Et voilà, c’est arrivé, et maintenant tous jouent les apeurés, indignés, les révoltés. Marine Le Pen, fille de, bonnasse et blonde quadragénaire à la tête d’un Front national (FN) qu’elle cherche depuis longtemps à «dédiaboliser», est en tête des sondages pour la Présidentielle française de 2012.
La campagne aura donc commencé par une presque affaire. Premier épisode: le quotidien Le Parisien publie le week-end dernier une étude réalisée par l’institut Harris Interactive, qui donne Marine Le Pen à 23%, en tête des intentions de vote au premier tour pour 2012.
Deuxième épisode: contestation de la validité dudit sondage, réputé manipulatoire (Marine devant, c’est nettement plus vendeur) ou alors biaisé (Dominique Strauss-Kahn, toujours pas candidat, n’étant pas testé).
Troisième chapitre: Le Parisien refait son sondage, tenant cette fois compte de l’hypothèse d’une candidature de DSK. Caramba, belote et rebelote: dans ce cas aussi, Marine Le Pen gagnerait le premier tour.
Même pris avec de longues pincettes, ce sondage est un tremblement de terre. Parce qu’il signifie cette fois clairement que le traditionnel affrontement entre un socialiste et le représentant de la droite classique a du plomb dans l’aile.
Sa seule chance. Cela faisait certes un moment que politiques comme analystes imaginaient pour 2012 un scénario inspiré du 21 avril 2002, à l’endroit ou à l’envers.
A l’endroit: comme en 2002, le candidat FN supplanterait le meilleur score à gauche, laissant Nicolas Sarkozy en lice contre Marine Le Pen pour la finale. A l’envers, c’est un affrontement entre la ou le socialiste et Marine qui surviendrait, Nicolas Sarkozy ne terminant que troisième du premier tour.
Ces hypothèses, à quatorze mois de l’échéance, sont aussi envisageables l’une que l’autre. L’analyse des forces électorales actuelles perce cependant d’une lumière plus cruelle. Quels que soient les cris effarouchés à droite, Nicolas Sarkozy a peut-être compris que sa seule chance d’être réélu en mai 2012, c’est justement d’affronter Marine le Pen au second tour.
Comme Chirac l’avait fait avec son père dix ans plus tôt, cela permettrait une victoire par un score fleuve, nimbé en prime de la commode aura du dernier défenseur de la République.
C’est peu dire qu’au vu de la situation du président dans les sondages, l’affaire serait inespérée. Dès lors, c’est cette lecture que l’on doit faire des clins d’oeil successifs, débats identitaires, durcissement sécuritaires, numéros de bon chrétien dans les églises que multiplie le président.
Il est accusé sur ces thèmes de banaliser, justifier et donc de faire le jeu du Front national Et si c’était précisément ce qu’il cherchait? Faire en sorte qu’en 2012, il affronte non pas le candidat PS (les sondages lui sont dans ce cas tragiquement défavorables), mais Marine Le Pen.
Stratégiquement, cela signifie cynisme absolu et culot certain, Nicolas Sarkozy n’entendant pas ceux qui, dans son camp, lui répètent que la solution serait de laisser sa place à un autre.
Electoralement, cela s’appelle miser à quitte ou double. Politiquement, cela veut dire jouer avec le feu. Ce feu qui fait que Dieu est né rôtisseur, disait Victor Hugo.
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