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Par Elisabeth Gordon, Elly Tzogalis, Serge Maillard - Mis en ligne le 03.03.2010 à 14:17 |
Merck Serono - Fleuron de la pharma en Suisse romande
Ancré à Genève comme un vaste paquebot de verre et d’acier, le nouveau bâtiment abrite le siège mondial et un centre de recherche de Merck Serono. Le fleuron de la pharma en Suisse romande. Une entreprise «unique en son genre», précise son président, Elmar Schnee, puisqu’elle a deux cordes à son arc: la chimie pharmaceutique et la biotechnologie. Née en 2007, elle est le fruit de la fusion de la division pharmaceutique de Merck – compagnie allemande créée en 1668, ce qui en fait la «plus vieille entreprise chimique et pharmaceutique au monde» – et de Serono, vendue par Ernesto Bertarelli en 2006 – firme centenaire qui, après s’être consacrée à l’extraction de substances naturelles, a été l’une des premières à se lancer dans la fabrication de médicaments par génie génétique.
«Notre stratégie, précise le président, est de nous focaliser sur quelques axes thérapeutiques spécialisés» que sont l’oncologie, les maladies neurodégénératives, l’infertilité, ainsi que les affections auto-immunes et inflammatoires. Dans ces différents domaines, la compagnie dispose de médicaments phares comme le Rebif (contre la sclérose en plaques), le Gonal-f (contre les troubles de la fertilité) et l’Erbitux (pour le traitement du cancer colorectal et de ceux dits «de la tête et du cou»). Elle en a d’autres en développement, tous fondés sur «l’innovation» qui, selon Elmar Schnee, «est la clé du succès pour l’avenir. Toutes les molécules que nous avons dans notre pipe-line ont des modes d’action originaux.» Qu’il s’agisse d’un vaccin thérapeutique contre des cancers du poumon et du sein – qui fait actuellement l’objet d’essais cliniques en phase III – ou encore d’un médicament contre l’ostéo-arthrite qui pourrait avoir une action réparatrice sur les cartilages. Comptant en Suisse romande près de 2000 employés (répartis entre le siège à Genève et les sites de production ou de conditionnement de Corsier-sur-Vevey, Aubonne et Coinsins, dans le canton de Vaud), Merck Serono reste une «entreprise de taille moyenne», qui a par ailleurs été élue parmi les meilleurs employeurs au monde dans son secteur par le magazine Science. «Cela fait grand plaisir», commente Elmar Schnee, en rappelant que l’objectif de sa société «n’est pas d’être grande, mais d’être la meilleure». EG
Genkyotex - La lutte contre le stress oxydatif
La plupart des entreprises de pharma focalisent leur activité sur un type particulier d’affections. Prenant le parti inverse, GenKyoTex a entrepris de lutter contre un mécanisme biologique, le stress oxydatif, qui est impliqué dans des maladies très diverses, allant des troubles cardiovasculaires à ceux du système nerveux central, en passant par le diabète ou certains cancers. Créée en 2006 par trois professeurs de médecine des Universités de Genève, de Kyoto et du Texas – d’où son nom – la start-up est implantée dans les locaux de l’incubateur d’entreprises Eclosion, à Plan-les-Ouates, près de Genève. Elle s’est lancée dans une démarche innovante consistant à «bloquer la première étape de la cascade du stress oxydatif», précise son directeur général et cofondateur Patrick Page. Elle a déjà dans ses cartons deux molécules prometteuses «découvertes à l’interne». La plus avancée est destinée au traitement de la fibrose pulmonaire, une maladie orpheline, et de la fibrose du rein, étape ultime de la néphropathie diabétique qui affecte plus de 10 millions de patients et dont le marché potentiel est évalué à 25 milliards de dollars par an. Les premiers essais cliniques de phase I devraient démarrer en novembre 2010 et ceux de phase II «neuf mois plus tard». Ils diront si le pari est tenu. EG
Biocartis - Accélérer le diagnostic
«Nous développons une plateforme de diagnostic révolutionnaire», annonce d’emblée Nader Donzel, le directeur opérationnel de Biocartis. C’est dire que la start-up installée au Parc scientifique d’Ecublens sur le campus de l’EPFL ne manque pas d’ambition. L’équipement qu’elle élabore vise en effet à dépister certaines maladies de manière très précoce et il pourrait de surcroît être utilisé «à l’endroit où le patient est traité», y compris au cabinet du médecin de famille. Le champ des applications potentielles est vaste, mais l’entreprise s’est d’abord focalisée sur quelques maladies infectieuses, l’alzheimer et le cancer. Depuis sa création en 2007 par un entrepreneur belge, un professeur à l’EPFL et Nader Donzel, Biocartis a fait du chemin. Financée au départ par ses fondateurs, elle a levé récemment près de 15 millions de francs. Soucieuse d’intégrer à ses équipements de «l’électronique de base», elle a acheté en février dernier une plateforme de diagnostic de Philips Electronics et créé aux Pays-Bas Biocartis BV. L’entreprise, qui emploie vingt personnes (dont quatorze à Ecublens) et travaille en sous-traitance avec une soixantaine d’autres, avance vite. Elle compte commercialiser sa technologie dans deux ans. EG Medtronic - Compétences locales pour géant global
Rien ne semble arrêter la société américaine Medtronic. Depuis son implantation en terre romande, le leader mondial des technologies médicales, qui compte 38 000 employés dans 120 pays, accroît constamment ses activités en Suisse. Siège régional pour l’Europe et l’Asie centrale, le site de Tolochenaz (VD) construit en 1996 a vu son personnel augmenter régulièrement. «Les bâtiments étaient prévus pour accueillir 120 employés. Finalement nous sommes passés de 25 au départ à 700 aujourd’hui», explique le porte-parole Eric Gasser. Sur le territoire helvétique, près d’un millier de personnes travaillent pour la firme spécialisée notamment dans la conception de pacemakers, de défibrillateurs implantables et de neurostimulateurs. Le siège pour la Suisse situé à Münchenbuchsee (BE) et le centre de production de Neuchâtel regroupent un peu moins de 300 collaborateurs. Mais l’acquisition récemment annoncée d’Invatec, spécialisée dans le développement de technologies médicales à Frauenfeld (TG), devrait encore faire grossir les rangs des salariés de la compagnie en Suisse. Pour rester au top de l’innovation, Medtronic multiplie les partenariats avec les hautes écoles et les centres de recherche de la région. En novembre dernier, alliée à la société de capital-risque française Sofinnova, elle a lancé, sur le site de l’EPFL, un nouvel incubateur destiné à accélérer le développement des technologies d’avant-garde dans le domaine des appareils médicaux. Elle s’apprête d’ailleurs à commercialiser en mai prochain une nouvelle génération de pacemakers compatibles avec les appareils à résonnance magnétique. «Il s’agit d’une avancée technologique importante, dit Eric Gasser. Les patients portant un stimulateur cardiaque auront la possibilité de passer des IRM sans contre-indication.» La société américaine a trouvé sur le sol helvétique un terrain fertile à son expansion. «La présence d’une forte industrie horlogère a donné naissance à une main-d’œuvre très qualifiée dans la technologie de précision», affirme Eric Gasser. Ces employés aux doigts de fée, qui confectionnent chaque année plus de 350 000 appareils dans les salles blanches de Tolochenaz, perpétuent ainsi un savoir-faire local dans une entreprise en renouvellement constant: Medtronic réalise deux tiers de ses revenus sur la vente d’appareils qui n’étaient pas disponibles deux ans auparavant. ET
Institut de recherche ophtalmique de Sion - L’œil et les gènes
Comprendre la génétique des maladies de l’œil. Tel est l’objectif de l’Institut de recherche ophtalmique de Sion (IRO ), une fondation à but non lucratif, créé en 1989. Connu mondialement pour ses travaux de recherche et ses publications, l’institut valaisan regroupe une trentaine de collaborateurs. «Une meilleure connaissance de la génétique des maladies oculaires nous permet de mieux les diagnostiquer et de prédire leur évolution», explique Daniel Schorderet, directeur de l’IRO . Ce médecin généticien a mis sur pied le programme de recherche Gènes et vision en 2003. Depuis, l’institut a découvert de nombreux gènes responsables de maladies de l’œil et, d’ici à quelques années, il souhaite pouvoir traiter ces troubles en remplaçant des gènes défaillants ou avec de nouveaux médicaments. La collaboration avec les universités et les hautes écoles de Suisse constitue la pierre angulaire de ce développement. «Les synergies entre la recherche et le monde académique nous permettent de travailler de manière beaucoup plus efficace que si nous étions seuls dans notre coin. Nous avons la chance de bénéficier d’une relation très privilégiée avec l’EPFL et de pouvoir utiliser l’ensemble de son plateau technique», affirme le généticien qui est aussi professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université de Lausanne. ET
Preglem - Un médicament novateur pour traiter les fibromes utérins
«Si l’on cherche des spécialistes de la biopharma, il n’est pas nécessaire de dépasser les frontières romandes: les experts se trouvent déjà sur place.» Ernest Loumaye, gynécologue de formation, a trouvé au Centre des technologies nouvelles de Plan-les-Ouates, près de Genève, un terreau d’innovation fertile pour la société qu’il a cofondée en 2006. PregLem, créée grâce à une levée de fonds de 68 millions de francs, est spécialisée dans la médecine reproductive. «Notre produit phare, le PGL4001, traite les fibromes utérins. Cette maladie, extrêmement fréquente chez les femmes de 35 à 50 ans, provoque des saignements, des douleurs, de l’anémie, voire une infertilité.» Les avantages de cette nouvelle classe de médicament, qui devrait être enregistrée en 2011, se situent dans sa rapidité d’action et dans l’absence d’induction d’un état de ménopause. Avec ses vingt-deux employés, PregLem demeure modeste, mais elle compte s’agrandir pour préparer la commercialisation du médicament. «Ce site devient trop petit, mais nous y sommes bien grâce à la facilité d’accès et au coût raisonnable du mètre carré. Je trouve aussi important de croiser d’autres entrepreneurs du domaine chaque jour dans l’ascenseur!» SM
Centre de recherche Nestlé - Nutrition, santé et plaisir
«Nutrition, santé, bien-être»: telle est la «vocation» du Centre de recherche Nestlé (CRN ), selon Laurent Fay, responsable du département nutrition et santé. Que l’on ne s’y trompe pas: contrairement à la pharma, les activités du centre «ne s’inscrivent pas dans une vision thérapeutique» et elles n’ont pas non plus pour but d’élaborer de nouvelles molécules puisque les ingrédients utilisés sont tous des «fractions de produits naturels». Mais il existe des analogies. Comme un laboratoire pharmaceutique, le CRN implanté à Vers-chez-les-Blanc sur les hauts de Lausanne fait de la recherche fondamentale. Parmi ses quelque 650 employés, il compte 300 scientifiques, dont le domaine d’expertise s’étend de la biologie à la nutrition, en passant par la biochimie, la chimie, l’immunologie et même la physique et les mathématiques. Autre similitude: il mène lui aussi des essais cliniques afin de répondre aux règles imposées par les agences sanitaires nationales. «Notre rôle est d’apporter la preuve scientifique de l’efficacité de nos produits, précise Laurent Fay, mais aussi de comprendre leur mécanisme d’action.» C’est ainsi que le centre a procédé dans les années 90 pour élaborer le yaourt LC-1, enrichi en probiotiques, qui s’est révélé actif contre Helicobacter pylori, la bactérie responsable des ulcères gastriques. Ou encore pour mettre au point des laits hypoallergéniques pour les bébés sensibles aux substances allergènes, une gamme d’aliments destinés à lutter contre l’obésité, ou d‘autres spécifiquement destinés aux patients suivant une chimiothérapie ou en soins intensifs. Ces aliments fonctionnels visent des populations ciblées et leur «apportent les nutriments dont elles ont besoin ou les protègent contre les infections». Ils doivent toutefois rester appétissants, avoir un arôme, un goût, une couleur et une texture agréables. Ce n’est donc pas un hasard si le CRN, qui collabore avec de nombreux laboratoires, a «noué une alliance» avec l’EPFL au sein de laquelle Nestlé a créé trois chaires (lire ci-dessous), dont l’une consacrée à la physiologie du goût. Car même si elle contribue à améliorer notre état de santé, l’alimentation doit «rester un plaisir», conclut Laurent Faye. EG
Endosense - La force du cœur
La société Endosense est née de la collaboration entre un cardiologue et deux ingénieurs désireux de trouver une solution technologique aux problèmes des arythmies cardiaques. Après plusieurs années de recherche, la medtech basée à Meyrin (GE) a mis au point le premier cathéter avec capteur de force qui permet de traiter les disfonctionnements électriques du cœur. Appelé TactiCath, cet instrument donne la possibilité aux médecins de mesurer objectivement la force qu’ils utilisent lors d’une ablation par cathéter chez des patients atteints de fibrillation auriculaire. Cette maladie touche entre 80 000 à 100 000 personnes en Suisse et 6 à 10 millions dans le monde. «Notre objectif est de pouvoir redonner aux médecins le sens tactile de la paroi cardiaque qu’ils perdent en utilisant un cathéter simple», explique Eric Le Royer, directeur d’Endosense. La firme, qui vient de conclure un accord avec Biotronik pour la distribution de ses produits, est en phase préliminaire de commercialisation. Avec une croissance de 15 à 20% par année du nombre de personnes souffrant de troubles du rythme cardiaque, le marché est prometteur. Après une première levée de fonds de 26 millions en 2006, la start-up a réussi à décrocher une nouvelle enveloppe de 38 millions en août 2009, en plein marasme économique, pour assurer la poursuite de ses activités. ET
EPFL - La chaire qui lutte contre l’obésité
La chaire Nestlé de l’EPFL en métabolisme énergétique symbolise les relations étroites qui existent entre la recherche académique et le tissu industriel suisse. Basée sur le campus de l’Ecole polytechnique, l’équipe conduite par le professeur Johan Auwerx regroupe une vingtaine de scientifiques qui étudient les mécanismes responsables de l’obésité et des maladies qui lui sont liées. L’entreprise agroalimentaire s’est associée dès le départ à la création de ce pôle de compétence en lui faisant une dotation de plusieurs millions de francs. «La multinationale est fortement intéressée par nos recherches, car elles peuvent l’aider à produire des nutriments plus ciblés et mieux adaptés au maintien de la santé», explique Johan Auwerx. Avant d’être nommé à la tête de ce laboratoire, ce grand spécialiste du métabolisme a longtemps travaillé en France où les relations entre les chercheurs et le monde industriel sont beaucoup moins développées. «La forte convergence qui existe en Suisse entre l’industrie et les hautes écoles nous permet de faire évoluer nos idées de manière beaucoup plus souple en testant rapidement la possibilité de créer des applications concrètes», affirme le directeur de la chaire. ET
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