Histoire suisse
Pourquoi ces trous de mémoire collective
1291 et ses trois Suisses, ou 1848? Si la première date est symbolique, la seconde est fondatrice. Cette dernière, qui a vu la naissance de la Suisse moderne, reste pourtant méconnue du public.
La proposition émane du provocateur président de la Jeunesse socialiste, Cédric Wermuth: choisir comme fête nationale le 12 septembre 1848 plutôt que le 1er Août 1291. Elle fera sourire Fulvio Pelli, le président du Parti libéralradical, qui avait lui même lancé cette idée en 2007, lors de son discours du 1er Août à Stabio. La réflexion républicaine est séduisante: le 12 septembre 1848 concerne tous les Suisses, alors que le serment du Grütli n’impliquait que trois communautés alpines. Dans la mémoire populaire pourtant, les événements de l’automne 1848, bien plus avérés que ceux d’un été de la fin du XIIIe siècle (voir notre quiz en page 46), demeurent largement méconnus en dehors des cercles restreints et érudits des historiens ou des constitutionnalistes.
Paradoxe, relevé par Cédric Humair, auteur de «1848: naissance de la Suisse moderne» (lire son interview en page 52), ce sont les créateurs de l’Etat fédéral de 1848 qui exhument de vieux papiers de 1291 des archives pour offrir à la population une fête nationale sur le modèle de celle que la France vient de s’inventer en célébrant le centenaire de la prise de la Bastille. Ce choix d’exalter le mythe plutôt que des faits explique en partie pourquoi les Suisses sont souvent mieux renseignés sur le 14 juillet 1789 que sur leurs propres révolutions.
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