Point final. Le suicide à la mode
Le PDG de France Télécom a dépossédé les suicidés des motids de leur acte.
Savoir si la vie vaut ou non la peine d’être vécue lorsqu’on travaille à France Télécom, c’est la question qui préoccupe l’Hexagone. Vingt-trois suicides en dix-huit mois, auxquels s’ajoutent une vingtaine de tentatives: contraint de s’expliquer sur ce climat morbide, le PDG de France Télécom a prononcé un mot de trop en parlant d’une «mode». Que Didier Lombard se soit ensuite excusé n’y change rien, c’était un aveu: ce seul mot a laissé entrevoir, comme une fenêtre brièvement ouverte, ce qui peut mariner dans la cervelle d’un homme installé à la tête d’une entreprise employant 100 000 salariés. Si l’on se suicide par effet de mode, c’est que l’on n’a aucune raison de le faire. Le suicidé imiterait un autre suicidé qui, lui-même, serait un imitateur. Collectivement dépossédés des motifs de leur acte par leur PDG, ces employés sont morts une seconde fois. Parler de mode, c’est en outre assimiler le choix d’une telle mort au choix d’un téléphone portable ou d’un abonnement forfaitaire, en repoussant les frontières du consumérisme jusqu’au seuil de l’au-delà. Merci à Didier Lombard d’avoir révélé cet abîme! Bien sûr, il est parfois nécessaire d’économiser son indignation, tant les nécessiteux sont nombreux. Mais ce mot reste difficile à avaler: si un monde devait advenir où chacun se mettait à penser comme le PDG de France Télécom, ce serait pour le coup à se flinguer.
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