L'Hebdo;
2006-12-07 Futurologie Prédire l'avenir est devenu une obsession
SOCIÉTÉ DU RISQUE Apprivoiser le futur est passé en des mains plus sérieuses que celles des voyants ou des astrologues.
PORTRAITS Ceux qui font métier de lire l'avenir. Du climatologue au politologue, en passant par l'écrivain de science-fiction.
INTERVIEW Pour Jacques Attali, «l'histoire s'écoule de manière entêtée dans une direction unique».
ANALYSE Orwell, Fukuyama, Huntington... Les auteurs prédictifs ont eu des intuitions géniales. Parfois...
Un dossier réalisé par Isabelle Falconnier, Michel Audétat et Sabine Pirolt
prédictions La boule de cristal est peu à peu remplacée par des modèles scientifiques.
Depuis que l'homme existe, il prévoit. Aujourd'hui, il prévoit surtout le pire. Vous avez eu peur de la grippe aviaire? Vous faites partie des gens qui ont arrêté de manger du poulet, faisant baisser sa consommation de quasi 20% il y a quelques mois? Vous êtes bardé d'assurances complémentaires en tous genres? Pas de doute, vous vivez avec votre temps et nous avec, dans le monde merveilleux de la société du risque. Celle qui sort couverte, vise le risque zéro et la protection maximale, fait du risque le principe de ses valeurs et du mot sécurité son maître mot - appartements sécurisés, sécurité de l'emploi, sécurité alimentaire, normes sécuritaires. Si notre société était un objet, ce serait un parapluie, celui que l'on tient en permanence ouvert au-dessus de nous, dans l'espoir et la croyance de se prémunir contre tout.
Décrite dès 1986 par le sociologue allemand Ulrich Beck dans son livre pionnier La société du risque, publié en français au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 seulement, notre société n'est pas plus dangereuse qu'avant: elle a pourtant fait du risque plus qu'une menace, la mesure directe de notre action. Risque de grippe aviaire? Halte au poulet. Peur du SRAS? Oubliée l'Asie. Angoisse de la vache folle? Bye le steak de boeuf. Notre «société du risque» fait de l'avenir la question du présent, et du principe de précaution le grand credo universel.
C'est que le risque appartient au futur, et pour évaluer le risque, il s'agit de se doter d'une boule de cristal efficace. Mais fini de rire. Adieu pythies et Mme Irma. Dehors, l'astrologie et autres salmigondis issus de la prédiction populaire traditionnelle - tout juste bons à rassurer M. et Mme Tout-le-monde et les ménagères de moins de 50 ans. L'avenir est un sujet désormais sérieux, aux enjeux économiques et politiques trop importants pour être laissés à quelques illuminés en lien direct avec les failles temporelles. L'humanité, qui a toujours vécu «à moitié dans l'avenir», explique Bernard Cazes, membre fondateur de l'association Futuribles International, y vit désormais «davantage qu'aux trois quarts. De nos perceptions des avenirs possibles découlent non seulement les décisions cruciales de quelques dirigeants mais aussi les représentations qui orientent l'opinion.»
nouvelles limites Ce qui change tout. La société du risque ne croit plus aux forces arbitraires, au dieu qui tire les ficelles, mais à la possibilité de définir l'avenir à l'aide des paramètres nouveaux que les sciences modernes ont amenés. L'avenir est mesurable, explicable, rationalisable. C'est le nouveau mythe. La science est devenue l'instrument incontournable de mesure et de gestion des risques contemporains, et se trouve confrontée à des exigences nouvelles. Et à des limites nouvelles: en entretenant l'illusion contemporaine que les risques peuvent être entièrement éliminés, ou du moins maîtrisés, l'expertise scientifique est source de bien des malentendus.
Une illusion née aux Etats-Unis dans les années 30, et plus clairement encore dès 1945 où quelque chose de fondamental change dans le royaume de la prospective. «Le désir de contempler cette face cachée du temps qu'est l'avenir a peu à peu gagné les autorités de tous ordres - administrations militaires et civiles, entreprises, organisations internationales - à partir du moment où elles ont admis qu'un regard tourné vers l'avenir, un regard prospectif, pouvait leur être utile», écrit Bernard Cazes. Un climat intellectuel qui résulte d'un long cheminement amorcé au XIXe avec des penseurs comme Auguste Comte.
Dès les années 60, la littérature prospectiviste devient populaire. Des auteurs comme Alvin Toffler, Gaston Berger, Bertrand de Jouvenel, puis dans les années 1980 Joël de Rosnay, Hugues de Jouvenel, Alain Minc ou Jacques Attali, entre beaucoup d'autres, vulgarisent la prospective (lire en p. 28). Les think tanks, synonyme futuriste de «groupes de réflexion», se multiplient aujourd'hui, ainsi que les bureaux de prospective dans tous les domaines possibles, de l'écologie au travail, de l'environnement aux valeurs, de la technologie à la géopolitique.
Des revues haut de gamme comme Futuribles en France, Futures en Angleterre ou américaine comme The Futurist, publient régulièrement des analyses dans tous les domaines. Le regard vers l'avenir est devenu plus scientifique et s'est tourné vers l'action. Il s'institutionnalise et, surtout, se professionnalise.
Profession futur Le futur devient ainsi un champ illimité d'activités professionnelles. Futurologues, prospectivistes, démographes, chasseurs de tendances, politologues, statisticiens, ethnologues, sociologues, analystes financiers, responsables de sécurité, assureurs, réassureurs et experts en tout genre (lire en p. 24) se partagent un gâteau en expansion continuelle. Grâce aux peurs et aux certitudes de notre société du risque, le futur n'a jamais été un marché aussi florissant.
«Ces activités prédictives sont intellectuellement très amusantes, mais elles se trompent si souvent», pointe Marie-Hélène Miauton, directrice de MIS Trend à Lausane. «Il y a tellement de paramètres à prendre en compte, d'éléments imprévisibles. Même la démographie, a priori la plus fiable des branches prospectives, a été surprise par des migrations inattendues, des fléaux inattendus comme le sida en Afrique, ou l'arrivée de la pilule .» Lorsqu'on cherche à prévoir le futur, on est selon elle «proche de l'obscurantisme. Mais c'est vrai que notre société accepte moins le risque. Et pousse l'analyste ou le sociologue à se projeter artificiellement dans l'avenir.»
Qui dit marché dit concurrence, menant à des guerres d'exportation et des manipulations de tous ordres. «C'est un des problèmes aujourd'hui, souligne Thierry Gaudin, auteur de 2100, récit du prochain siècle et du tout récent Prospective des religions (Ed. Ovadia), beaucoup de prévisions, principalement des Etats-Unis, sont orientées. Des textes fabriqués sur commande de groupes de pression pour persuader le monde qu'il va évoluer dans un sens qui correspond à leurs intérêts. Il faut se méfier.»
Et si nous avons toujours plus de moyens pour nous doter de scénarios d'avenir, nous sommes toujours aussi démunis lorsqu'il s'agit de dire lequel sera le bon. «Les manipulations ont toujours existé, continue Thierry Gaudin. Mais lorsqu'on voit la qualité des outils dont nous disposons, qui devraient légitimement nous permettre des analyses plus fiables, je constate que l'on tire du sens dans une direction préjugée. Comme les outils sont excellents, on ne met plus en doute ce qui sort de la bouche des savants. Ça, c'est dangereux.»
Les assureurs à l'affût D'autant que les projections ne sont réellement prises en compte que lorsque le monde financier est à son tour concerné. Depuis des années, le réchauffement de la planète est connu. «Il y a seize ans, nous annoncions entre 3 et 6 degrés de réchauffement dans notre rapport 2100, récit du prochain siècle, raconte Thierry Gaudin. Personne n'en a tenu compte. Il faut un rapport comme le rapport Stern, paru il y a un mois et annonçant que le réchauffement climatique va coûter 1% du PIB mondial, pour provoquer un séisme dans la presse financière et enfin faire prendre conscience de la chose. D'ailleurs les premiers à venir vers moi dans les années 90 étaient les assureurs, d'Axa et Swiss Re, me demandant si ces changements climatiques étaient à prendre au sérieux.»
L'effort louable d'échapper à l'arbitraire de notre société du risque se retourne insidieusement contre elle. Si les lois du marché s'appliquent aussi à la prospective, cette dernière perdra la crédibilité acquise depuis sa récente création. De fait, le souci de l'avenir, «honneur et tourment de notre espèce», selon l'expression de l'historien Auguste Bouché-Leclercq, nous éclaire plus sur le présent que sur le futur: dis-moi quel genre de prédictions tu fais, je te dirai quel genre de civilisation tu es.
La bonne nouvelle? Quel que soit le scénario, il prouve que l'avenir n'a rien d'inéluctable mais résulte d'une action volontaire en fonction d'un environnement. Ou tout au moins, que nous le croyons.
La mauvaise nouvelle? Notre société, ne vivant qu'à travers les risques qu'elle encourt et donc le futur potentiel, a absorbé, prédigéré ce dernier. A force d'anticiper, de cultiver le nouveau, l'inédit, le pas encore fabriqué, le possible, de «vivre sur des emprunts, des spéculations constantes et des ressources qui n'existent pas encore», comme l'écrit Georges Minois dans sa fameuse Histoire de l'avenir parue il y a tout juste dix ans, le futur sera passé avant d'être advenu. Avant surtout d'avoir été imaginé. | IF
L'avenir est un sujet désormais sérieux, aux enjeux économiques et politiques trop importants pour être laissés à quelques illuminés.
«Comme les outils de prédiction sont excellents, on ne met plus en doute ce qui sort de la bouche des savants. Ça, c'est dangereux.» Thierry Gaudin, écrivain
Transports
L'Airbus A-380-841 en démonstration à Berlin ce printemps. La capacité de cet avion, le plus gros au monde, sera de 555 passagers. Risqué?
Démographie
En 2050, la Suisse comptera 28% d'habitants de plus de 65 ans. Un «risque» que les projections statistiques peuvent anticiper.
épidémies
Des soldats allemands récoltant des oiseaux victimes de la grippe aviaire sur l'île Rügen en février. Un risque exagéré?
Climat
Une voiture dans les inondations d'août 2003 à Bodio au Tessin. Les risques liés au climat sont parmi les plus souvent évoqués, à juste titre.
«Le vrai moteur de l'histoire, c'est la conquête de la liberté individuelle»
A quoi vont ressembler les cinquante prochaines années? Economiste et écrivain, Jacques Attali publie «Une brève histoire de l'avenir» dont certaines prédictions font froid dans le dos.
Bienvenue dans un prochain demi-siècle tempétueux, si l'on en croit les prévisions de Jacques Attali qui publie Une brève histoire de l'avenir. Avant d'imaginer ce qui sera, son livre remonte jusqu'aux origines de l'hominisation pour dégager des invariants historiques ouvrant les portes du futur. Ils permettent à Jacques Attali de décrire l'extension de l'échange marchand à toutes les dimensions de la vie. L'Etat abandonnant au marché tout ce qui relève de la santé, de l'éducation, de la sécurité et même de la souveraineté. Le nomadisme de retour à la pointe de la modernité. Le crépuscule de l'empire américain. L'entrée dans un monde polycentrique. Les guerres qui vont se privatiser. Et un avenir pour le moins chaotique avant qu'advienne le règne de cette «hyperdémocratie» que l'auteur appelle de ses voeux. Jacques Attali conduit la visite de l'avenir au pas de charge, avec une belle efficacité narrative. On est saisi de vertige: moins que jamais, les lendemains ne semblent disposés à chanter.
Vous faites le pari de raconter l'histoire des cinquante prochaines années. Cela veut dire qu'il existe des lois qui déterminent l'histoire?
Si l'on se place au niveau de l'individu, rien n'est facilement prévisible. Mais, sur la longue durée, on constate que l'histoire s'écoule de manière entêtée dans une direction unique. Il existe en effet un vrai moteur de l'histoire qui est la conquête de la liberté individuelle. Autrement dit, il s'agit d'échapper à la rareté puisque celle-ci définit les limites mises à la liberté individuelle.
Quand vous décrivez une extension de l'économie marchande à tous les domaines de la vie, cela implique que toute alternative au marché serait derrière nous?
Non, c'est au contraire devant nous. Plus précisément, la question n'est pas celle d'une alternative entre le marché et autre chose: ce que j'essaie de montrer dans mon livre, ce n'est pas ce qui pourrait venir à la place du capitalisme, mais ce qui viendra après lui. J'appelle cela l'hyperdémocratie ou l'économie relationnelle. C'est une économie de l'altruisme qui n'obéira pas aux lois de la rareté, où les entreprises cesseront de considérer le profit comme une finalité, et qui permettra de produire et d'échanger des services réellement gratuits de distraction, de santé, d'éducation, de relations, etc. On voit déjà fonctionner des entreprises relationnelles qui annoncent l'avenir. Ce sont les ONG, Médecins sans frontières, Greenpeace, ou encore la Croix-Rouge qui en constitue sans doute le premier exemple.
Pourtant, telle que vous la décrivez, cette économie relationnelle du futur n'implique pas une abolition de l'économie de marché.
On peut comparer cela avec la naissance du système capitaliste qui est apparu dans les interstices du système féodal. De même, le système de l'économie relationnelle est né, avec les ONG, dans les interstices du système capitaliste. Et, comme le capitalisme n'a pas entièrement détruit le système féodal puisqu'il existe encore, aujourd'hui, du servage, de l'esclavage ou de la rente foncière, on peut penser que l'économie relationnelle ne détruira pas non plus le capitalisme. Loin de là: il demeurera là pour une bonne part de l'activité humaine.
L'avenir de l'humanité serait également nomade, dites-vous. C'est une histoire qui se boucle?
En effet. La sédentarité est contraire au principe de liberté. Et le mouvement représente la première des libertés. Il existe donc une grande demande de mouvement qui se traduira par un retour au nomadisme, même si la sédentarité ne disparaît pas pour autant. Dans mon livre, je fais la distinction entre trois catégories de personnes. Il y aura les grands nomades de luxe que j'appelle hypernomades: stratèges financiers ou d'entreprise, patrons des compagnies d'assurance ou de loisirs, juristes ou artistes, qui constitueront une nouvelle classe créative. Il y aura les infranomades qui seront les plus pauvres: contraints de se déplacer sans cesse pour fuir la misère et trouver un emploi, ils représenteront la grande majorité de la population. Et, au milieu, il y aura les nomades virtuels qui seront très contents d'être sédentaires, enfermés, bunkerisés, et qui vivront le nomadisme par procuration à travers des spectacles leur donnant l'illusion d'être dans le nomadisme de luxe.
Dans ce monde devenu très mobile, vous prédisez une déconstruction des Etats qui débutera vers 2050 voire avant. Est-ce que les sentiments d'appartenance nationale, qui se manifestent avec vigueur aujourd'hui, ne vont pas contrarier ce scénario?
Vous avez raison, cela n'ira pas sans crispations, réactions identitaires, fermetures de frontières, etc. Le mouvement dont je parle n'aura pas lieu sans secousses. Mais, après tout, au début du XXe siècle, tout était en place déjà pour ce mouvement vers davantage de liberté, davantage de démocratie. Or on a quand même essuyé le choc de deux guerres mondiales et de deux totalitarismes avant de revenir à ce qui était déjà inscrit dans les gênes du XIXe siècle, le marché et la démocratie.
Vous estimez que la décomposition des Etats devrait aller de pair avec le retour des cités-Etats. C'est un nouveau Moyen Age qui s'annonce?
L'avenir comportera effectivement certaines dimensions d'un Moyen Age planétaire. Notamment avec le rôle que joueront certaines grandes corporations, dont beaucoup sont aujourd'hui basées en Suisse comme la FIFA ou le CIO. Ces grandes organisations gèrent déjà des structures mondiales de façon corporatiste. Ce qui se passe dans le sport est très révélateur: cela permet de voir aujourd'hui à quoi ressemblera la gouvernance de demain.
D'un autre côté, l'avenir de l'Occident pourrait aussi ressembler à l'Afrique d'aujourd'hui...
C'est le risque. Si l'on n'est pas capable de mettre en place les institutions planétaires nécessaires, on n'ira nulle part. A commencer par les nations européennes. Le désordre se traduira par la destruction des Etats, le développement des économies criminelles, des guerres chaudes ou froides, privées ou étatiques, et des populations civiles prises entre tous ces feux.
Comment déjouer ce risque? Vous écrivez que quelques désastres pourraient se révéler utiles pour nous ouvrir les yeux.
Je voudrais que la prise de conscience suffise et j'écris dans ce but. C'est pourquoi je parle d'un altruisme intéressé où les gens se rendront compte que tout le monde a intérêt au mieux-être des autres. Pour y arriver, il n'est pas fondamental d'en passer par des catastrophes; on peut espérer les éviter.
Vous n'en êtes pas à votre premier livre prédictif. Est-ce qu'il s'agit d'un domaine où l'on apprend, où l'on progresse?
Oui, on apprend d'abord que l'important n'est pas l'extrapolation des tendances quantitatives, qu'il faut plutôt saisir les grands mouvements culturels. On apprend qu'il y a des lois comme par exemple celles que j'ai dessinées dans Une brève histoire de l'avenir à propos des lieux où se rassemble la classe créative d'une époque. On apprend qu'il n'y a pas de véritable rareté parce que l'humanité trouve toujours des façons de contourner ses manques par de nouvelles technologies. Enfin, on apprend que les bifurcations décisives arrivent souvent plus tôt qu'on le pensait.
Pour imaginer l'avenir, vous avez recours à des penseurs du passé?
Dans le domaine de l'histoire, Fernand Braudel a beaucoup conditionné mon travail: il est pour moi un maître. Mais, pour comprendre l'avenir, je crois que les romanciers m'ont été infiniment plus précieux que les théoriciens. |
propos recueillis par ma
Une brève histoire de l'avenir. De Jacques Attali. Fayard, 423 p.
JACQUES ATTALI Son anticipation repose sur l'idée selon laquelle «l'histoire s'écoule de manière entêtée dans une direction unique».
Bio
1943 Naissance à Alger.
1970 Termine l'ENA et entre au Conseil d'Etat.
1981 Conseiller spécial de François Mitterrand à l'Elysée jusqu'en 1990.
1991 Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
1998 Fonde PlaNet Finance, qui soutient le développement de la microfinance.
2005 Publie Karl Marx ou l'esprit du monde (Fayard).
«Certaines grandes organisations comme la FIFA ou le CIO permettent de voir aujourd'hui à quoi ressemblera la gouvernance de demain.»
«Si on laisse tout au hasard, on risque de tomber de haut»
Tous les cinq ans au minimum, l'auteur des récents Scénarios de l'évolution de la population de la Suisse 2005-2050 fait pour l'OFS des projections à 50 ou 60 ans des principales composantes démographiques de la Suisse. Premiers clients: les autres offices fédéraux comme l'Ofas, l'office de l'énergie, l'office du logement ou pour les cantons. «Par rapport à d'autres disciplines, la démographie est très fiable. L'inertie est très forte, puisque nous nous basons sur la structure par âge de la population, qui est connue.» La part d'interprétation n'est «pas très grande. Les évolutions n'ont pas lieu du jour au lendemain.» Son objectif: «Anticiper, et ainsi tendre vers le meilleur fonctionnement possible de la société. Si on laisse tout au hasard, on risque de tomber de haut.»
Ses outils
Les statistiques des naissances, décès, migrations et naturalisations en Suisse, puis des hypothèses liées au taux de fécondité et à la mortalité. | IF
Raymond Kohli
Statisticien et démographe à l'Office fédéral de la statistique, Neuchâtel.
Il prévoit
La population suisse des plus de 65 ans passera de 16 à 28% en 2050. Seuls des comportements inadéquats et non compensés par les progrès de la médecine ou la prévention pourraient faire varier cette proportion.
«Nous avons un rôle d'utilité publique.»
Ce climatologue à la réputation internationale prévoit l'évolution du climat à septante ou cent ans. Il considère ses capacités à le faire «assez fortes». «Il est paradoxalement plus difficile de dire s'il y aura de la neige en janvier 2007 que de dire qu'il n'y en aura pas en janvier 2070.» Son but: affiner notre connaissance d'un système très complexe. Un rôle «d'utilité publique: avoir une idée de ce que nous réserve le climat doit permettre aux décideurs de mettre en oeuvre des stratégies. Hélas, si la conscience est là, les décisions sont souvent remises au lendemain. Mais si les échéances climatiques semblent lointaines, les décisions qui peuvent peser dessus doivent se prendre aujourd'hui.»
Ses outils
Toutes les données d'observation scientifique possibles, des données satellites aux 3000 stations météo autour du monde, passées au crible de modèles globaux sans cesse réactualisés. | IF
Martin Beniston
Titulaire de la chaire de climatologie de l'Université de Genève.
Il prévoit
Un réchauffement de la température de 5 à 6 degrés d'ici à 2100. «Tout dépendra de nos comportements.» Des canicules aussi intenses que celle de 2003 un été sur deux d'ici à 2100.
«Je décris un futur possible mais je ne le prédis pas.»
Le rôle de l'auteur de Forteresse (Laffont, 2005), dont l'action se passe en 2039, n'est pas de «prévoir le futur», mais de «l'imaginer» en respectant la «cohérence interne» du livre. «Je décris un futur possible mais je ne le prédis pas. La question de départ est toujours: what if? Les guerres civiles ou la théocratie chrétienne américaine que je décris sont possibles, mais je ne cherche ni à dire avec quelle probabilité, ni à faire peur au lecteur. Je raconte une histoire pour le plaisir de poser une fiction dans un environnement spécifique.» Trente ans, c'est le «futur proche» pour un écrivain de SF. «Si on situe l'action dans un futur éloigné de plusieurs siècles, c'est la nature de l'humain qui risque de changer. Tout l'univers en dépendant doit être pensé différemment.»
Ses outils
L'imagination. Une idée de base. Ponctuellement, des études scientifiques. Et le corpus de la SF, très riche. | IF
Georges Panchard
Ecrivain de science-fiction, Villars-sur-Glâne (FR).
Il prévoit
Des relations de pouvoir entre les Etats et les grandes corporations qui tournent au désavantage des Etats. Un communautarisme accru. Des mutations rapides et immaîtrisables.
«On ne garantit un parapluie total à personne.»
Avec un certain nombre d'outils et d'instruments, ce «monsieur catastrophe» du canton de Vaud identifie les risques auxquels la population est susceptible d'être exposée. Il les répertorie, mesure leur impact et leur localisation, et propose des mesures pour réduire notre «vulnérabilité». Il imagine des scénarios et met en communication tous les services concernés. «On ne garantit un parapluie total à personne. Il n'existe aucune société sans risque.» Trois catégories: les risque naturels, technologiques et sociétaux. Les dangers naturels sont sa «préoccupation majeure». Son échelle de temps? Dix ans. «Au-delà, ni les politiques ni les citoyens ne se sentent concernés.»
Ses outils
Principalement de la veille de renseignements spécialisés intensive. | IF
Denis Froidevaux
Chef du Service vaudois de la sécurité civile et militaire (SSCM), Lausanne.
Il prévoit
Des crises en matière d'approvisionnement énergétique.
«J'ai pris l'habitude d'être toujours en éveil.»
Voici trente-cinq ans que cette Parisienne chasse les tendances. Son métier consiste à repérer, au sein d'une accumulation de signes, celui qui sera intéressant. «J'ai pris l'habitude d'être toujours en éveil et d'analyser ce que je vois. C'est une seconde nature.» Les tendances repérées, encore faut-il les traduire en images et en textes pour la clientèle. «Nous leur proposons des cahiers de tendances.» Quelles sont ses prédictions qui se sont réalisées? «Toutes!» Un exemple? «Le iPod, nous l'avions prévu et cette miniaturisation des services que l'on emmène avec soi.»
Ses outils
«Les deux hémisphères de mon cerveau; le rationnel et l'intuitif. Le monde que je n'arrête pas d'analyser et l'équipe de créatives qui m'entourent.» | SP
«Plus court le terme, plus fort l'impact humain.»
Ce financier chaleureux anticipe à six ou douze mois les tendances économiques en matière de croissance ou de taux d'intérêts, prévoit les mouvements des marchés ainsi que les mutations plus profondes dans le but de définir une stratégie. Que ce soit pour la banque ou pour les conseillers en placement, qui expliqueront à leur clientèle les raisons de décisions de gestion. «L'intérêt est de faire que ces indicateurs financiers soient utiles, et non manipulés. Plus il y a d'acteurs qui les utilisent, mieux c'est.» Son activité comporte une «partie scientifique», qui se vérifie à moyen et long termes, et une partie plus aléatoire: «ce qui se passe entre un acheteur et un vendeur ressort de la psychologie». Et «plus on est vers le court terme, plus l'impact humain est important». On sait ainsi que la hausse des taux est mauvaise pour le marché des actions, mais l'effet peut prendre du temps parce que la psychologie des investisseurs va faire dévier des grands axes prévus.
Ses outils
L'information financière via les agences spécialisées, Bloomberg ou Reuters et les partenaires analystes, ainsi que des modèles de comportement des marchés. | IF
Fernando Martins da Silva
Responsable de la politique d'investissement, Banque cantonale vaudoise, Lausanne.
Il prévoit
Une tendance à la microglobalisation et au développement durable. La reprise va continuer en 2007, mais de manière plus ralentie qu'en 2006. «Il faut être plus prudent qu'en 2005 par rapport à 2006.»
«Tout le monde ne sera pas connecté et heureux.»
Franche, vive et directe, Daniela Cerqui observe d'un oeil avisé et critique la société qui est en train de se mettre en place. Enseignante à l'Institut d'anthropologie de l'Université de Lausanne, elle donne de nombreuses conférences sur le développement de la technologie et l'avenir de l'homme. «On essaie de nous faire croire que les nouvelles technologies vont nous offrir un avenir radieux, que tout le monde sera connecté et heureux. Ce sera peut-être le cas. Mais peut-être pas. Le futur n'est pas écrit; il y a différents scénarios possibles.» Des scénarios qu'il est justement important d'anticiper pour ne pas être pris au dépourvu. Il y a douze ans, cette Neuchâteloise, qui a grandi aux Brenets, annonçait dans un mémoire de maîtrise que l'être humain n'allait pas tarder à s'implanter une puce. Kevin Warwick lui a donné raison.
Ses outils
Actuellement, l'immersion dans le laboratoire de cybernétique de l'Université de Reading où enseigne Kevin Warwick. | SP
Daniela Cerqui
Anthropologue, Lausanne.
Elle prévoit
Une fusion accrue entre le corps humain et les machines.
«Une trêve durable au Proche-Orient est possible.»
Ses prévisions avérées, l'astrologue en fait la liste dans Votre horoscope 2007. «J'en ai cité une centaine dont les sources sont indiquées noir sur blanc.» Sa prévision la plus ambitieuse? «L'annonce dans le Figaro Magazine de septembre 1980 d'une mutation irréversible de l'URSS pour la fin 1989. Ce fut le mur de Berlin.» Elle considère le futur comme «le déroulement du temps virtuel», soit «la manifestation concrète de l'ordre cosmique, cet ordre, mathématiquement cohérent, étant lié aux rythmes des corps célestes, dont les mouvements scandent notre devenir ici-bas collectif et individuel.»
Ses outils
Les éphémérides des positions planétaires qui sont celles des observatoires astronomiques et les programmes astronomiques des ordinateurs. | SP
Elizabeth Teissier
Astrologue, Genève.
Elle prévoit
Le moment le plus prometteur en 2007 se situerait début août. Une phase qui pourrait concerner le Proche-Orient: une issue pacifique serait en vue, voire une trêve durable.
«Une fusion entre les libéraux et les radicaux...»
Directeur du département de science politique à l'Université de Genève, le futur de cet ancien conseiller municipal de Plan-les-Ouates est rythmé par les prochaines échéances électorales ou référendaires. Il avoue humblement s'être déjà trompé dans ses prédictions. «En 1998-1999, j'étais de ceux qui disaient que l'UDC n'avait pas de chance en Suisse romande.» Et de prendre du recul sur ce genre d'exercice: «Je suis meilleur pour expliquer pourquoi je me suis trompé que pour prédire l'avenir!» Ce spécialiste du système politique suisse et de l'intégration européenne a tout de même vu juste en annonçant la montée des Verts dès le début des années 2000.
Ses outils
Les sondages et l'analyse de résultats électoraux récents. | SP
Pascal Sciarini
Politologue, Genève.
Il prévoit
En Suisse romande, une recomposition du paysage partisan lui semble «inéluctable», notamment une fusion entre les libéraux et les radicaux.
Ces intellectuels qui déchiffrent l'avenir.Alexis de Tocqueville.
Avec le recul, que valent les prédictions des philosophes, politologues, sociologues ou historiens de renom? De Tocqueville à Huntington, voici quelques bonnes et moins bonnes prophéties qui ont marqué les esprits.
1835 et 1860 Qui, mieux que lui, a saisi la logique profonde des sociétés démocratiques? L'auteur de La démocratie en Amérique serait à l'aise dans notre monde qu'il a parfaitement vu venir.
Pour être né il y a deux siècles, Alexis de Tocqueville reste l'un des analystes les plus clairvoyants de la société démocratique. En 1830, ce jeune aristocrate normand entreprend un voyage à travers le Nouveau Monde qui lui ouvre les yeux. En Europe, l'héritage de l'ancien monde aristocratique brouille la vue, mais là, en Amérique, l'Homo democraticus se révèle avec plus de netteté. Observateur attentif, Tocqueville saisit la dynamique profonde des sociétés démocratiques dans le désir d'égalité qu'elles sécrètent. C'est leur «passion générale et dominante»: une demande d'égalité qui se fait toujours plus impérieuse, plus pressante, à mesure que l'on avance dans l'âge démocratique.
Rétrospectivement, sa lucidité force le respect. L'auteur de La démocratie en Amérique a tout vu venir. L'inexorable déclin des valeurs héroïques. L'émergence d'un individu toujours plus préoccupé de son bien-être. Le rôle que vont jouer les classes moyennes. Mais aussi les risques d'emballement démocratique puisque «le désir d'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande». De ce point de vue, Tocqueville a même anticipé ce qu'on appelle le politiquement correct. |
Marshall McLuhan
1964 Il y a plus de quarante ans, ce sociologue déroutant, auteur de La galaxie Gutenberg et de Pour comprendre les médias, prophétisait déjà la naissance du «village global».
«Notre attitude traditionnelle devant les médias, et qui consiste à dire qu'ils valent ce que nous en faisons, est l'attitude typique de torpeur du retardé technologique que nous sommes.» Voilà ce qu'écrivait Marshall McLuhan en 1964, dans Pour comprendre les médias, et peut-être écrirait-il la même chose aujourd'hui. Cet intellectuel canadien avait décidément plusieurs longueurs d'avance: alors que la télévision commençait à peine à révéler sa puissance, il était déjà le prophète du «village global».
L'idée directrice de McLuhan, c'est que les médias prolongent nos sens et structurent la société d'une manière spécifique. Ses livres décrivent la sortie de la «galaxie Gutenberg», issue de l'imprimerie, au profit d'un nouvel ordre fondé sur les médias fonctionnant à la vitesse de l'électricité. Ce penseur excentrique, souvent déroutant a su saisir à l'état natif ce qui condamne la vieille domination exercée par l'imprimé. Et il annonce le règne de l'interconnection et de l'interactivité à l'échelle mondiale dont nous sommes devenus les usagers familiers, mais sans forcément savoir quel nouvel ordre du monde peut désormais en sortir.
McLuhan est mort en 1980, sans avoir connu la révolution numérique ni la planète web, mais ses vues prophétiques en font une figure totémique du réseau. Le mensuel Wired, revue de référence sur l'internet, le considère d'ailleurs comme son saint patron. |
Alvin Töffler
1970 La société de l'information, les mutations qu'elle impose dans les entreprises ou la vie quotidienne: tout cela était présent dans les livres de ce futurologue américain dès Le choc du futur.
L'intelligentsia européenne l'a beaucoup méprisé, mais cela n'a jamais empêché ce futurologue américain de vendre partout ses best-sellers. En 1970, il publie Le choc du futur. Et La troisième vague dix ans plus tard. Ces deux livres ont fortement marqué les esprits en déchiffrant le monde qui se dessinait au-delà de l'ère industrielle.
A les relire, on peut accorder à leur auteur un certain flair. Alvin Töffler a mesuré très tôt tout ce qu'allait impliquer l'entrée dans des sociétés de l'information. La vitesse et la mobilité qu'elles imposent. Le rôle croissant de l'immatériel. Les mutations de l'entreprise. L'affaiblissement du principe de verticalité hiérarchique au profit de l'horizontalité des réseaux. Ou encore le désarroi des individus de plus en plus contraints de faire des choix dont ils ne maîtrisent pas les conséquences dans tous les domaines de leur vie.
Dans Le choc du futur, on constate avec amusement qu'il prédisait aussi l'irrésistible essor des «célébrités minutes» trente ans avant Loft Story. Bien vu, Alvin. Même si Andy Warhol avait déjà risqué la même prédiction un peu avant lui. |
Hélène Carrère d'Encausse
1978 Qui osait alors imaginer un effondrement de l'URSS? Pas grand monde à part l'auteur de L'Empire éclaté. Malheureusement, les raisons avancées n'étaient pas les bonnes.
En 1978, on croyait encore l'empire soviétique bâti pour durer des siècles. Alexandre Zinoviev venait de faire paraître Les hauteurs béantes; l'homo sovieticus façonné par soixante ans de tyrannie apparaissait comme une mutation irréversible; et c'est alors que l'historienne Hélène Carrère d'Encausse met l'effondrement de l'URSS à l'ordre du jour en publiant L'Empire éclaté.
Mais elle s'est trompée sur le scénario de la décomposition. Ce n'est pas, comme elle le pensait, «la diversité des nations, la diversité des héritages historiques et des mentalités» qui ont eu raison de l'URSS. Et ce n'est pas non plus la fécondité très élevée des populations musulmanes d'Asie centrale qui a été la cause majeure de cette faillite. Même si les aspirations à l'indépendance des Baltes ont joué leur rôle, le système s'est effondré en son coeur, non par ses marges.
Deux ans avant la parution de L'Empire éclaté, un jeune historien et démographe français avait sans doute vu plus juste qu'Hélène Carrère d'Encausse. En prêtant attention à la baisse de la natalité et à la hausse du taux de mortalité infantile, Emmanuel Todd avait deviné que ces indices annonçaient à plus ou moins brève échéance l'inéluctable faillite du système communiste en URSS. Fils du grand reporter Oliver Todd et petit-fils de l'écrivain Paul Nizan, Emmanuel Todd développa cette thèse dans son premier livre: La chute finale. Essai sur la décomposition de la sphère soviétique. |
Francis Fukuyama
1992 Dans La fin de l'histoire et le dernier homme, ce philosophe américain annonçait que toutes les tyrannies allaient céder aux attraits de la démocratie libérale. Il a péché par optimisme.
Avant de donner lieu à un livre, la thèse de Francis Fukuyama a d'abord fait l'objet d'un article intitulé «La fin de l'histoire?», publié durant l'été 1989. Quelques mois plus tard, la chute du mur de Berlin allait donner une aura de prophète à ce philosophe d'origine japonaise, alors conseiller au Département d'Etat américain et aujourd'hui proche du courant néoconservateur.
Bien sûr, la fin de l'Histoire selon Fukuyama n'est pas la disparition des événements historiques. C'est plutôt l'idée que les hommes auraient essayé toutes les manières d'organiser la société et de vivre ensemble, que tous les possibles auraient ainsi été épuisés, et qu'il ne resterait au bout du compte que l'horizon indépassable de la démocratie libérale. Elle serait, écrit-il, «la seule aspiration politique cohérente qui relie différentes régions et cultures tout autour de la terre».
Messie de la démocratie universelle, Fukuyama entendait répandre la bonne nouvelle: les tyrannies sont condamnées par l'histoire, et l'Amérique peut précipiter le mouvement. Après le fiasco irakien, cette vision optimiste doit être révisée à la baisse. Les valeurs de la démocratie occidentale ne s'imposent pas au reste du monde avec l'évidence annoncée, et l'histoire n'a peut-être pas dit son dernier mot. |
Samuel P. Huntington
1996 Dix ans après sa publication, Le choc des civilisations jouit d'une solide réputation prophétique. Mais l'auteur pensait moins à la confrontation avec l'islam qu'à un conflit avec la Chine.
Les attentats du 11 Septembre ont mis la formule dans toutes les bouches: était-ce «le choc des civilisations» qui avait lieu sous nos yeux? Les intellectuels ou les hommes politiques se sont bousculés pour répondre qu'il n'en était rien, qu'il ne s'agissait pas d'un conflit entre l'islam et la chrétienté. Mais, ce faisant, ils ont aussi beaucoup contribué à installer cette grille de lecture dans les têtes. Pour une part, la prophétie aura été autoréalisatrice: c'est ce qui apparaît dix ans exactement après la publication du livre de Samuel Huntington, professeur de sciences politiques à l'Université de Harvard.
Le choc des civilisations développe une idée simple. La guerre froide terminée, les conflits fondamentaux ont cessé d'être les affrontements entre des Etats nations, des classes sociales ou des idéologies: «Dans le monde nouveau qui est désormais le nôtre, la politique locale est ethnique et la politique globale est civilisationnelle. La rivalité entre grandes puissances est remplacée par le choc des civilisations.» Cela dit, le conflit majeur que Samuel Huntington voyait se profiler n'opposait pas l'Occident chrétien au monde musulman, mais à la Chine dont le développement pourrait susciter «une terrible tension et compromettre la stabilité internationale au début du XXIe siècle».
Cette théorie civilisationnelle présente en outre un inconvénient de taille: c'est en gros la même, simplement inversée, que professent aussi les partisans du djihad. Si l'on range Huntington parmi les bons prophètes, il faut également y admettre Ben Laden. | MA
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