ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

ABANDONNÉS Dans un pays dévasté par les inondations, routes et digues cèdent sous les flots et de nombreuses personnes n’ont toujours pas été secourues.
Aaron Favila / Keystone

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Aide au Pakistan
Pourquoi si tard?

Par HASNAIN KAZIM - Mis en ligne le 25.08.2010 à 18:23

Un temps précieux a été perdu. Mais l’aide aux victimes se met en route. Le monde porte enfin la main au portefeuille, tandis que le gouvernement d’Islamabad flanche.

Imran Khan saute de sa rutilante Mercedes Classe S et sourit. Héros national et superstar, l’ex-play-boy est venu pour aider. Il tire de sa poche trois feuilles de papier où il a noté des mots clés et chausse des lunettes de soleil Versace pour parcourir les 100 mètres qui le séparent du Club de la presse d’Islamabad. Jaillis de véhicules 4x4, ses collaborateurs le suivent comme son ombre.
«DOLLARS, DOLLARS, DOLLARS! POURQUOI EST-CE TOUJOURS DE L’ÉTRANGER QUE NOUS ATTENDONS DU SECOURS?» Imran Khan, politicien
Ancien membre de l’équipe nationale de cricket devenu politicien, Imran Khan, 57 ans, a de grands projets. Ce millionnaire, qui compte Mick Jagger et Jerry Hall parmi ses amis et fut l’époux de Jemima Goldsmith, héritière milliardaire, entend annoncer la création du Fonds Imran Khan d’aide aux victimes des inondations.

Il l’affirme: «C’est l’une des plus grandes catastrophes naturelles qu’une nation ait eu à affronter dans l’histoire récente.» Mais, selon lui, le gouvernement ne fait rien, n’apporte pas d’aide. Seule l’armée fait du bon travail. «Dollars, dollars, dollars! Pourquoi est-ce toujours de l’étranger que nous attendons du secours? Parce que nous avons le gouvernement le plus corrompu et le plus incompétent de tous les temps.»

Dans la boue. Imran Khan a longuement visité les zones sinistrées ces derniers jours, notamment Mianwali, son QG politique, dans le nord-ouest du Pendjab. Pataugeant dans la boue, il s’est entretenu avec les gens qui survivent dans les ruines de leurs maisons et leur a promis son soutien. Puis il a noté sur son carnet son programme d’aide en trois étapes: d’abord, récolter des fonds, puis envoyer des convois dans la région sinistrée et, plus tard, mobiliser de l’argent pour reconstruire les infrastructures.

Et combien mettra-t-il personnellement de sa poche? «Ce qui importe, c’est ce que je réalise.» Un mois après le début des inondations, l’étendue des dégâts reste difficile à cerner. Le gouvernement et les organisations d’entraide corrigent quotidiennement à la hausse le nombre des victimes: 20 millions de personnes – un habitant du Pakistan sur neuf – ont été touchées par la catastrophe et au moins un cinquième du territoire est toujours sous les eaux.

L’ONU estime que 4 millions de personnes ont perdu leur toit tandis que 8 millions nécessitent des secours. Les flots ont englouti environ 1600 habitants, mais l’OMS prévoit bien davantage de victimes dues au typhus et au choléra si l’aide n’arrive pas rapidement.

Tsunami au ralenti. «C’est comme un tsunami au ralenti», s’écriait le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon dans un dramatique appel à l’aide internationale. Mais c’est aussi au ralenti que l’Occident a réagi avant d’emboîter le pas, la semaine dernière, à l’Arabie saoudite qui annonçait une aide financière de 100 millions de dollars. Les Etats-Unis ont accru leur engagement de 90 à

150 millions, l’Allemagne de 15 à 25 millions. En Suisse, le 18 août, la Chaîne du bonheur a enregistré des promesses de dons pour plus de 13 millions de francs. La crainte que l’argent ne finisse pas dans les bonnes poches s’estompe face à l’ampleur de la tragédie.

Peu à peu, les hélicoptères de l’armée pakistanaise atteignent les régions les plus reculées, des camions livrent des tonnes de farine, de riz et de lentilles dans les villages dévastés. Les soldats patrouillent en bateaux pneumatiques et lancent de fragiles téléphériques par-dessus les rivières en crue pour acheminer des vivres.

L’armée sort politiquement victorieuse du désastre. La rumeur court qu’il pourrait y avoir un putsch contre le président Asif Ali Zardari. Des journalistes pakistanais assurent même avoir été mis sous pression par l’armée et les services secrets pour diffuser de fausses nouvelles sur le gouvernement.
 
Difficile de discerner le vrai du faux. Reste que la pluie continue à tomber, de nouvelles inondations guettent, des digues cèdent sous les assauts des flots en furie. Là où les soldats n’ont pas encore réussi à se rendre, les vivres commencent à manquer. C’est dans ces régions que les organisations de secours islamiques gagnent du terrain, pas forcément des talibans comme on le dit toujours en Occident, mais de pieux secouristes parmi lesquels se cachent parfois aussi des extrémistes.

A Qandil, par exemple, dans la vallée du Swat, trois religieux d’une école coranique de Karachi ont distribué des enveloppes contenant jusqu’à 6000 roupies (73 francs) par famille, afin que les sinistrés puissent acquérir des denrées alimentaires; d’autres apportent de l’eau et des sets d’hygiène contenant du savon, des brosses à dents et du dentifrice.
 
Talibans. A Islamabad, le gouvernement a annoncé qu’une commission indépendante surveillerait la distribution de vivres et le ministre de l’Intérieur Rehman Malik promet d’arrêter les membres d’organisations interdites dans les régions sinistrées. Imran Khan a souvent lu dans la presse anglo-saxonne que la catastrophe renforcerait le pouvoir des talibans. «Sottises, réplique-til. Le Pakistan est une grande nation de 170 millions d’habitants. Le reste du monde croitil sérieusement que nous n’avons que les talibans en tête?»
 
Il explique que son fonds d’aide sera indépendant de son parti Tehreek-e-Insaf (Mouvement pour la Justice): «Si nous laissons de côté toutes les dissensions politiques, il ne devrait quand même pas être difficile de reconstruire des maisons, des routes et des ponts!» Les premiers convois de vivres devraient démarrer le 28 août.
 
Puis, dans une deuxième phase, ceux chargés de matériel de construction. «C’est de l’aide sur laquelle on peut compter et elle est politiquement neutre», proclame Imran Khan pour conclure avant de se lever. Pas de séance photo: il est question de catastrophe naturelle, pas de lui.

Deux jours après l’ex-star du cricket, l’OTAN annonce à son tour son aide en faveur des victimes des inondations: elle promet d’amener des génératrices, des pompes et des tentes dans les régions sinistrées. Vingt-quatre jours après le début du désastre.

©DER SPIEGEL TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY




Tags: Inondations, Pakistan, aide internationale, Imran Khan,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Concordia: une chaîne privée diffuse une nouvelle vidéo
Image de la vidéo amateur montrant le commandant de bord et ses adjoints sur la passerelle du Concordia (vidéo de TG5/archives) Keystone
Une vidéo amateur a été tournée le soir du 13 janvier sur la passerelle du Costa Concordia, montrant le commandant...


ACTUALITÉ
 «L’Europe en gardant le franc, ce serait possible»
MAÎTRE DU FRANC Le patron de la Banque nationale suisse (BNS) Philipp Hildebrand se bat ces jours pour éviter un franc trop fort. Ici dans son bureau de Zurich. Dominic Büttner / Pixsil
A 47 ans, l’homme qui avec ses deux collègues de la direction générale de la Banque nationale suisse (BNS) doit...
ACTUALITÉ
 Robert Badinter: La «Suisse déshonorée»
COMBATIF: En 1981, Robert Badinter, alors garde des Sceaux, faisait abolir par le Parlement français la peine de mort. Denis, REA
«Cette initiative déshonore les Suisses.» La sentence claque dans la bouche de Robert Badinter. Comme celle d’un juge dans un...
ACTUALITÉ
 L'Hebdo sur iPad: Un monde nouveau pour l'info
L’APPLICATION: Au menu, L’Hebdo de la semaine et de l’info texte et vidéo en continu.
On en rêvait de ce «support idéal». Celui qui nous permettrait de lire L’Hebdo sur un écran avec un confort...
ACTUALITÉ
 Propriété: On construit dans toute la Suisse romande, de La Côte au Jura
COLOGNY (GE): Une villa de rêve, avec vue panoramique sur le Léman. DR
Le marché immobilier de la propriété ne connaît pas la crise en Suisse. Contrairement à l’immobilier américain et de certains...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton de Vaud: Une situation tendue malgré les nombreux projets en construction
NYON: Malgré le boom de la construction, La Côte connaît une pénurie persistante. Les prix y sont parmi les plus élevés de Suisse. Thierry Porchet
Sous l’impulsion de son développement économique, l’arc lémanique est pris d’assaut depuis plusieurs années. En 2010, la population devrait franchir...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton de Genève: Grands projets à venir
LOGEMENTS: Chantier en cours à l’angle de l’avenue Ernest-Pictet et du chemin du Bois-Gentil. Thierry Porchet
Les prix n’arrêtent jamais de grimper à Genève et les biens se vendent très vite. Les zones les plus prisées,...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton de Fribourg: Pas de flambée des prix sur un marché stable
VILLARS-SUR-GLÂNE: Dans la périphérie de Fribourg, on a beaucoup construit de logements. Thierry Porchet
Globalement, le canton possède un meilleur équilibre que son voisin vaudois en termes de marché immobilier. La demande de nouveaux...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton du Valais: Annexe lémanique
SION: Cinq immeubles neufs se dressent entre la rue de la Dixence et l’avenue de Tourbillon. Thierry Porchet
La demande de logements demeure toujours très vigoureuse, grâce à un flux migratoire positif. «Les taux de vacance demeurent bas,...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton du Jura: Sur la route de Bâle
QUARTIER MODERNISÉ: De nouvelles constructions ont vu le jour dans le quartier du Mexique à Delémont. Thierry Porchet
La région reste une sorte de paradis pour ceux qui veulent une maison individuelle. «Le Jura bénéficie d’un taux de...
ACTUALITÉ
 Situation immobilière dans le canton de Neuchâtel: Des prix attractifs plombés par une fiscalité trop lourde
NEUCHÂTEL Des villas en terrasses à la rue de l’Observatoire. Thierry Porchet
La région neuchâteloise, même sur le Littoral, se démarque par des prix attractifs, nettement moins élevés que ceux de l’arc...
12