L'Hebdo;
2006-03-16 Pourquoi les Verts triomphent!
Parti de gauche et même d'extrême gauche aux yeux de leurs militants, les Verts ont toujours plus de succès auprès des électeurs centristes. Au désespoir des radicaux. Auraient-ils l'étoffe de réinventer le centre?
A La soupe est pleine, quand une bruyante respiration d'asthmatique annonce son arrivée, la plupart des auditeurs guettent avec ravissement l'exclamation fétiche: «C'te tiaffe!» Et d'un coup, il est là... On croit le voir, suant, excessif, immense, picaresque, reléguant tous les autres dans l'anonymat du physiquement correct. Cette démesure distingue Daniel Brélaz et, de son propre aveu, elle a contribué à sa triomphale réélection en tant que syndic de Lausanne, dimanche 12 mars. Cette réélection ne signe pas seulement son succès personnel mais aussi celui des Verts. Dans la quasi-totalité des communes vaudoises où ils se présentaient, les écologistes ont obtenu de fortes progressions qui viennent confirmer les poussées déjà enregistrées ces derniers mois à Genève ou Neuchâtel, et qui ont produit des basculements parfois historiques de majorité.
Depuis maintenant une petite dizaine d'années, cette progression des Verts est constante et elle s'est fortement accélérée depuis 2003. Elle s'observe dans tout le pays, à commencer par les villes, bien sûr, mais aussi au niveau des cantons et du Conseil national, avec la régularité de ce qui pourrait être une vague de fond. Moins spectaculaire que celle de l'UDC, elle est passée relativement inaperçue et c'est aujourd'hui seulement qu'on commence à en mesurer les effets. Car elle pourrait déboucher sur un remodelage du centre.
Qui sont les électeurs des Verts? Traditionnellement, on les situe à gauche, voire à l'extrême gauche. C'est de là que vient un public mûri au fil des années 70 dans la lutte contre l'énergie atomique et la contestation de la croissance économique. Au fil des années 80, les écologistes connaissent une première éclosion, avant de reculer à partir de 1992. «Nous avons souffert d'une image de défenseurs des buissons et des papillons, dont le discours se bornait étroitement à la nature, explique le conseiller d'Etat neuchâtelois Fernand Cuche. C'est alors que nous nous sommes aperçus qu'on ne pouvait se préoccuper de biodiversité sans se poser la question: mais comment vivent les gens?»
Nouvel ancrage à gauche Cette capacité à intégrer les questions sociales ou économiques sera le premier élément du renouveau des Verts. Elle passe par un nouvel ancrage à gauche, surtout en Suisse alémanique où, comme le note le conseiller national zougois Josef Lang, «les Verts représentent aujourd'hui la seule alternative au PS». Cette ouverture aux questions sociales coïncide d'ailleurs avec le dépôt de l'initiative populaire «Taxer l'énergie et non le travail», en mai 1996, et elle s'incarne dans le travail toujours plus reconnu d'un Daniel Brélaz à la Municipalité de Lausanne.
Mais l'élément décisif qui va relancer les actions des écologistes, c'est en cette même année 1996 la crise de la vache folle. Une aubaine pour les écologistes, comme le seront par la suite de nombreuses catastrophes prédites ou avérées: le trou de la couche d'ozone, le réchauffement de la planète, plus récemment la hausse du prix de l'essence ou les particules fines. «Cela fait plus de vingt ans que nous parlons de ces problèmes; aujourd'hui ils sont en train de se réaliser. Cela donne une certaine crédibilité», s'exclame Brigitte Schneider-Bidaux, députée à Genève.
Avoir raison n'a toutefois jamais été une condition suffisante pour assurer des victoires électorales. Il faut plus. Jusqu'en 2003, la progression des Verts est d'ailleurs restée mesurée. Aux dernières élections fédérales (octobre 2003), une étude menée à l'Université de Zurich par Peter Selb et Romain Lachat révèle que l'électorat écologiste était remarquablement jeune, avec quatre fois plus d'électeurs âgés entre 18 et 24 ans que d'électeurs âgés de 65 ans ou plus. Cet électorat augmentait aussi très fortement en fonction du niveau d'éducation, beaucoup plus que dans les partis gouvernementaux. Enfin, les ouvriers non qualifiés avaient massivement voté pour les Verts, de même que ce qu'on appelle les «spécialistes socio-médicaux» (enseignants, personnel de soins), soit une clientèle traditionnelle du Parti socialiste, avec qui les écologistes partagent un électorat plus féminin que masculin. «De manière générale, résume le politologue Pascal Sciarini, l'électorat des Verts restait à ce moment-là très largement à gauche.»
C'est ce qui a changé. Du moins, pour être plus précis, depuis l'élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral.
Liberté de pensée Dans un champ politique polarisé à l'extrême, les Verts se sont mis à capitaliser, selon la formule du politologue bernois Claude Longchamp, «l'électorat centriste déçu par les partis bourgeois, en particulier par les radicaux, en raison d'une politique au Conseil fédéral qu'ils jugent chaotique et qui les mécontente». Tout naturellement, ces électeurs centristes se tournent en direction des Verts, beaucoup moins connotés que les socialistes. «Il subsiste des gens qui ne voteront jamais pour notre parti, reconnaît le président du PS Hans-Jürg Fehr: cela fait trop communiste, trop syndicaliste, même quinze ans après la chute du Mur.» Nous sommes donc dans une situation paradoxale où Christoph Blocher pousse dans les bras écologistes une partie de l'électorat centriste.
Ce n'est pas le seul facteur. A Zurich (Monika Stocker), Zoug (Hanspeter Uster), Neuchâtel (Fernand Cuche), Genève (Robert Cramer et David Hiler), Lausanne (Daniel Brélaz), les Verts placent une série d'élus dans les Exécutifs municipaux et cantonaux qui se distinguent par leur liberté de pensée. Les jobs à 1000 francs, qui plongent la gauche dans une fureur pavlovienne, c'est Monika Stocker; le plan d'assainissement budgétaire genevois, qui élève secrètement la droite à un état de bonheur proche de la lévitation, c'est David Hiler; la proposition de ne garder que 33% des actions Swisscom en mains de la Confédération, qui pétrifie d'embarras les dirigeants verts eux-mêmes, c'est David Hiler et Robert Cramer... Bref, voilà des dirigeants qui empoignent les problèmes sans a priori idéologiques et cherchent des solutions pragmatiques.
Cela leur vaut des soutiens insolites. Le banquier libéral Armand Lombard ne tarit pas d'éloges à l'égard de David Hiler, pour lequel il a «bien sûr voté» lors de son élection au Conseil d'Etat: «Je ne place pas les Verts à gauche, je les vois libéral-humanistes, attachés à chercher le consensus. Ils ne sont pas entrés dans cette tactique mortelle de l'affrontement qui distingue malheureusement la droite et la gauche genevoises.» Même le directeur démissionnaire de l'Union patronale suisse, Peter Hasler, devenu membre du Conseil de fondation du WWF, se fend d'une explication qui sonne comme un plaidoyer en faveur des Verts: «Entre les deux idéologies de l'UDC et des socialistes, explique-t-il, il y a le PDC et les radicaux. Mais le premier reste un parti religieux et les seconds sont encore faibles, avec des parlementaires dispersés. Restent les Verts, chez qui les citoyens trouvent un parti qui ne parle pas seulement d'impôts, d'Union européenne ou de taux d'intérêts, mais également de qualité de vie...»
Le coup est rude, il tape là où cela fait mal.
Des réponses claires «L'ancienne polarité politique s'était nouée autour du monde du travail, sur l'axe gauche-droite, capital- travail, employeur-employé», explique doctement Jean-Yves Pidoux, professeur de sociologie à l'Université de Lausanne et candidat inattendu à la Municipalité vu l'excellence de ses résultats au premier tour. «Depuis vingt-cinq ans, d'autres tensions sont nées - autour des jeunes, des rapports hommes-femmes, de l'environnement, des liens entre centre et périphérie - que les Verts traduisent beaucoup mieux que les autres partis en termes politiques.»
Peut-être. Le fait est que, presque à son insu, le parti des Verts, fermement ancré à gauche de l'avis presque unanime de ses militants, séduit progressivement un public centriste qui en attend une politique plus ouverte, inventive et pragmatique que celle des partis traditionnels. S'ils savent lui donner un contenu, ils pourraient trouver une marge d'action prépondérante dans un centre renouvelé de l'échiquier politique. Sinon, ils retourneront à leur rôle de supplétif moderne et trendy de la social-démocratie, havre confortable des bobos. Et comme Mme Cuche le répète souvent à son fils Fernand: «J'espère que ça va pas vous monter à la tête!» | AR
Dossier réalisé par Chantal Tauxe, Alain Rebetez, Titus Plattner, Michel Guillaume et Pierre Nebel
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C'est le nombre de sièges supplémentaires que les Verts ont gagnés au Parlement de Bâle-Ville lors des élections cantonales de 2004 (ils en occupent 16 au total).
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C'est le nombre de sièges supplémentaires que les Verts ont gagnés au Grand Conseil genevois lors des élections cantonales de 2005 (ils en occupent 16 en tout).
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C'est le nombre de sièges supplémentaires que les Verts ont gagnés au Conseil communal de Lausanne lors des élections du week-end dernier, (ils en occupent 22, un record pour une grande ville suisse).
«Je ne place pas les Verts à gauche.»
Armand Lombard, héritier d'une lignée de banquiers privés, libéral
LA jungle verte
Les pragmatiques
Daniel brélaz
Géant vert omnipotent de la politique vaudoise, pragmatique, capable de travailler avec la droite, le syndic de Lausanne a eu une vie avant son entrée à la Municipalité, voici dix-sept ans. En 1979, il a été le premier Vert à entrer dans un parlement national.
David Hiler
Ecologiste rationnel qui, comme son collègue Robert Cramer, croit à la réconciliation possible entre gauche et droite à Genève. Il n'a pas attendu de reprendre le Département des finances pour comprendre qu'il fallait moderniser la fonction publique.
Monika Stocker
Pragmatique, la conseillère administrative zurichoise s'est distinguée en introduisant les «jobs à 1000 francs» qui visent à réinsérer les bénéficiaires d'aide sociale. Le projet lui a valu les vertes critiques des syndicats qui l'accusent de dumping salarial.
Les JEUNES URBAINS
ANTONIO HODGERS
Chef d'entreprise, le nouveau président des Verts genevois, 30 ans, se préoc-cupe à la fois de la dette cantonale, de la crise du logement et des transports publics. Son engagement anti-G8 a déplu à la droite, mais il est également peu apprécié par les casseurs qui lui reprochent de ne pas en avoir fait assez.
Bastien Girod
Le chef de file des «Jeunes Verts» zurichois est le représentant de la génération «développement durable». Il est prêt à accepter des mécanismes de marché pour autant que cela serve la cause des pistes cyclables ou de la réduction des émissions polluantes. Pas trop à gauche sur les thèmes sociaux, il est pour les «jobs à 1000 francs» et même un impôt négatif pour les revenus modestes.
Luc Recordon
Fondateur d'Alternative socialiste verte avec Anne-Catherine Menétrey, il a bien évolué depuis. Constituant remarqué et enclin au compromis, le conseiller national (VD) est notamment membre du conseil de la BCV.
Les VERTS LIBéRAUX
Verena Diener
La conseillère d'Etat zurichoise a horrifié la gauche en lançant le concept de «médecine à deux vitesses» pour réduire les coûts . Si elle défend la nature, la cofondatrice du premier parti «vert-libéral» est surtout connue pour son attachement à la responsabilité individuelle et aux besoins de l'économie.
Martin Bäumle
Avec ses positions libérales, l'ex-président des Verts zurichois s'était tellement fait haïr par son camarade de parti Daniel Vischer que ce dernier aurait déclaré qu'il ne prendrait «plus un repas en sa compagnie». Depuis 2004, il accompagne Verena Diener au sein du nouveau parti.
Les Paysans et les altermondialistes
FERNAND CUCHE
Depuis juin 2005 au Conseil d'Etat neuchâtelois, l'ancien syndicaliste paysan s'en sort moins mal que ne le pronostiquaient les observateurs. Altermondialiste et anti-OMC convaincu, il s'est notamment lié au célèbre José Bové qu'il a réussi à faire venir à Berne.
MAYA GRAF
On se souvient surtout de sa mine défaite, lorsque, dans le film Le génie helvétique, la conseillère nationale apprend que sa jument Annette est à l'agonie. La paysanne bio de Bâle s'intéresse à la régulation du commerce de bois tropical et à la préservation de la culture tibétaine.
PATRICE MUGNY
On dénonce ses «méthodes de droite» depuis qu'il est au Conseil administratif de Genève. Lorsqu'il était rédacteur en chef du Courrier, il se faisait souvent le porte-voix des syndicats. Aujourd'hui, on retient surtout son discours sans concession sur les voitures.
Les écoféministes et ex-Communistes
La conseillère nationale (VD), ancienne du POP, avait fait parler d'elle en se liant d'amitié avec Hussein Hariri, un Libanais condamné à perpertuité en 1989 pour meurtre et détournement d'avion. Ses causes: les sans-papiers, Ingrid Betancourt, l'abus de Ritaline et la Palestine.
RUTH GENNER
Au début des années 80, la présidente des Verts suisses a hésité à entrer au PS. Sa politique est toujours encore très ancrée à gauche. Contre la concurrence fiscale exagérée, pour les sans-papiers et surtout contre l'entrée de Christoph Blocher au Conseil fédéral.
UELI LEUENBERGER
«J'étais un rouge avant de devenir vert», dit-il. Dans sa fonction de directeur de l'Université populaire albanaise de Genève, il s'est beaucoup battu pour les Kosovars de Suisse. Entré au Conseil national en 2003, il est vice-président des Verts depuis 2004.
La Droite écolo
Isabelle Chevalley
A 33 ans, elle roule au gaz naturel et au biogaz. Mais elle parle valeur ajoutée et baisse d'impôts. Depuis l'an dernier, elle préside Ecologie libérale, un mouvement regroupant des élus romands de droite, soucieux d'écologie.
Franz Weber
Il est l'un des rares représentants d'un courant que l'on pourrait appeler «national-écologiste». Pour lui, seules comptent la Suisse et la préservation de ses paysages. S'il s'oppose aux F/A-18, ce n'est pas seulement à cause du bruit, mais aussi parce qu'ils sont trop compatibles avec les avions de l'Otan...
Les VERTS QUéRULENTS
GABI PETRI
La coprésidente de l'ATE Zurich est l'écologiste la plus détestée de Suisse. On lui doit de nombreux recours, dont celui qui a paralysé la transformation du stade du Hardturm. Tant pis si on la hait, pourvu que les centres commerciaux n'obtiennent pas une place de parc de trop. | TP et PN
«Les Verts parlent aux citoyens de qualité de vie.»
Peter Hasler, président de l'Union patronale suisse
«Les Verts peuvent être le pont entre droite et gauche»
Michael HERMANN Le chercheur en géographie politique à l'Uni de Zurich dit pourquoi les Verts vont continuer à progresser.
Les Verts vont d'un succès électoral à l'autre. S'agit-il d'un mouvement de fond?
Nous assistons depuis 2003 à un phénomène passionnant. En Suisse, on n'a jamais vu un trend aussi marqué, avec une formation politique qui a progressé d'une façon aussi massive, dans l'ensemble du pays, en si peu de temps. La nouvelle UDC a eu besoin de presque quinze ans pour s'installer solidement en Suisse romande. Elle s'est développée à partir d'un point, Zurich, pour ne toucher les autres cantons qu'étape par étape, par une sorte d'effet domino. Les Verts, en revanche, progressent fortement dans l'ensemble du territoire, que ce soit à Bâle, Genève, Lausanne ou Zurich, mais aussi dans les villes plus petites.
Pourquoi?
Depuis l'arrivée de Christoph Blocher au gouvernement et le début d'une politique bourgeoise sans concessions, les Verts sont renforcés dans leur rôle d'alternative. La gauche a davantage d'attrait. Pour schématiser, dans les années 80, ils marchaient sur les plates-bandes des socialistes, qui ont repris le dessus dans les années 90. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et les Verts gagnent désormais des voix au détriment de la droite.
Comment l'expliquez-vous?
Pour les électeurs de droite déçus, il est plus facile de voter pour des Verts que pour des socialistes. Le choc psychologique n'est pas aussi grand. Car même si dans les faits ce n'est plus le cas depuis longtemps, dans certaines couches de la population, le Parti socialiste traîne toujours l'image du défenseur des ouvriers. Tandis que chez les Verts, les gens projettent ce qu'ils ont envie de voir. Les politologues ou les journalistes pensent trop souvent que l'électorat a la même image précise des partis qu'eux. Ils connaissent par exemple le côté archaïque de certains parlementaires fédéraux verts. Or, l'électeur moyen a un niveau d'information beaucoup plus faible.
L'attrait de la nouveauté?
Certainement. Les Verts bénéficient encore d'une image très fraîche. Leur succès appelle la sympathie, qui elle-même entraîne de nouveaux succès. Dans certaines villes, il est même devenu chic de voter Vert.
Jusqu'à quand?
Cet effet n'est pas prêt de se briser. Il s'agit d'une tendance lourde. A mon avis, cela peut durer jusqu'à ce que les Verts aient un conseiller fédéral. Voyez-vous, l'UDC a réussi une progression incroyable en affichant un profil politique très clair, disqualifiant ses membres qui n'étaient pas du même avis. Les partis ont longtemps cru que c'était la seule façon d'avoir du succès. Les Verts sont en train de prouver le contraire. Ils ont un programme politique extrêmement vague et parviennent à rassembler différents courants, avec des personnalités plus ou moins marquées à gauche. C'est un atout important. Le Parti socialiste, lui, est plus dogmatique et fait pression sur ceux qui ne respectent pas la ligne.
A Zurich, les Verts ont tout de même connu une scission...
Ce n'est pas grave. C'est même un avantage: avec deux râteaux, on ratisse plus large. Lorsqu'une aile veut trop se profiler, elle fait scission, mais reste au sein de la famille verte. C'est aussi le cas à Saint-Gall ou à Berne, par exemple.
Les Verts pourraient-ils gagner davantage de voix au centre?
L'UDC, en gagnant des électeurs sur le dos du Parti radical et du PDC depuis 1992, a fortement déstabilisé le système sur le côté droit de l'échiquier politique. Cela ne pouvait rester sans effet sur la partie gauche du système. On n'assiste à la recomposition à gauche que maintenant, depuis l'arrivée d'un deuxième UDC au gouvernement. Un vide au centre gauche s'est créé, et il est plus facile à conquérir pour les Verts que pour les socialistes. Il n'est du reste pas étonnant que dans les grandes villes comme Genève ou Lausanne, les Verts aient bâti leurs succès avec des personnalités plus pragmatiques.
Alors comment expliquer que les parlementaires fédéraux verts soient plus à gauche que les socialistes?
Au Conseil national, c'est toujours la même histoire: il faut un certain temps pour y accéder. Du coup, c'est la génération précédente qui est représentée par les députés actuels. En fait, ils représentent plutôt l'alternative écoféministe des années 70 et 80. La question est maintenant de savoir combien de temps cela prendra pour que les forces vives des Verts, celles qui correspondent à l'engouement actuel, moins marqué idéologiquement à gauche, y soient représentées.
Les Verts ont-ils aussi un potentiel dans les campagnes?
Dans les agglomérations et dans les communes rurales du Plateau suisse les Verts vont progresser encore. En revanche, dans les régions périphériques, je crois plutôt que c'est le PDC qui pourra reconquérir le terrain perdu face à l'UDC. Chez moi, dans l'Emmenthal par exemple, les Verts restent très mal perçus. Ils sont encore pire que les Rouges. |
Propos recueillis par TP
analyse «Le vide au centre gauche est plus facile à conquérir pour les Verts que pour les socialistes», estime Michael Hermann.
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