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Pourquoi les femmes tombent dans le piège

Mis en ligne le 09.11.2006 à 00:00

« Tendance Les jeunes femmes de 20 à 30 ans sont de plus en plus nombreuses à se rêver mères au foyer. Leur fantasme? Un homme, un vrai, qui ramène un salaire confortable tandis qu'elles bordent leurs enfants. « Danger Celles qui vivent leur rêve prennent un risque énorme: plus d'un mariage sur deux finit par une séparation. Retrouver un travail après une interruption de cinq à dix ans est très difficile, confirment les agences de placement et les femmes divorcées qui ont dû se réinsérer. « Pression L'époque glorifie la maternité et stigmatise les parents «absents», rendus coupables des maux de la jeunesse. Difficile de résister à l'air du temps, aux livres qui font l'apologie de la douceur maternelle et aux pédiatres qui affirment qu'«être mère est le plus beau métier du monde».

L'Hebdo; 2006-11-09

Retour au foyer Pourquoi les femmes tombent dans le piège

« Tendance Les jeunes femmes de 20 à 30 ans sont de plus en plus nombreuses à se rêver mères au foyer. Leur fantasme? Un homme, un vrai, qui ramène un salaire confortable tandis qu'elles bordent leurs enfants.

« Danger Celles qui vivent leur rêve prennent un risque énorme: plus d'un mariage sur deux finit par une séparation. Retrouver un travail après une interruption de cinq à dix ans est très difficile, confirment les agences de placement et les femmes divorcées qui ont dû se réinsérer.

« Pression L'époque glorifie la maternité et stigmatise les parents «absents», rendus coupables des maux de la jeunesse. Difficile de résister à l'air du temps, aux livres qui font l'apologie de la douceur maternelle et aux pédiatres qui affirment qu'«être mère est le plus beau métier du monde».

42%

des femmes pensent qu'une mère devrait arrêter de travailler à la naissance de son premier enfant.

(Source: sondage L'Hebdo-MIS Trend, 2006.)

Dossier réalisé par Paul Ackermann et Sonia Arnal Collaboration: Maurine Boutin Mercier

Une certitude: à l'heure qu'il est, Simone de Beauvoir se retournerait dans sa tombe. Elle qui a tant fait pour l'émancipation de la femme, que penserait-elle de ces demoiselles qui veulent «un mec-un-vrai», un homme qui assume le rôle du chef de famille pendant qu'elles bordent leur progéniture? Une multitude de jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans sont en effet séduites par un retour à la répartition traditionnelle des rôles.

Un indice de ce phénomène qui touche tout l'Occident? Elles sont de plus en plus nombreuses à prendre le nom de leur mari. Depuis 2000, seules 17% des nouvelles diplômées d'Harvard gardent leur nom de jeune fille quand elles se marient, alors qu'elles étaient... 44% dans les années 80. Mais le paroxysme de ce retour à la tradition est atteint quand ces social-traîtresses du féminisme affirment haut et fort qu'elles ne rêvent que d'une seule chose: arrêter de travailler pour s'occuper de leurs enfants.

«C'est indiscutablement la femme qui doit quitter son emploi car elle a un lien particulier avec son bébé, un lien biologique très fort», lance Deborah, une étudiante en médecine de Genève qui illustre à merveille ce retour en arrière. A 25 ans, cette brune très sûre d'elle est décidée: sa priorité sera de «transmettre» des valeurs à ses enfants. Dans ce projet de vie, «la médecine sera accessoire». Pour Stefania Jonsson, 20 ans, le constat est le même (lire son témoignage en page 30). «Je rêve d'un homme qui gagne assez pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants. Je pourrai, ainsi passer mon temps avec eux.»

Ces deux Genevoises ne sont pas seules à penser ainsi. En mai 2006, dans un sondage réalisé par MIS Trend à l'occasion du Forum des 100 de L'Hebdo, 43% des Suisses estimaient que la femme devrait cesser de travailler pour s'occuper de son bébé. Un avis partagé par 42% des femmes! Une étude menée par l'Université de Genève et un sondage de Femina arrivent à des pourcentages comparables et corroborent donc la tendance.

Dans un entretien accordé au magazine Lire, la philosophe féministe Elisabeth Badinter constate elle aussi que, depuis quelques années, les jeunes femmes diplômées originaires de milieux favorisés «décident de lâcher leur travail». Son analyse: ces jeunes femmes vont vite déchanter. «C'est très bien de dire: "Je rentre à la maison afin d'être plus disponible pour mon mari et mes enfants", mais cela ne fait pas diminuer les taux de divorce... De plus, il est extraordinairement dur de réintégrer le marché du travail lorsqu'on l'a lâché.»

Un sabordage irrécupérable La remarque d'Elisabeth Badinter concerne bien sûr le marché du travail français, mais elle s'applique parfaitement à notre pays, comme le confirment les différentes associations ou agences spécialisées dans la réinsertion professionnelle. La génération qui précède ces trentenaires un rien naïves en fait la cruelle expérience aujourd'hui. Danielle Poncelet, 44 ans, a choisi il y a dix ans de s'occuper à plein temps de son fils. Un choix qu'elle ne regrette pas. Maintenant qu'il a grandi, elle souhaiterait reprendre une activité. Elle cherche un travail, sans succès, depuis... deux ans déjà.

Sa situation est cependant bien plus confortable que celle, parfois tragique, des femmes forcées de retourner travailler après un divorce. Quand elles se sont mariées, leur idéal était clair. Monsieur ramène un salaire confortable à la maison et madame élève les enfants jusqu'à leur entrée à l'université, après quoi les conjoints coulent des jours heureux jusqu'à ce que la mort les sépare. Dans cette image d'Epinal, la femme n'a jamais besoin de retourner au travail.

Dans les faits pourtant, un couple sur deux divorce. Un chiffre qui a bien de la peine à se frayer un passage dans l'esprit des jeunes filles lorsqu'elles se mettent en couple: «C'est affolant de constater la permanence, aujourd'hui encore, de la figure du prince charmant dans leur imaginaire, quelle que soit d'ailleurs leur formation», déplore Vivianne De Neef, qui donne des conseils juridiques à F-information (Genève), une association qui aide les femmes, notamment à se réinsérer.

Le principe de réalité finit néanmoins souvent par les rattraper, surtout depuis l'introduction du nouveau droit du divorce, qui part du principe que les deux membres du couple doivent être autonomes et subvenir à leurs propres besoins. La pension versée par l'homme à sa femme, même si elle est restée à la maison pour s'occuper des enfants, n'est plus versée automatiquement, en tout cas pas forcément ad vitam aeternam.

Bien des femmes se retrouvent donc dans la situation de Laurence, une Bernoise de 42 ans qui a cessé de travailler quand son deuxième enfant est né. Elle a divorcé depuis peu: «Pour l'instant je peux vivre de la pension versée par mon ex-mari, mais je sais que j'ai cinq ou six ans devant moi seulement, et qu'il faut que j'aie trouvé d'ici là un emploi. Cette échéance m'inquiète, et je me dis que même s'il était objectivement difficile de concilier l'éducation de deux enfants et un job, j'aurais dû serrer les dents et continuer.»

Elle a raison de s'inquiéter. «La conjoncture est objectivement difficile, relève Brunella Colombelli, de F-Information. Mais le problème principal de celles qui doivent ou souhaitent réintégrer le marché de l'emploi, c'est le manque de confiance en elles, la peur de se retrouver perdues et sans compétences dans un monde du travail qu'elles perçoivent comme un monstre très menaçant.» Même constat pour Francine Constanty, qui a créé son agence, Pro Dephie, spécialement pour réinsérer les femmes qualifiées - elle réussit à en placer une sur huit en moyenne: «Même celles qui ont une excellente formation, un titre universitaire par exemple, se dévalorisent. Elles cherchent le plus souvent des emplois pour lesquelles elles sont surqualifiées.»

Faibles chances Les spécialistes sont d'accord sur les facteurs qui rendent la recherche d'un travail moins difficile: une formation achevée, un cours qui atteste d'une mise à niveau, notamment en informatique, une activité, même bénévole, dans une association, et une interruption aussi courte que possible. Passé dix ans d'inactivité professionnelle, les chances de retrouver un emploi sont très faibles.

Avocate spécialisée dans le divorce, Anne Reiser estime que «c'est un pari dangereux que de se mettre dans la dépendance économique par rapport à son conjoint. Vraiment.» Elle entend beaucoup de femmes se décrire comme «frustrées» de s'être «sacrifiées pour les enfants et le mari», mais elle ne milite pas forcément pour qu'elles travaillent à plein temps. «Je pense simplement que les unions seraient plus saines, et donc sans doute plus durables, si chacun s'assumait et assumait ses choix.»

Le couple est d'accord pour que la mère n'ait pas d'activité professionnelle et s'occupe à plein temps des enfants? Pourquoi pas. Mais alors il faut en discuter avant leur naissance et faire en sorte que cet investissement soit chiffré: «Ma proposition n'est pas très poétique, mais je prône une convention de vie qui précise et surtout chiffre la collaboration entre les conjoints. Quand la femme cesse de travailler dix ans, elle ne cotise pas, donc perd beaucoup d'argent sur sa prévoyance professionnelle. En outre, à supposer même qu'elle retrouve un travail, elle sera en bas de l'échelle, alors que son ancienne collègue qui n'a jamais interrompu sa carrière aura gravi les échelons, aura des responsabilités et gagnera beaucoup plus. Tout cela a un prix, que l'homme doit s'engager à payer, tout comme il peut par exemple s'engager à financer une formation à sa femme le jour où elle souhaitera reprendre une activité.»

Risque du divorce Si les femmes se piègent elles-mêmes, c'est certes parce qu'elles ne tiennent pas compte du risque réel de divorce qui guette leur couple. Mais l'indigence de la politique familiale en Suisse ne les incite pas précisément à rester au travail. Bien des mères, à l'exemple de Laurence, renoncent à leur emploi parce que concilier activité professionnelle et éducation des enfants est tout simplement impossible. «J'aurais bien aimé continuer, le travail était vraiment important pour moi, pour mon équilibre, mon épanouissement. Mais si vous n'avez pas une famille très présente pour vous soutenir dans la prise en charge des enfants, c'est impossible.» Entre les horaires de l'école qui semblent avoir été conçus spécialement pour empêcher les mères de travailler (un exemple: 9 h 45 - 11 h 15 le matin, 13 h 30 - 15 h 20 l'après-midi...) et l'absence de structures d'accueil de la petite enfance, l'organisation d'une journée ressemble vite à une course contre la montre.

La politique fiscale pousse également les mères à la maison. Céline Aymon, 21 ans, et son compagnon Yvan Lachat, 25 ans, attendent un enfant pour février. Leur cas illustre parfaitement la situation de nombreux couples. Il gagne 70 000 francs brut par an (à 100%), elle 56 000 (à 100% aussi). En déduisant de leurs revenus la crèche (18 000 francs par an), les charges sociales (6000), les frais liés au deuxième véhicule nécessaire à Céline pour aller travailler (12 000), les impôts liés à son salaire (6000) et les repas qu'elle doit prendre à l'extérieur (2500), ils ont constaté que Céline ne travaillerait à plein temps une fois son enfant au monde que pour apporter... un peu moins de 1000 par mois à la famille. Est-ce bien raisonnable de se fatiguer pour si peu? Non, a décidé le couple - qui précise par ailleurs ne pas être mû par des motifs purement économiques. Céline se soupçonne d'être un peu «vieux-jeu»: «Depuis toute petite, j'ai toujours eu le rêve d'avoir une maison, une famille, et d'être présente auprès de mes enfants pour les voir grandir.»

La bébé attitude Reste que si la politique familiale est en Suisse une véritable machine à renvoyer les femmes à la maison, la pression sociale joue un rôle prépondérant dans le choix de bien des mères. Celles qui ont entre 20 et 30 ans aujourd'hui subissent de plein fouet le retour en grâce de la maternité. On ne compte plus les livres qui sacralisent l'instinct maternel. En Allemagne, Das Eva Prinzip prône clairement le partage traditionnel des tâches (femmes aux fourneaux, hommes au bureau) au nom de la douceur maternelle (lire L'Hebdo du 5 octobre 2006). En France, il y a Bébé attitude (avec un titre pareil, même le retrait du droit de vote des femmes pourrait paraître tendance). Cet essai, écrit par Muriel Flis-Trèves, est bien balancé mais naïf sur le «spectacle resplendissant» des ventres ronds. Il se garde bien de poser la délicate question de la vie professionnelle des nouvelles mères. L'ouvrage constate simplement que les féministes d'antan ont «payé au prix fort le fait de gagner l'argent de l'indépendance et de la liberté. Car elles vivent avec culpabilité l'éloignement dû à leur profession pendant qu'elles confient leurs enfants à une autre.»

Muriel Flis-Trèves cite d'ailleurs l'Eloge des mères d'Edwige Antier, la célèbre pédiatre de France Inter. Cette héritière de Françoise Dolto, très écoutée par les trentenaires, affirme qu'être «mère est le plus beau métier du monde», un métier qu'on ne saurait partager avec les pères... L'auteur de cette hagiographie de la mère déclarait dès le début des années 2000 qu'il y a «un temps pour tout» dans la longue vie des femmes. Pour elle, quand le temps de la maternité arrive, celui de la carrière passe à la trappe. Pour elle, «la mère d'un minuscule bébé de trois mois» ne peut pas concevoir que son marmot soit heureux huit heures par jour «dans des mains étrangères». Et selon Edwige Antier, «si nous continuons à déstabiliser l'instinct maternel, nous enclenchons une véritable machine à produire de la violence enfantine».

Ce type de discours irrite Sylvie Durrer, cheffe du Bureau de l'égalité vaudois: «Cette multitude de livres et d'articles tiennent plus de l'injonction que de la constatation: on dit aux femmes de s'occuper de leurs enfants plutôt que de travailler. Le bien-être des jeunes générations en dépendrait! Cette culpabilisation est le dernier soubresaut du patriarcat, un soubresaut qui, comme on le voit, peut très bien être le fait de femmes.»

Néoféminisme Cette ode à la maternité désarçonne également Elisabeth Badinter, qui se demande «comment mettre fin à l'inégalité des salaires et des fonctions, si d'emblée on assigne à la femme un instinct qui la prédispose à rester à la maison»?

Un coup d'autant plus dur pour le féminisme que la nouvelle génération abandonne une à une toutes les causes historiques du mouvement et se construit une sorte de «néoféminisme», comme le dit le sociologue Dominique Maison. Deborah estime ainsi que «les féministes sont des castratrices qui ont réussi à terroriser les mecs, à créer un véritable malaise». Pour notre jeune étudiante, «l'égalité ne veut rien dire car nous sommes différents». Elle préfère défendre une vision désarçonnante de la complémentarité: «Je cherche un homme fort qui aurait certes le pouvoir économique, mais qui laisserait à la femme le vrai pouvoir, celui de transmettre aux générations suivantes, de créer les hommes de demain.»

Ce «néoféminisme» est à des années-lumière de celui prôné par Simone de Beauvoir quand elle écrivait: «C'est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle; c'est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète.»

Que faire donc pour qu'elle repose en paix? Elisa-beth Badinter milite pour le congé paternité, «marquant symboliquement que la conciliation vie privée/vie familiale ne concerne pas seulement la mère.» Nica Constantinis, conseillère en orientation à Retravailler-Corref, estime quant à elle que les carrières des hommes, de moins en moins linéaires, ressemblent de plus en plus à celles des femmes. Que «la répartition de l'éducation des enfants devrait donc se faire de manière égale dans le couple». En clair: au lieu de retourner au foyer, les femmes devraient y pousser leur homme. |

Fausse route. Elisabeth Badinter. Le Livre de Poche. 188 p.

Eloge des mères. Edwige Antier. J'ai Lu. 178 p.

Bébé attitude. Muriel Flis-Trèves. Plon. 200 p.

Das Eva Prinzip. Eva Herman.

www.corref.ch

Travailler pour rien un cas exemplaire

Céline Aymon accouche en février. Elle a décidé de rester au foyer pour s'occuper de son enfant. Parce qu'elle a envie de l'élever elle-même, mais aussi parce que la politique familiale est quasiment inexistante en Suisse. Si elle gardait son emploi à 100%, son travail ne rapporterait au couple que... 958 francs par mois.

Démonstration En francs

Salaire annuel brut 56 000.

Charges sociales -6 000.

Crèche (5 jours/semaine) -18 000.

2e véhicule, essence -12 000.

Impôts -6 000.

Repas à l'extérieur -2 500.

Gain annuel 11 500.

Gain mensuel 958.

52,6%

des mariages conclus en 2006 finiront par un divorce, si les comportements actuels perdurent.

(Source: Office fédéral de la statistique.)

43%

des Suisses pensent que la femme devrait cesser de travailler pour s'occuper de son bébé.

(Source: sondage L'Hebdo-MIS Trend, 2006.)

11%

des femmes ont un titre universitaire. Elles sont presque à égalité avec les hommes (13%).

(Source: Office fédéral de la statistique.)

«C'est un pari dangereux que de se mettre dans la dépendance économique par rapport à son conjoint. Vraiment.»

Anne Reiser, avocate spécialisée dans le divorce

57%

des femmes qui travaillent sont employées à temps partiel (moins de 90%), contre 11% des hommes.

16,2%

tel est le taux de pauvreté des femmes, contre 10% chez les hommes. L'Office fédéral de la statistique explique cette différence par le fait que les femmes sont plus nombreuses dans les groupes à risques, notamment comme cheffes de famille monoparentale.

«Une bonne mère est une mère épanouie»

Maryam Accacha, 39 ans, Lausanne

Il y a trois ans, Maryam Accacha était juriste en France. Elle avait deux enfants, une fille de 4 ans et un garçon de 3 ans. Mais, quand elle a choisi de suivre son mari en Suisse, elle a aussi décidé d'arrêter de travailler pendant quelques années: «Il s'agissait d'un choix. Je voulais profiter de mes enfants en bas âge. C'est un temps si précieux, et qui passe si vite.» Aujourd'hui, ces «quelques années» passées, elle recherche un emploi. «Je pense qu'un arrêt aussi court ne pose pas trop de problème, dit cette brune qui allie confiance en soi et féminité. Mais je vois autour de moi plusieurs femmes qui ont arrêté longtemps. Pour elles, avec le regard des employeurs et leur propre perte d'assurance, c'est beaucoup plus difficile.»

Cette brune à l'élégance discrète est consciente que son point de vue est «conditionné» par les traditions de la société dans laquelle elle vit, mais elle l'assume: «La femme s'occupe plus volontiers de la maison et des enfants. Je ne m'oppose pas aux visions du féminisme. Ce qui compte, c'est que les femmes aient le choix. Elles doivent pouvoir arrêter de travailler si elles le souhaitent, et que le couple en a les moyens. Il ne faut pas qu'elles soient forcées dans un sens ou dans l'autre. Une bonne mère est une mère épanouie.» Le problème pour cette nouvelle Vaudoise, c'est qu'on ne fait rien ici pour retenir les femmes au bureau. «En France la politique familiale nous facilitait véritablement la tâche. On avait droit à des personnes formées pour garder nos enfants. Ici, je suis sidérée par le manque de mesures pour aider les femmes qui travaillent et qui ne veulent pas livrer leurs enfants à n'importe qui.» | PA

«Un homme qui gagne assez pour subvenir à nos besoins»

Stefania Jonsson, 20 ans, Carouge

«Dans mes rêves d'avenir, je me vois entourée de quatre enfants, enceinte du cinquième et mariée à un homme qui gagne assez bien sa vie pour subvenir à tous nos besoins. C'est au fond ce que j'ai toujours voulu.» Stefania Jonsson a 20 ans, plusieurs piercings et, malgré ce que ses ambitions peuvent laisser transparaître, un parcours non conformiste. A 16 ans, elle fuit effectivement Pulinge (GE), son père, sa belle-mère et leur vie «BCBG et trop stricte». Elle emménage dans un squat genevois, tombe enceinte et accouche une année plus tard d'un petit garçon, Logan. Le père du nouveau-né s'en est occupé pendant quelques mois puis a baissé les bras. Stefania n'a plus de contact avec lui. Comment peut-on donc avoir une personnalité aussi rebelle et des aspirations aussi traditionnelles? «Quand on a vécu un extrême, on est souvent attiré par l'autre. J'ai vécu l'aventure, aujourd'hui je cherche la stabilité», répond la jeune fille d'origine islandaise avec la voix timide et joyeuse qui la caractérise. Pour elle, de manière générale, ce n'est pas nécessairement à la femme de rester au foyer. «L'homme peut aussi le faire, mais dans mon cas, je veux désormais que ce soit moi.»

Stefania ne craint pas le divorce et le manque d'indépendance. «Dans mon utopie, le mari respecte sa femme et la traite sur un pied d'égalité. De toute façon, pour le bonheur des mes enfants, je veux bien prendre le risque de me retrouver sans revenu.» Aujourd'hui, la jeune femme est à l'Ecole de culture générale et entend devenir éducatrice pour gagner sa vie en attendant le prince charmant. Elle ne regrette pas les décisions qu'elles a prises plus jeune: «Je suis une maman comblée qui ne se plaint que d'une seule chose: ne pas passer assez de temps avec son enfant!» | PA

«On ne fait pas des bébés pour les confier aux autres»

Françoise Ehrsam-Gay, 54 ans, vallée de Joux

Françoise Ehrsam-Gay a arrêté de travailler pendant onze ans pour élever ses enfants. Aujourd'hui mère d'un garçon de17 ans et d'une fille de 13 ans, séparée de son mari, elle doit absolument retourner au travail. Elle cherche donc un emploi dans l'horlogerie ou un poste de téléphoniste-réceptionniste, le métier qui était le sien à la fin des années 80. Et, «comme en Suisse les employeurs vous font vite comprendre que vous être trop vieux», la chasse au poste semble insurmontable. Il faut dire que l'informatique est passée par là, une petite mise à jour serait donc nécessaire. Là aussi, les patrons ne sont pas prêts à prendre le risque.

Mais, non, rien de rien, elle ne regrette rien. «J'ai pris beaucoup de plaisir à élever mes enfants et j'estime qu'on ne fait pas des bébés pour les confier aux autres», lance la Vaudoise, cintrée dans une veste en jean et dont les cheveux courts sont très soignés. Pour elle, lorsque les enfants sont petits, avec les horaires de travail tels qu'ils sont, il est impossible de concilier éducation et carrière. Et avec une fille qui rentre dans l'adolescence, elle estime devoir encore faire acte de présence et, par conséquent, trouver un travail régulier qui lui permette de planifier sa semaine privée et professionnelle.

Pour Françoise Ehrsam-Gay, «les discours féministes sont bien beaux, mais pour l'instant les employeurs se méfient des jeunes candidates qui pourraient vouloir un enfant. Et le jour où elles décident de devenir mères, elle se voient forcées de peser le pour et le contre. Comme le salaire des hommes est plus élevé, c'est souvent la femme qui doit s'arrêter. De plus, si les deux parents travaillent, les impôts augmentent et les frais de garde sont énormes.» | PA




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Réaction de Chris
le 30.07.2010 à 14:31
la solution se trouve dans la fin de votre article...
 



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