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Pour séduire à nouveau, l’UBS devra se renier

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 04.09.2008 à 06:00

Myret Zaki. Journaliste financière au «Temps», l’auteur expose les raisons de la débâcle qui pourrait coûter 50 milliards à la première banque du pays.

«L’UBS abandonne ses ambitions aux Etats-Unis», affirme Myret Zaki dès la première phrase de son livre. Cette enquête fouillée auprès de nombreux interlocuteurs, s’exprimant à visage découvert ou témoignant dans l’anonymat, explique comment la première banque suisse – jusque-là citée en modèle de groupe bancaire mondial à marque unique –s’est en quelque sorte autosabordée.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, quelque 50 milliards de francs pourraient être perdus, parce que deux équipes spécialisées en banque d’affaires se sont livré une guerre de prestige à l’intérieur d’UBS, justement aux Etats-Unis.
Et que la direction n’a pas fait confiance à la bonne au moment crucial du retournement du marché hypothécaire américain. Les traders du hedge fund maison – Dillon Read Capital Management (DRCM) – avaient senti le vent tourner.
 
Mais la direction et le conseil d’administration – personnifiés par l’homme fort de l’UBS, Marcel Ospel – ont préféré faire confiance à la division de banque d’affaires, alors même qu’elle avait pris des risques bien plus importants que le hedge fund (lire extraits ci-contre).
Résultat: tout ce qui avait été gagné dans les activités de marché par la nouvelle UBS née de la fusion entre l’ancienne banque rouge et noir et la SBS, pendant les dix dernières années, a été détruit! Un séisme pour la place financière suisse qui réfléchit à de nouvelles exigences de fonds propres à imposer aux banquiers pour éviter une faillite d’envergure dans une économie très dépendante de la finance.
 
Modèle d’affaires invalidé. Dans la foulée, la stratégie mise en pratique par l’UBS pendant ces mêmes dix dernières années ne convainc plus grand monde. Celle d’offrir tous les métiers sous une marque unique pour optimiser les synergies entre banque d’affaires et gestion de fortune privée ou entre construction de portefeuilles, création de produits et gestion institutionnelle.
 
L’excellence devait renforcer l’excellence. C’est le contraire qui s’est produit: les piètres performances de l’Investment Banking dans la crise en cours – elle affiche les pertes les plus importantes parmi les établissements comparables – ont fait fuir les clients de la gestion de fortune et de la banque de détail.
Myret Zaki estime que le futur de l’UBS – et les plus-values à venir pour ses actionnaires – passent par la vente prochaine de sa banque d’affaires; désormais, trop affaiblie pour être rentable et rendre de réels services aux plus gros clients de la gestion de fortune.
 
Le modèle intégré est même, selon l’auteur, devenu un repoussoir pour les investisseurs qui rechignent à miser sur une action qui a pourtant perdu les trois quarts de sa valeur. Afin de séduire à nouveau l’UBS, devrait renier sa stratégie de marque unique multimétier et se concentrer sur la gestion de fortune et l’Asie: très loin de ses ambitions américaines.
 
 
Marchés financiers, banques, assurances. Retrouvez les analyses et les conseils de Geneviève Brunet sur son blog

Extraits choisis de «Ubs, les dessous d’un scandale»
«En réalité, ce n’est pas contre Luqman Arnold que Marcel Ospel a perdu la partie, mais contre sa propre ambition. Son modèle de banque intégrée portait en lui une dangereuse faille: (…) il était trop vulnérable à une crise financière majeure.»

«Le scepticisme face à l’avenir de la banque d’affaires de l’UBS est d’autant plus fort qu’en avril 2008, l’UBS révèle dans son rapport détaillé que c’est bien cette division qui avait pris les plus gros risques sur le marché subprime, et non Dillon Read, le hedge fund interne qui évoluait séparément.
Début mai 2007, ce dernier était exposé à hauteur de 20 milliards de dollars au marché immobilier résidentiel américain, tandis que l’Investment Bank avait, selon nos sources, des expositions totales de près de 200 milliards en crédits à risques.
Selon l’UBS, Dillon Read n’a entraîné que 16% des pertes à la fin de 2007, ou 3 milliards de dollars, alors que sa banque d’affaires est responsable des 84% restants. Rapportés aux pertes accumulées jusqu’en juin 2008, Dillon Read n’a causé en fin de compte que 7% des dégâts.»

«Tout indique a posteriori que l’UBS n’a pas dissous DRCM pour prendre moins de risques, mais pour prendre plus de risques.»

«Seule et unique solution à la portée de la CFB: rendre beaucoup plus coûteuse une prise de risques démesurée sur le marché américain, en exigeant des deux grandes banques un coussin de capital assez élevé pour qu’elles puissent payer de leur poche leur risque maximal. (…) La CFB sait qu’elle ouvre la porte à une décision des grandes banques de transférer leur siège à Londres.»

«Les profits de l’UBS aux Etats-Unis étaient en grande partie chimériques. Avec le recul, il apparaît que le manque de maîtrise du marché américain par l’UBS puise ses racines dans le fait qu’elle s’est laissé gagner par une forte culture anglo-saxonne, relativement peu compatible avec les valeurs qui ont fait le succès de sa gestion de fortune.»
«Le redressement de la grande banque passera sans doute par un virage stratégique majeur, qui la verra mettre plus de poids stratégique sur l’Asie que sur les Etats-Unis.»

«Les forces de l’UBS, avec lesquelles elle peut réellement conquérir le monde restent, au final, celles qu’elle puise dans les traditions plusieurs fois centenaires de la place financière suisse.»
 

UBS Les dessous d’un scandale. Comment l’empire aux trois clés a perdu son pari. Myret Zaki, Editions Favre, août 2008.



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Tags: Banques, Suisse, UBS, SBS, Credit Suisse, Myret Zaki,

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Réaction de gnôme
le 05.09.2008 à 15:04
Les banques suisses feraient bien de se retirer complètement des...
 



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