Pour séduire à nouveau, l’UBS devra se renier
Myret Zaki. Journaliste financière au «Temps», l’auteur expose les raisons de la débâcle qui pourrait coûter 50 milliards à la première banque du pays.
«L’UBS abandonne ses ambitions aux Etats-Unis», affirme Myret Zaki dès la première phrase de son livre. Cette enquête fouillée auprès de nombreux interlocuteurs, s’exprimant à visage découvert ou témoignant dans l’anonymat, explique comment la première banque suisse – jusque-là citée en modèle de groupe bancaire mondial à marque unique –s’est en quelque sorte autosabordée.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, quelque 50 milliards de francs pourraient être perdus, parce que deux équipes spécialisées en banque d’affaires se sont livré une guerre de prestige à l’intérieur d’UBS, justement aux Etats-Unis.
Et que la direction n’a pas fait confiance à la bonne au moment crucial du retournement du marché hypothécaire américain. Les traders du hedge fund maison – Dillon Read Capital Management (DRCM) – avaient senti le vent tourner.
Mais la direction et le conseil d’administration – personnifiés par l’homme fort de l’UBS, Marcel Ospel – ont préféré faire confiance à la division de banque d’affaires, alors même qu’elle avait pris des risques bien plus importants que le hedge fund (lire extraits ci-contre).
Résultat: tout ce qui avait été gagné dans les activités de marché par la nouvelle UBS née de la fusion entre l’ancienne banque rouge et noir et la SBS, pendant les dix dernières années, a été détruit! Un séisme pour la place financière suisse qui réfléchit à de nouvelles exigences de fonds propres à imposer aux banquiers pour éviter une faillite d’envergure dans une économie très dépendante de la finance.
Modèle d’affaires invalidé. Dans la foulée, la stratégie mise en pratique par l’UBS pendant ces mêmes dix dernières années ne convainc plus grand monde. Celle d’offrir tous les métiers sous une marque unique pour optimiser les synergies entre banque d’affaires et gestion de fortune privée ou entre construction de portefeuilles, création de produits et gestion institutionnelle.
L’excellence devait renforcer l’excellence. C’est le contraire qui s’est produit: les piètres performances de l’Investment Banking dans la crise en cours – elle affiche les pertes les plus importantes parmi les établissements comparables – ont fait fuir les clients de la gestion de fortune et de la banque de détail.
Myret Zaki estime que le futur de l’UBS – et les plus-values à venir pour ses actionnaires – passent par la vente prochaine de sa banque d’affaires; désormais, trop affaiblie pour être rentable et rendre de réels services aux plus gros clients de la gestion de fortune.
Le modèle intégré est même, selon l’auteur, devenu un repoussoir pour les investisseurs qui rechignent à miser sur une action qui a pourtant perdu les trois quarts de sa valeur. Afin de séduire à nouveau l’UBS, devrait renier sa stratégie de marque unique multimétier et se concentrer sur la gestion de fortune et l’Asie: très loin de ses ambitions américaines.
Marchés financiers, banques, assurances. Retrouvez les analyses et les conseils de Geneviève Brunet sur son blog
| Extraits choisis de «Ubs, les dessous d’un scandale» |
|
«En réalité, ce n’est pas contre Luqman Arnold que Marcel Ospel a perdu la partie, mais contre sa propre ambition. Son modèle de banque intégrée portait en lui une dangereuse faille: (…) il était trop vulnérable à une crise financière majeure.»
«Le scepticisme face à l’avenir de la banque d’affaires de l’UBS est d’autant plus fort qu’en avril 2008, l’UBS révèle dans son rapport détaillé que c’est bien cette division qui avait pris les plus gros risques sur le marché subprime, et non Dillon Read, le hedge fund interne qui évoluait séparément.
Début mai 2007, ce dernier était exposé à hauteur de 20 milliards de dollars au marché immobilier résidentiel américain, tandis que l’Investment Bank avait, selon nos sources, des expositions totales de près de 200 milliards en crédits à risques.
Selon l’UBS, Dillon Read n’a entraîné que 16% des pertes à la fin de 2007, ou 3 milliards de dollars, alors que sa banque d’affaires est responsable des 84% restants. Rapportés aux pertes accumulées jusqu’en juin 2008, Dillon Read n’a causé en fin de compte que 7% des dégâts.»
«Tout indique a posteriori que l’UBS n’a pas dissous DRCM pour prendre moins de risques, mais pour prendre plus de risques.»
«Seule et unique solution à la portée de la CFB: rendre beaucoup plus coûteuse une prise de risques démesurée sur le marché américain, en exigeant des deux grandes banques un coussin de capital assez élevé pour qu’elles puissent payer de leur poche leur risque maximal. (…) La CFB sait qu’elle ouvre la porte à une décision des grandes banques de transférer leur siège à Londres.»
«Les profits de l’UBS aux Etats-Unis étaient en grande partie chimériques. Avec le recul, il apparaît que le manque de maîtrise du marché américain par l’UBS puise ses racines dans le fait qu’elle s’est laissé gagner par une forte culture anglo-saxonne, relativement peu compatible avec les valeurs qui ont fait le succès de sa gestion de fortune.» «Le redressement de la grande banque passera sans doute par un virage stratégique majeur, qui la verra mettre plus de poids stratégique sur l’Asie que sur les Etats-Unis.»
«Les forces de l’UBS, avec lesquelles elle peut réellement conquérir le monde restent, au final, celles qu’elle puise dans les traditions plusieurs fois centenaires de la place financière suisse.»
UBS Les dessous d’un scandale. Comment l’empire aux trois clés a perdu son pari. Myret Zaki, Editions Favre, août 2008. |
Tags: Banques, Suisse, UBS, SBS, Credit Suisse, Myret Zaki,
|
|
|
 |
|
|
| Réaction de gnôme le 05.09.2008 à 15:04 | | Les banques suisses feraient bien de se retirer complètement des... Les banques suisses feraient bien de se retirer complètement des Etats-Unis. Elles devraient vendre toutes leurs partcipations là bas. Purement et simplement. Cela vaut pour l'UBS mais aussi pour le Crédit Suisse.
C'est à cause de la trop forte implantation des grandes banques suisses outre atlantiue - elles y réalisaient près de la moitié de leurs affaires - que la place financière a été si vulnérable et soumise à des pressions insupportables d'un pays: les USA, qui n'est pas, ou qui n'est plus, un pays de liberté respectant la sphère privée.
Les banquiers privés genevois, par exemple, qui sont bien plus prudents et se sont bien gardés d'ouvrir trop de succursales à l'étranger, ou alors seulement dans des pays fiscalement amicaux, sont bien moins vulnérables. Malheureusement pour eux, ils ont du passer à la caisse aussi, parce que la Suisse toute entière a passé à la moulinette, du moment que les grandes banques étaient à la merci des autorités américaines.
En effet, il n'est que trop facile pour le gouvernement américain de menacer de ne pas renouveler le satut de "qualified intermediary" des banques suisses sous un prétexte quelconque et ainsi de les nmettre dans l'incapacité d'opérer sur territoire US. Par ce simple moyen, le gouvernement US peut extorquer nimporte quoi de notre pays.
C'est la raison principale pour laquelle nous avons pu être mis au chantage dans l'affaire des fonds en déshérence. Et c'est également la raison pour laquelle les autorités suisses ont accepté de renoncer à une véritable politique d'indépendance impliquant la neutralité armée, pour s'aligner de plus en plus sur l'OTAN. C'est ce qui nous a valu la politique désastreuse de Ogi, Schmid et les cdt de corps Keckeis et Nef. Et par contrecoup, puisque nous sommes moins indépendants et moins neutres et moins respectés parce que nous n'avons plus de défense nationale indépendante, nous devenons aussi plus vulnérables aux pressions européennes.
La seule chose qui nous sauve encore, pour le moment, de ce côté là, c'est le fait que la plupart des politiciens européens: français, allemands, belges, italiens, ont eux aussi des comptes en Suisse.
Pour l'instant la Suisse arrive encore à se défendre face à l'Europe sur le secret bancaire, parce que le Luxembourg n'est pas un concurrent sérieux. le Luxembourg est dans l'UE par conséquent les clients ne peuvent avoir aucune confiance dans les banques luxembourgeoises pour protéger leur confidentialité. Mais surtout que la Suisse n'entre pas dans l'Europe. Ce serait la fin de la place financière.
Il est de fait que les grandes banques ont une influence déterminante sur le conseil fédéral, le parlement fédéral e tutti quanti. Voilà pourquoi le meilleur service que nos banquiers pourraient rendre à leur pays serait de se retirer complètement des Etats-Unis.
Il reste assez d'argent à faire en Asie, en Inde, dans le Moyen-Orient, bref dans tant de pays où il y a tant d'argent et où les gouvernements ne voient pas trop d'inconvénients à ce que leurs citoyens aient des comptes à numéros en Suisse et ainsi échappent au fisc.
| |  |
|



ACTUALITÉ | Un homme embusqué sur un toit dans une ville de Finlande a ouvert le feu dans la nuit de vendredi... | |
|


ACTUALITÉ | On ne reviendra pas sur le bilan de George W. Bush: il est affligeant; même les ténors républicains le soulignent.... | |
|
ACTUALITÉ | Dans un mois, Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser reprendront les rênes du Centre culturel suisse (CCS) de Paris. A les... | |
|
ACTUALITÉ | «L’entrée de PPR dans le capital de Sowind ne change rien à notre vision de la haute horlogerie.» Au dernier... | |
|
ACTUALITÉ | La semaine dernière, Peter Rothenbühler, rédacteur en chef du Matin, a été propulsé vers un étage supérieur du groupe Edipresse... | |
|
ACTUALITÉ | On le dit en fin de course, le ministre de l’Energie, Moritz Leuenberger. Dans cette interview qu’il nous accorde en... | |
|
ACTUALITÉ | Au jeu des indépendances, Moscou pourrait bien se brûler les doigts. Alors que le calme semblait réinstauré en Tchétchénie (sous... | |
|
ACTUALITÉ | A 71 ans, le Tchèque Karl Johannes Fürst zu Schwarzenberg dirige la diplomatie de son pays depuis 2007. Issu d’une... | |
|
ACTUALITÉ | C’est un triomphe. Depuis la fin de juillet, des milliers de téléspectateurs de la chaîne 3+ suivent avec passion la... | |
|
ACTUALITÉ | Cet automne, pour savoir à quelle tribu appartient un adolescent, il faudra viser les pantalons et les chaussures. Car, pour... | |
|
ACTUALITÉ | Les villes alémaniques l’ont bien compris: les vols et les déprédations de vélos exaspèrent les cyclistes et constituent le premier... | |
|
|
|
|
 |
|
|