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Mobilisation. A dix jours de l’échéance, les deux fronts se livrent à une intense campagne de mobilisation, dont personne n’aurait pu deviner l’intensité voici deux mois encore. Car longtemps, le PLR s’est complu dans son rôle d’avocat inflexible du monde bancaire, sans le moindre murmure de contestation. Le 27 juin 2009, il y a moins d’un an donc, il adoptait une «stratégie pour la place financière» en dix propositions. Ce document de travail, presque un «copier-coller» des vœux du monde bancaire, est passé quasiment inaperçu. Sur le plan international, il admettait l’application des standards de l’OCDE supprimant la distinction entre fraude et évasion fiscales dans le cadre de conventions de double imposition (CDI) révisées, mais à des conditions très strictes. Il proposait l’introduction d’un impôt à la source remplaçant l’actuel impôt anticipé. Il réclamait aussi l’ouverture de négociations avec l’Union européenne (UE) pour un accord sur les assurances et l’abolition du droit de timbre.
Cette stratégie s’appuyait largement sur les travaux d’un «groupe de travail place financière» dont le noyau est composé de 57 personnes. Présidé par Rolf Schweiger, il comprend surtout des représentants proches du secteur bancaire: en font partie des personnalités comme Michel Dérobert, secrétaire de l’Association des banquiers privés suisses, Jean-Paul Chapuis, ancien secrétaire de l’Association suisse des banquiers (ASB), le directeur de la banque LGT et député au Grand Conseil zurichois Hans-Peter Portmann, des représentants d’UBS et du Credit Suisse bien sûr, des économistes enseignant dans les universités les plus prestigieuse comme celle Saint-Gall et de nombreux politiciens tels les libéraux Martine Brunschwig Graf ou Michel Halpérin.
«Ce groupe n’est pas représentatif du PLR. Ce n’est pas un organe de décision du parti, mais seulement un organe de consultation», précise aujourd’hui Philippe Miauton, le secrétaire romand du PLR. Il n’empêche. Lorsque, le 8 mars dernier, Fulvio Pelli court-circuite cet aréopage d’experts en présentant sa nouvelle «stratégie de l’argent propre», il s’attire la fureur du monde bancaire.
Difficile de cerner les véritables motifs du président du PLR, qui ne s’exprime pas publiquement sur ce sujet. «Par ces nouvelles propositions, Fulvio Pelli a simplement voulu lancer un véritable débat sans tabou en n’excluant aucune sensibilité dans le parti», explique la vice-présidente du PLR Isabelle Moret.
C’est le principal reproche que l’on peut adresser au Tessinois. Il a trop tardé à mesurer l’ampleur des déchirements qui traversent le PLR sur ce dossier. Depuis des mois, le monde de l’industrie, celui du conseiller national Johann Schneider-Ammann, dont l’entreprise de Langenthal souffre encore de la crise, fait face à celui des banques, qui a déjà surmonté cette crise et s’apprête à distribuer des bonus records.
En Suisse alémanique, on s’est étripé sans ménagement. Lors d’une séance de groupe du PLR, le 19 février, les émotions ont débordé. Alors que le «clan des PME» Werner Messmer, Philipp Müller et Otto Ineichen réclamait une «stratégie de l’argent propre», la Zurichoise Doris Fiala a rétorqué en se demandant si certaines personnes étaient vraiment à leur place dans ce parti. Elle n’a cité aucun nom, mais tout le monde a compris qui elle visait.
Le leader des dissidents du PLR est Werner Messmer, président de l’association des entrepreneurs, un chrétien conservateur de 64 ans qui ne cache pas qu’il veut qu’on parle aussi «d’éthique et de morale» dans ce débat. Il confie aujourd’hui à L’Hebdo que, au lendemain de cette séance houleuse, il a adressé une lettre à Fulvio Pelli dans laquelle il résumait sa «stratégie de l’argent propre». «Il y a entre 600 et 900 milliards de francs de fonds non déclarés dans nos banques. Cela ne va plus. Il faut changer quelque chose», explique le Thurgovien.
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