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HAYEK AU SOMMET. Marc Alexander, membre de la direction générale de Swatch Group et président de Blancpain, Montres Breguet et Jaquet Droz; Nayla, présidente du conseil d’administration et Nick, CEO et président de la direction générale de Swatch Group.
DR/Lukas Unseld RDB/Fred Merz Rezo

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Swatch Group
Premières confidences du trio Hayek

Par PHILIPPE LEBÉ - Mis en ligne le 01.12.2010 à 17:15

SUCCESSION. Cinq mois après la disparition de Nicolas G., «L’Hebdo» a rencontré Nayla, Nick et Marc Alexander autour d’une même table. Une première.

Le grand absent est omniprésent. Dès l’entrée du siège de Swatch Group à Bienne, Nicolas G. Hayek me sourit. Sa photo trône au-dessus d’un magnifique bouquet de roses aux teintes orangées. Evénement plutôt rare, sa fille Nayla (59 ans), présidente du groupe, son fils Nick (56 ans), CEO, et son petit-fils Marc Alexander (39 ans) accueillent tous les trois ensemble un journaliste.

L’entretien d’une heure trente se déroule dans le bureau de Nayla, où le portrait du père défunt côtoie des toiles aux couleurs vives, œuvres d’Ali Mirmar, ce peintre irakien qui a brossé les dix-neuf marques du groupe horloger. Très élégante dans son ensemble noir, Nayla Hayek s’installe autour d’une grande table au design clair et raffiné. Un nouveau mobilier choisi avec soin pour qu’il fasse «un peu féminin sans trop de chichi».

«J’ÉTAIS INVISIBLE MAIS J’ÉTAIS TOUJOURS LÀ.» Nayla Hayek, présidente du conseil d’administration de Swatch Group

A ses côtés, en complet gris finement ajusté et cravate rosée, Marc Alexander, fils de Nayla et désormais patron des luxueuses Blancpain, Breguet et Jaquet Droz, tranche quelque peu dans l’allure avec son oncle Nick, CEO, en jean, pull gris sur T-shirt blanc. «Notre existence n’est pas définie par la perception extérieure que l’on a de nous», commente ce dernier. Le message est clair.

«LES FEMMES CONTRÔLENT TOUT, NE LE SAVIEZ-VOUS PAS?»Nick Hayek, CEO de Swatch Group

Chez les Hayek, chacun s’efforce de cultiver son authenticité. Le plus naturellement du monde.Et tant pis si porter quatre montres aux deux bras, les manches retroussées comme le faisait Nicolas G., suscite sourires et sarcasmes. Mais comment diable s’y prendre quand on a eu un père aussi charismatique?

«LA PROVOCATION EST INNÉE CHEZ LES HAYEK.» Marc Alexander Hayek, président de Blancpain, Breguet et Jaquet Droz

Nick met les points sur les i: «Il n’y a qu’un seul Hayek senior, il n’y a qu’un seul génie. Nous n’essayons pas de l’imiter, nous ne sommes pas sa copie.» Est-il seulement besoin d’essayer? Nayla donne la réponse: «Lorsque mon frère, mon fils et moi nous discutons ensemble, c’est souvent comme si notre père s’exprimait à travers chacun d’entre nous. Ses pensées, son style sont en nous.»

Et pour cause. Il ne se passe pas un jour sans que tous les membres de la famille se parlent, de vive voix ou par téléphone. Une pratique inaugurée par Nicolas G., qui chaque matin à six heures avait sa fille au bout du fil. Quant à Marianne, la mère de Nayla et de Nick, bien que ne figurant pas dans l’organigramme de la société, elle participe activement à la vie de celle-ci. «Elle remplace bien les appels de notre père», constate Nayla. «Quel est aujourd’hui le cours de la Bourse, demande-t-elle?», enchaîne Nick.

Et ce dernier de chuchoter, un brin goguenard: «Les femmes contrôlent tout, ne le saviez-vous pas?» Marianne, qui a vécu une soixantaine d’années auprès de Nicolas G., demeure l’âme de Swatch Group. Celle qui insuffle les valeurs essentielles. Comme la nécessité de se réconcilier avant le coucher du soleil avec la personne avec laquelle on se sera querellé durant la journée.

Contacts permanents. Dans sa voiture, Hayek senior disposait de deux téléphones. Chacun de ses héritiers n’en a qu’un seul. Mais il en use avec la même intensité. Tous les jours, Nick et Nayla parcourent en automobile une avalanche de kilomètres pour se rendre de la Suisse centrale à Bienne. Ils ont largement le temps de refaire le monde et, au passage, de se donner des tuyaux pour éviter tel embouteillage sur leur parcours commun entre Zofingue et Bienne.

Depuis le décès soudain du père le 28 juin dernier, ressenti comme un énorme choc par l’ensemble des collaborateurs, la famille Hayek s’est encore davantage soudée. Par réaction naturelle et aussi par nécessité. Il importait de rassurer les investisseurs, les partenaires industriels et commerciaux, les consommateurs, les employés. Oui, la famille Hayek, qui détient 41% des droits de vote, contrôle la société comme avant.

Après avoir chuté de près de 6% au lendemain du décès de Nicolas G., l’action Swatch Group a largement repris des couleurs. «La communauté financière a compris le message», fais-je remarquer à Nick Hayek. Ce dernier bondit au quart de tour: «Laissez tomber la communauté financière!» Il est bien le fils de son père qui n’a jamais chanté les louanges des analystes financiers à ses yeux trop souvent déconnectés de la réalité.

Se reprenant, Nick Hayek poursuit, d’une voix plus calme: «La communauté financière était aussi triste car elle perdait une personne qui lui disait la vérité, qui ne s’en prenait jamais aux hommes mais à une culture néfaste installée dans le monde de la finance. Le provocateur n’était plus là.»

Finie, la provoc? «La provocation, elle est innée chez les Hayek», réplique Marc Alexander, «c’est notre ADN», enchaîne Nayla, «mais elle n’est jamais gratuite», précise Nick. Provoquer, c’est tout simplement dire ce que l’on pense au bon moment. A ce propos, la famille compte bien sur le tout nouveau conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, ex-administrateur de Swatch Group, pour défendre la cause des industriels suisses au sein du Conseil fédéral face à «la mentalité casino de certains banquiers».

Dans le registre de la politique suisse, le CEO de Swatch Group espère que «le Conseil fédéral laissera le pouvoir aussi décentralisé que possible, dans les cantons, les villes, les petites communes» et mettra un terme à «la dérive centralisatrice» qu’il déplore. Ne seraitce pas à Nayla, en sa qualité de présidente du conseil d’administration, de tenir de tels propos et non à Nick, censé demeurer le nez dans le guidon de la direction générale de l’entreprise? Une telle question n’a pas de sens chez Swatch Group, me fait-on remarquer.

Le cloisonnement des compétences n’existe pas au sommet. «Nous avons toujours travaillé en équipe et nous continuerons à le faire», insiste Nayla. Nicolas G. Hayek a fait en sorte, par exemple, que les membres de la direction générale soient appelés à prendre des décisions aussi bien dans l’intérêt du groupe que dans celui d’un marché, d’une voire de plusieurs marques.

Au sein de la famille proprement dite, la nouvelle présidente du conseil d’administration Nayla conserve notamment la direction opérationnelle de Tiffany Watches, dirige toujours les activités du groupe au Moyen-Orient, mais elle abandonne l’Inde, un marché très important, ainsi que la marque Balmain, cédés à l’interne à Luca Moro, ex-responsable des ventes.

Passionnée par les chevaux arabes, elle n’envisage pas un instant de ne plus s’en occuper. «C’est une part de ma vie et cela me donne de la force.» Célèbre auprès des cheiks moyen-orientaux, Nayla Hayek est méconnue sous nos latitudes. Elle court le risque d’être considérée comme parachutée au sommet de Swatch Group. Comme vice-présidente et administratrice depuis quinze ans, elle affirme s’être préparée à sa nouvelle mission.

A l’instar de son père, elle était invitée à participer aux séances de la direction générale. De manière générale, elle brosse ce constat: «J’étais invisible mais j’étais toujours là.» Désormais, il lui faudra s’habituer à être visible. Cela ne devrait pas lui poser de problème tant que son frère la soutiendra dans cette démarche.

Vision globale. Que n’a-t-on dit au sujet de Nick Hayek quand il a pris la direction générale du groupe en 2003: qu’il ne parviendrait pas à s’imposer face à son père, que ce dernier lui dicterait la marche à suivre, qu’il obéirait le doigt sur la couture de son jean. C’est tout juste si certains observateurs ne se demandaient pas si le père Hayek n’était pas planqué sous le bureau de son fils pendant les conférences de presse de Swatch Group.

Et quand en mars 2009 Nick Hayek déclarait à L’Hebdo qu’il n’y avait aucune raison de paniquer et de supprimer des emplois malgré le net repli des exportations horlogères, d’aucuns s’interrogeaient sur la pertinence de l’analyse du CEO. Or, les faits lui ont largement donné raison. 2010 devrait être l’année de tous les records pour Swatch Group dont le chiffre d’affaires dépassera largement les 6 milliards de francs.

«Notre père nous a toujours dit d’aller sur les marchés pour voir comment se comportent les consommateurs, souligne Nick Hayek. Ayant profondément “verticalisé” le groupe, de la production aux détaillants, il nous a offert une vision à la fois globale et précise de la situation.» Au vrai, Nicolas G. Hayek était bel et bien au cœur de la marche des affaires. Mais, au lieu d’imposer son point de vue à ses proches, il leur a légué sa manière de sentir, de voir, d’interpréter les événements.

Si bien que sa fille, son fils et son petit-fils sont à la fois lui sans être lui. La seule différence, et elle n’est pas anodine: pour faire un seul Hayek, il en faut désormais trois, ou plutôt quatre si l’on se souvient du rôle essentiel joué par Marianne.

Successions. Parmi les décisions stratégiques à prendre au sommet, il y a la nomination des responsables de marques. Certains d’entre eux ont dépassé la soixantaine, comme François Thiébaud (63 ans), patron de Tissot, Walter von Känel (69 ans), à la tête de Longines ou Roland Streule (65 ans), aux commandes de Rado. Concernant ce dernier, qui souhaitait prendre sa retraite, les jeux sont faits.

Dès le 1er janvier 2011, il est remplacé par Matthias Breschan qui laisse le gouvernail de Hamilton à son second Sylvain Dolla. Quid de von Känel considéré par Nayla comme un «Schlachtross» (cheval de bataille) et de Thiébaud, deux anciens qui s’identifient à l’histoire prestigieuse de leur marque? Pensant sans doute à son père qui, à 82 ans, n’avait rien perdu de sa fougue, Nick Hayek affirme ne pas se préoccuper de l’âge de ses collaborateurs.

«S’ils aiment ce qu’ils font, s’ils restent fidèles à l’esprit du groupe et si les performances sont au rendez-vous, pourquoi devraient-ils partir? Nous ne désignons pas les successeurs dix ans à l’avance.» Quant à la succession des dirigeants dont l’heure finit bien par sonner, «elle se règle dans 99 pour cent des cas à l’interne».

Chez Swatch Group, grimper les échelons au fils des ans et des expériences acquises est monnaie courante. «C’est comme cela aussi chez Nestlé», fais-je remarquer au CEO qui rétorque du tac au tac que son groupe, lui, dispose de 157 usines en Suisse, le reste des sociétés dans le monde s’occupant de la distribution.

Rien à voir mais un brin révélateur: aux yeux de ses dirigeants, Swatch Group est unique et ne souffre pas trop la comparaison. Et Rolex? Les deux sociétés concurrentes «sont importantes pour toute l’industrie horlogère suisse», selon Nick Hayek qui semble apprécier le contact avec Bruno Meier, le directeur général de Rolex. «Nous parlons suisse allemand, cela facilite les rapports.»

A propos du swiss made qu’il est prévu de singulièrement renforcer, les intérêts des deux géants de l’horlogerie sont identiques. «J’espère que le monde politique suisse saura faire la différence entre les montres et les Birchermuesli quand il s’agira de définir un nouveau swiss made», lance Nayla, affirmant ainsi clairement sa position dans un débat qui ne fait que commencer.

Ambition et prudence. «Le roi est mort, vive le roi!» avait-on coutume de clamer dans la France de l’Ancien Régime, pour bien marquer la continuité de la gouvernance royale. «Nicolas G. Hayek n’est plus, vive Swatch Group!», serait-on incité à croire. Tout semble en effet indiquer que l’œuvre du père sera poursuivie avec rigueur et ferveur.

Swatch Group continuera-t-il cependant à nous surprendre comme il l’a fait dans le passé avec l’ambitieux projet de la Swatchmobile ou avec Belenos, cette société créée pour fabriquer des composants dans le domaine des cellules solaires et de l’hydrogène en vue de décentraliser la production d’énergie? L’avenir seul le dira.

Président de Belenos, Nick Hayek affirme être sur la même longueur d’onde que Josef Ackermann, de la Deutsche Bank, actionnaire important de la jeune société: «Nous avons besoin de temps et de gens qui investissent à long terme sans garantie de succès.» Et Marc Alexander de rappeler toutefois que «le fondement de Swatch Group demeure la micromécanique et la microélectronique».

La tête dans les étoiles exige donc d’avoir les pieds sur terre. Il n’y aura pas de tentatives aventureuses inconsidérées. Dès lors, à condition de rester uni et solidaire, le clan Hayek devrait continuer à incarner pour un bon moment la direction du premier groupe horloger de la planète.


Swatch Group

Perspectives de croissances.

Swatch Group est contrôlé par la famille Hayek représentée par un pool qui, avec les institutions et les personnes qui lui sont proches, représente 41% des voix. Aucune précision n’est donnée quant à la répartition des actions détenues par Marianne, Nayla, Nick et Marc Alexander.

En plus des membres de la famille ayant hérité des actions de Nicolas. G., défunt, ce pool regroupe les titres de Ammann Group Holding dont l’illustre représentant, Johann Schneider-Ammann, a quitté la société après son élection au Conseil fédéral, ainsi que ceux de la caisse de pension Swatch Group. Le groupe d’Esther Grether, actionnaire de la première heure, représente quant à lui 7,5% des voix du groupe.

Des actions très recherchées . Coté à 407 francs vendredi 26 novembre, le titre Swatch Group a augmenté de 240% depuis le début de 2009! Comme le relève Patrick Lang, chef analyste de la banque Julius Bär, «Swatch Group a des perspectives de croissance très prometteuses, surtout en Asie». Dans l’univers de la finance, l’avenir de Swatch group dont le chiffre d’affaires dépassera les 6 milliards cette année ne suscite aucune inquiétude.





Nayla Hayek
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Tags: Swatch Group, Nick Hayek, Nayla Hayek, Marc Alexander,

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