseau, un virus ou un bug, c'est pire qu'une bibliothèque qui brûle.
Professeur de journalisme, Philip Meyer prédit dans The Vanishing Newspaper que le dernier exemplaire du dernier journal sera distribué un jour de 2043. Les rotatives cesseront de tourner comme naguère les ailes des moulins à vent. La presse écrite aura duré quelque trois cent cinquante ans avant de s’effacer devant l’infosphère globalisée, ce flux continu de news ruisselant par tous les orifices de l’internet. Contemplez le geste déjà auguste de vos amis branchés feuilletant l’écran de leur iPhone. Etape suivante de la numérisation: la littérature. A quoi bon s’encombrer de volumes qui prennent la poussière quand on peut télécharger 100 livres par jour? De menues anicroches ternissent toutefois l’enthousiasme des zélateurs des médias électroniques. Deux titres d’Orwell, ô ironie, disparaissent des pages de Kindle, le livre électronique d’Amazon qui ne détenait pas les droits de reproduction. Les sites de Twitter et de Facebook sont paralysés à la suite de l’attaque d’un hacker russe contre un blog progéorgien. Communication breakdown! Une panne de réseau ou de courant, un virus ou un bug, c’est pire qu’une bibliothèque qui brûle. C’est l’avènement brutal du néant, la surdité et la cécité universelles. Le papier imprimé est peut-être voué à disparaître. Mais ne brûlez pas tout de suite vos livres. Ne videz pas votre encre violette dans l’évier. Ne jetez pas la pierre au pigeon voyageur. Ne démantelez pas le réseau postal. Ils peuvent tous encore servir...
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