Polanski: offensive française
EXTRADITION. Coup de fil de Sarkozy à Doris Leuthard, interventions de BHL ou Jack Lang: la Suisse est sous pression.
«Je voulais être sa maîtresse. Je le désirais probablement plus que lui ne le voulait.» Ainsi s’exprimait l’actrice anglaise Charlotte Lewis en 1999 dans News of the World. Le magazine trash anglais ne passe pas pour le comble du journalisme haut de gamme. Mais l’exhumation par le quotidien Libération de cette interview est la meilleure nouvelle arrivée à Polanski depuis longtemps.
Deux jours plus tôt, Charlotte Lewis, 42 ans, l’accusait d’avoir abusé d’elle il y a vingt-six ans. La version qu’elle avait donnée onze ans plus tôt était différente: six mois de liaison commencée alors qu’elle avait 17 ans (et pas 16), avant d’être présentée au priapique le plus célèbre de Hollywood, Warren Beatty, qu’elle se vantait d’avoir mis dans son lit. Enfin, elle racontait une carrière d’amante tarifée dès ses 14 ans: «Je ne sais plus avec combien d’hommes j’ai couché à l’époque pour de l’argent. J’étais naïve. On me disait d’être gentille avec Untel…» En 1986, deux ans après ce dont elle accuse aujourd’hui le Franco-Polonais, Charlotte Lewis entourait Roman de ses bras à Cannes – les images de ces instants tournent en boucle sur YouTube. Au festival, le cinéaste présentait Pirates, où elle avait un rôle.
Dossier affaibli. Tout cela ne suffira pas à disculper Polanski du reste, c’est-à-dire les relations sexuelles avec une mineure de 13 ans en 1977. Mais le témoignage sujet à caution de Charlotte Lewis, au lieu de le lester, affaiblit du coup le dossier d’accusation.
Pour la Suisse, cela ne change cependant pas grand-chose, et l’affaire demeure épineuse à trancher. On sait depuis les questions au gouvernement posées par Oskar Freysinger que ce sont bien les autorités suisses qui ont sottement demandé aux Américains si leur demande d’extradition était toujours valable, avant d’arrêter le cinéaste à Zurich. «C’est parce qu’on ne pouvait pas m’accuser d’être du côté des pédophiles que je l’ai fait», dit le député UDC. Lui qui avait milité en faveur de l’imprescriptibilité des actes de pédophilie se place sur le terrain de la victime: «Elle a dit je ne sais pas combien de fois qu’elle voulait qu’on les laisse, Polanski comme elle, en paix avec cette affaire vieille de trente-trois ans.»
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