Qui a frappé? Al-Qaida? Le Lashkar-e-Taeba (LeT), un réseau basé au Pakistan qui milite contre «l’occupation indienne» du Cachemire, ou un réseau islamiste indien baptisé les «Moujahidine du Deccan»? Ces trois hypothèses conjuguées pourraient fournir une réponse multiforme, vu le professionnalisme de l’attaque et le caractère multiple des cibles. Jamais, ces actions n’auraient pu être menées sans l’aide d’éléments extérieurs, et ceux-ci n’auraient jamais pu agir sans le soutien de puissants relais locaux. Les réseaux terroristes internes et externes s’imbriquent.
Trois pistes. D’abord, on peut y voir la trace d’al-Qaida. Bombay est le symbole du capitalisme et des grandes banques internationales, et ses palaces abritent de riches occidentaux. Un centre juif a aussi été visé. Israël est un partenaire stratégique de l’Inde en matière d’armement et de partage des renseignements. Enfin, New Delhi et Kaboul sont des alliés historiques, et la stratégie de l’Inde en Afghanistan vise à déstabiliser le Pakistan.
Ensuite, on peut y voir la trace pakistanaise du Lashkar-e-Taeba, un groupe basé au Cachemire pakistanais et à l’origine de nombreux attentats en Inde, ces dernières années. C’est la piste officielle de New Delhi que corroborent les déclarations d’Ajmal Kamal – l’unique assaillant capturé vivant. Selon lui, tous les terroristes étaient des Pakistanais entraînés par le Lashkar-e-Taeba qui mène le djihad pour libérer le Cachemire de «l’occupation indienne». Mobile de l’attentat? Le rapprochement et les espoirs de paix entre l’Inde et le Pakistan ne sont pas dans leur intérêt et c’était l’occasion d’instrumentaliser l’agitation séparatiste qui menace à nouveau le Cachemire indien, aux urnes ces jours-ci.
Cette piste pakistanaise conduit enfin à la troisième: la piste indienne des «Moujahidine indiens» (MI) dont le qualificatif «Moujahidine du Deccan» est, pour de nombreux experts, un simple nom d’emprunt. Les «MI», affiliés au LeT, sont issus du SIMI (Mouvement des étudiants islamiques d’Inde fondé en 1977, interdit depuis 2001). Ils ont revendiqué les attentats de ces six derniers mois: Jaipur (63 morts), Bangalore (3 morts), Ahmedabad (49 morts) et Delhi (19 morts).
Abdul Subhan Qureshi, cerveau de cette organisation, définit le groupe comme une «milice djihadiste basée en Inde» et prône la «renaissance du djihad en Inde», afin de venger «l’injustice et la douleur infligées aux musulmans du Cachemire» et la minorité musulmane tenue à l’écart du développement du pays. Mais cette minorité représentant la seconde plus grande communauté musulmane du monde, est victime de pogroms orchestrés par les nationalistes hindous du BJP et de sa milice. En 2002, les massacres du Gujarat ont fait 2000 morts.
L’enjeu électoral. A six mois des élections générales, les attaques de Bombay frappent de plein fouet le parti du Congrès au pouvoir. La démission, dimanche, du ministre de l’Intérieur et du conseiller national à la Sécurité peuvent lui coûter le scrutin prévu en mai. D’autant que beaucoup s’interrogent sur l’inefficacité du dispositif antiterroriste et des services de renseignement, la RAW.
Nul doute que le carnage de Bombay profitera aux nationalistes hindous du BJP, grands perdants des élections de 2004, qui sauront mobiliser les masses sur la peur du musulman. Une menace présentée comme terroriste mais aussi sociale. Les musulmans, représentant 14% de la population indienne, pèsent moins de 5% dans les institutions, la fonction publique et l’armée. Ils font partie des «classes arriérées» et réclament un statut auquel s’opposent les hindous.
Ces attaques ravivent les luttes intercommunautaires et montrent que l’Inde, «la plus grande démocratie du monde», «eldorado économique», est aussi une poudrière tant ethnique que religieuse. Si rien n’est fait pour sortir la communauté musulmane de cette marginalisation institutionnalisée, elle deviendra une menace réelle pour le pays.
Faut-il avoir peur du Pakistan?
Pauline Garaude.
Larousse, à dire vrai, 125 p.
Novembre 2008.
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