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Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 26.10.2011 à 15:47 |
C’est imparable: on ne peut rien reprocher à un homme qui raconte la mort de sa mère. On ne se moque pas d’un homme de 64 ans qui redevient petit garçon, le temps d’une élégie maternelle tremblante de larmes et de chagrin. Après la houle médiatique traversée en 2011 le mettant face aux accusations de plagiat pour sa biographie de Hemingway en début d’année, puis de plagiat et de violation de la vie privée face à son ancienne compagne Agathe Borne, à propos de son précédent Fragments d’une femme perdue, on ne peut rêver point final plus idéal pour se refaire une virginité littéraire et éditoriale. Impossible de copier qui que ce soit pour raconter ses souvenirs de gosse, difficile de travailler avec un documentaliste autre que ses propres madeleines de Proust pour parcourir ces années passées au côté de Madeleine-France Poivre d’Arvor, née Jeuge à Nantes, de parents auvergnats, décédée le 16 juillet 2011 et à qui son fils aîné doit tant. N’écoutez pas les esprits chagrins qui remarqueront avec cynisme que le bougre a réussi à recopier quelques passages du journal intime de sa mère, qui n’est plus là pour s’en plaindre: l’exercice, qui s’inscrit dans le genre très couru de l’hommage élégiaque au père décédé ou à la mère décédée, est réussi. Le long d’un tuteur inflexible. Naviguant entre les derniers mois de maladie de sa mère, l’annonce de son décès, puis son enterrement, PPDA s’intéresse à l’enfant que, grâce ou à cause d’elle, il était; celui à qui l’«expression des sentiments» était interdite, mais qui lui sera reconnaissant de l’avoir élevé, avec sa sœur et son frère cadet, «le long d’un tuteur inflexible». Alors que les enfants, les petits-enfants accourent de Paris, de la Bretagne, de Toulouse, de Washington, qu’on célèbre la messe à l’église Saint-Jacques de Reims, que son père crie en jetant sa rose sur le cercueil «j’espère te rejoindre très vite», le narrateur se souvient qu’«une enfance aimée n’est pas forcément une enfance heureuse» – surtout lorsqu’on est un enfant solitaire et mélancolique qui s’accroche aux pages des livres comme à des bouées de sauvetage. Emerge un PPDA qui a fait sienne la devise de sa mère secrète et sévère, «tenir et se tenir», répétant comme un mantra que «dans la famille, on n’a pas de chagrin, en tous les cas, on ne le dit pas». Il l’aimait, il l’aime, il peut enfin le dire, et nous en faire les témoins conciliants. «L’expression des sentiments». De Patrick Poivre d’Arvor. Stock, 136 p. En librairie le 3 novembre. |









