Point final
Point final: L’horloger et le SDF
Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 26.01.2011 à 15:12
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L’autre jour au Salon international de la haute horlogerie à Genève, un horloger nous a brossé le portrait-robot de son client: il roule en Lamborghini jaune, se rend au casino, touche le jackpot à la roulette puis au poker. Bref, le parfait flambeur m’as-tu-vu, un James Bond réincarné, le talent en moins.
DANS UN ASCENSEUR EN PANNE, LUXE ET MISÈRE SE SONT RENCONTRÉS.
Ce même jour à Yverdon-les-Bains j’ai rencontré un mendiant. Non pas un professionnel de la manche comme on en côtoie hélas de plus en plus. Non, un authentique SDF, la cinquantaine bien tassée, en quête de quelques francs pour calmer sa faim.
J’imaginai alors ces deux hommes coincés dans un ascenseur public en panne, bien obligés de se parler.
L’horloger: «Je l’admets. Je nage dans le luxe à longueur de journée. Mes clients fortunés sont en quête d’extravagance. Mais sans moi, les quelques centaines de personnes employées dans ma manufacture n’auraient pas de travail et seraient comme vous, des mendiants. Vous ne pouvez donc pas m’en vouloir de vous ignorer.»
Le SDF: «C’est vrai. Je traîne ma misère à longueur de journée. J’ai perdu mon boulot, ma femme est partie. La spirale infernale. Mais sans moi, la bonne conscience des nantis ne serait pas ébranlée. Vous ne pouvez donc pas m’en vouloir de m’imposer à votre regard.»
L’ascenseur se remet en marche. Qu’il monte ou qu’il descende, finalement peu importe. L’horloger et le SDF se sont enfin regardés. Comme deux miroirs reflétant à l’infini la vanité des choses humaines.
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