Pour une marque automobile sportive comme Porsche, la pression croissante des réglementations environnementales n’est pas de bon augure. Comment concilier haute puissance et basse consommation? Mais le constructeur allemand, dont la modestie n’est pas la première qualité, est certain de pouvoir répondre à ces exigences légales grâce à sa capacité d’innovation technologique.
Porsche met actuellement au point un bolide extrême qui préfigure un avenir plus vert. Présenté au Salon de Genève 2010, la Porsche 918 Spyder sera commercialisée en 2013. Ce roadster hypersportif est un véhicule hybride rechargeable qui embarque un moteur à essence V8 et deux moteurs électriques, développant au total la puissance faramineuse de 718 chevaux. Le roadster ne consomme en revanche que 3 litres/ 100 km et n’émet que 70 g/km de CO2, soit moins qu’une Toyota Prius. Vendue 645 000 euros l’unité (!), la 918 sera produite à 918 exemplaires. Tous étaient réservés deux mois après l’ouverture des commandes.
Au Salon de Francfort, en septembre dernier, le responsable de la recherche et du développement chez Porsche, WolfgangHatz, a détaillé pour L’Hebdo les enjeux de ce véhicule laboratoire.
Quelles sont les principales difficultés dans la conception de la 918 Spyder?
Ce véhicule n’a pas d’équivalent dans l’industrie automobile. Mes ingénieurs et moi, nous avons dû pousser loin nos recherches pour concevoir des solutions qui, dans dix ou quinze ans, se retrouveront dans nos gammes plus habituelles, voire dans la production automobile de masse. C’est une démarche à haut risque: vous ne savez jamais si une solution technique qui vous paraît bonne aujourd’hui le sera encore demain. Dans l’autre sens, c’est un processus rapide d’apprentissage et un investissement sur le futur, pour l’ensemble de la marque. Les défis de la 918 sont extrêmes.
Que voulez-vous dire?
Il faut concevoir une voiture très sportive qui soit à l’aise sur la route de tous les jours et sur un circuit. La 918 peut aussi bien rouler 30 kilomètres sur un mode 100% électrique. Ce qui l’oblige à embarquer de lourdes batteries. Or, l’une des qualités de ce genre de voiture supersportive est précisément la légèreté. Elle doit aussi être compacte. Nous avons dû loger un moteur thermique, deux moteurs électriques, les batteries et la transmission dans un emplacement très réduit. Bref, nous avons dû associer des propositions aussi contradictoires que les hautes performances et l’économie d’essence, le rendement et les émanations, la rapidité et la sécurité.
Il y a 110 ans, Ferdinand Porsche, le fondateur de votre marque, mettait au point une voiture hybride alors révolutionnaire. Un siècle plus tard, retrouve-t-on quelques-unes des solutionstechniques de Ferdinand Porsche dans la 918 Spyder?
Non: la technologie a tellement évolué depuis cette époque… La Lohner-Porschede 1901 avait par exemple des moteurs électriques logés dans les roues, ce qui était ingénieux, mais très pesant. Il serait impensable d’adopter la même solution pour la 918. Ce qu’il reste en revanche, c’est la capacité qu’avait Ferdinand Porsche de voir très loin en avant, quitte à inventer des technologies qui n’existaient pas à son époque.
Le futur, c’est aussi une réglementation antipollution de plus en plus sévère en Europe. Celle-ci peut-elle mettre en péril votre marque?
Non. Nous sommes conscients de l’importance de l’enjeu. Notre souci majeur est de garder notre identité sportive tout en réduisant massivement la consommation de nos modèles. Regardez notre nouvelle Porsche 911: sa consommation moyenne n’est que de 8,2 litres aux 100 kilomètres. Notre future 918 sera homologuée Euro 5. Nous pourrions même prétendre à la future norme Euro 6, mais les spécificités de celle-ci ne sont pas encore arrêtées, ce qui rend l’homologation encore impossible. Mais Euro 5 marque déjà un progrès considérable. Les gens ne se doutent pas de la propreté d’une voiture qui obéit à cette norme.
Allez-vous étendre vos gammes de véhicules hybrides?
Nous sommes contents de la réception de nos modèles Cayenne S Hybrid et Panamera S Hybrid. Grâce à ses excellentes ventes, aux Etats-Unis, où elle bénéficie d’avantages fiscaux, la Cayenne est leader dans son segment (en revanche, les ventes de ces modèles restent faibles en Suisse, où de telles incitations fiscales n’existent pas, ou peu, ndlr). Il nous reste à améliorer les performances électriques de ces voitures, c’est-à-dire leur capacité à parcourir des kilomètres sur un mode 100% électrique. La Panamera marque déjà un progrès par rapport à la Cayenne, grâce aux plus grandes performances de sa batterie. Nous allons développer ces technologies électriques, c’est certain.
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