DON DRAPER Ambitieux, cynique, volage et phallocrate, le héros de Mad Men donne un nouveau visage aux sixties, clope au bec, verre de whisky à la main. AMC
Les nouveaux héros de la TV
Pourquoi sont-ils si méchants?
Infirmière cruelle, prof dealer ou tueur en série, les héros ambigus sont à l’honneur dans les séries de l’automne. D’où vient ce goût pour les méchants? Et pourquoi séduisent-ils autant le public? Tour d’horizon des nouveaux justiciers du petit écran.
Un camping-car fonce dans le désert. Au volant, un homme en slip, le visage couvert par un masque à gaz. Sur le siège passager, un jeune homme évanoui, masque à gaz également. A l’arrière, deux cadavres. Des jeunes Mexicains. Aucune voiture de police ne pourchasse l’engin. Le héros, c’est l’homme au volant. Dealer, meurtrier et père de famille.
«SOUVENT, LE BON N’A QU’UN DISCOURS. ALORS QUE, DU CÔTÉ DU MAL, IL Y A AUTANT DE DISCOURS QUE DE PERSONNAGES.» Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image, Unil
La scène d’ouverture de Breaking Bad illustre parfaitement la tendance actuelle des séries TV. Les héros ne sont plus les modèles d’antan, flics sans peur et sans reproche, avocats droits comme la justice ou médecins attentionnés au sourire Pepsodent. Cet automne, préparez-vous à découvrir Breaking Bad sur Arte et Nurse Jackie et Mad Men sur la TSR. Soit Walter White, prof de chimie recyclé en producteur de méthamphétamine, Jackie Peyton, infirmière toxicomane à la main vengeresse, et Don Draper, publicitaire cynique et ambitieux, clope au bec, verre de whisky à la main.
De JR à Dexter. Remarquable, le phénomène n’est pas complètement nouveau. Ces dernières années, le petit écran a révélé des héros atypiques, flirtant avec les règles de l’éthique, de l’avocate jusqu’auboutiste Patty Hewes (Damages) au tueur en série justicier Dexter Morgan (Dexter), en passant par le cassant Gregory House (Dr. House).
Une nouvelle typologie de personnages qui date de la fin des années 90 et l’apparition de la série Les Soprano. «Tony Soprano est le prototype du héros ambigu, observe Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image à l’Université de Lausanne. C’est un chef mafieux qui présente plusieurs atours de personnage positif, entre sa vie de famille et sa psychanalyse.»
Responsable de la programmation fictions pour la TSR, Alix Nicole fait même remonter cette fascination au début des années 80, avec des feuilletons comme Dallas ou Dynastie. «JR Ewing et Alexis Carrington étaient avides et pleins de faiblesses. Mais c’étaient eux que le public préférait, car ils étaient les plus humains.» Reste que ces deux exemples auront été des exceptions dans un univers où le personnage le plus «voyou» aura longtemps été le blouson noir rigolo Fonzie de Happy Days.
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