Pour en finir avec le PIB
Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 12.06.2008 à 00:00
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De nouveaux indicateurs de bien-être sont sérieusement à l’étude. enfin.
Le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse a stagné au premier trimestre 2008. Et voilà les mines qui se renfrognent, le doute qui s’installe. Que va-t-il nous arriver? Guetté, ausculté tous les trimestres comme les oracles de la Pythie, le PIB demeure la référence inébranlable de la santé économique nationale. Donc, posé comme une évidence, le thermomètre sans faille de notre vie collective. Pourtant, l’Office fédéral de la statistique l’avoue lui-même sur son site: «Indicateur du niveau de vie d’un pays, le PIB par habitant n’est pas approprié pour une analyse de la richesse ou du bien-être.» Voilà qui est clair. Nous pouvons donc bénéficier d’un niveau de vie élevé sans pour autant être riches et bienheureux. En effet, plus il y a d’accidents automobiles, plus cela donne du travail aux mécaniciens, médecins et assureurs dont la «somme des valeurs ajoutées» fait grimper le PIB. De manière générale, toutes les actions de dépollution ou de réparation qui ne font que restituer au capital naturel sa valeur initiale influencent favorablement le PIB. «En poussant la logique à son terme, relève la philosophe et sociologue Dominique Méda dans son dernier ouvrage Au-delà du PIB, on pourrait soutenir qu’une société qui se détruit entièrement, qui se consomme et se consume, serait de plus en plus riche, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus rien à vendre.» A contrario, le PIB ne tient pas compte des multiples actions bénévoles et solidaires qui enrichissent le tissu social d’une nation, comme par exemple le temps consacré aux personnes âgées ou aux enfants. En France, le président Nicolas Sarkozy a confié à deux Prix Nobel de l’économie, Amartya Sen et Joseph Stiglitz, la mission d’élaborer de nouveaux indicateurs de croissance. Un peu à l’image de l’indice de développement humain (IDH) qui calcule une moyenne des indices de longévité, de niveau d’éducation et de niveau de vie. Certes, la tâche est difficile. Faut-il «monétariser» le bien-être durable et, si oui, comment? Faut-il agréger un maximum de données comme la santé, les inégalités sociales ou l’empreinte écologique et, si oui, comment? Si le PIB continue à tenir la vedette malgré les critiques qu’il essuie depuis plus de vingt ans, c’est notamment en raison de la réelle difficulté à lui trouver un remplaçant aussi commode. Mais, de grâce, ce n’est pas une raison pour en faire encore et toujours notre guide suprême!
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