Politiciens, foncez!
Quand on est un pays, on peut être à la fois petit et très fort.
Quand on est un pays, on peut être à la fois petit et très fort. C’est ce que montre le dernier rapport sur la compétitivité de l’institut lausannois IMD qui, aux six premières places de son classement 2008, aligne notamment Singapour, Hong Kong, le Luxembourg, le Danemark et... la Suisse. Eh oui, nous avons opéré ces dernières années une belle remontée. Mieux que les grandes puissances, à l’exception des Etats-Unis, nous avons su tirer parti de la globalisation. Sans oublier l’introduction de la libre circulation des personnes avec l’Union européenne, très profitable pour l’économie. Comment garder cette avance? Et quelles sont les menaces qui pèsent sur elle? De ces questions, nous débattrons, le 22 mai, lors du 4e Forum des 100 qui porte, précisément, sur les conditions de notre compétitivité, et dont les conclusions seront commentées dans ces colonnes. Pour amorcer la réflexion, nous publions, cette semaine déjà, un sondage effectué en collaboration avec la société M.I.S Trend, parmi la population, mais aussi auprès de 300 décideurs des milieux politiques, économiques et scientifiques. L’enquête révèle d’abord un rejet spectaculaire et général de ces grands managers qui privilégient le court terme... et leurs propres intérêts financiers. C’est l’effet Ospel. Une méfiance délétère dont s’émeut la ministre de l’Economie Doris Leuthard. Les Suisses semblent, par ailleurs, très inquiets de l’émergence de puissances comme la Chine et l’Inde: au lieu d’y voir de nouveaux marchés, ils craignent leur concurrence. La pression sur les salaires. Les délocalisations. Les personnes interrogées – principalement dans la population – nourrissent une profonde ambivalence face au progrès technique et à la science, accusés d’accentuer les inégalités sociales. Préoccupant. Mais ce sondage souligne aussi l’attention portée par les Suisses à ce qu’on appelle, terme barbare mais utile, les conditions-cadres. Plus de 80% plébiscitent la création de nouvelles voies ferroviaires (87% chez les Romands). Cet enthousiasme pour les transports publics rejoint le plaidoyer du professeur Garelli, auteur du rapport sur la compétitivité d’IMD, qui en appelle à des investissements massifs dans les infrastructures. Parce que la Suisse, notamment Zurich et l’arc lémanique, comme d’ailleurs plusieurs régions métropolitaines européennes, est en voie d’étouffement tant le trafic urbain est congestionné. Parce que, sans mobilité, la croissance économique, mais aussi la qualité de vie, s’estompent. Politiciens de tous les cantons, unissez-vous! Vous avez le soutien d’une large majorité de la population. Et les ressources financières pour agir. C’est le moment de monter un plan de préfinancement de la 3e voie entre Genève et Lausanne. Pas besoin d’attendre le feu vert de Berne. Foncez! Un petit pays comme la Suisse a l’avantage de la souplesse dans le grand ballet de la concurrence entre les nations. Mais il doit aussi regarder plus loin que le bout de son cor des Alpes. Sinon? Les belles performances de la Suisse, fêtées aujourd’hui, seront gâtées par votre incapacité à l’anticipation. Et par le sale goût des bouchons.
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