On vous l’accorde, ce n’est pas vraiment une révélation. Dans notre palmarès des parlementaires romands les plus influents, le conseiller aux Etats Alain Berset sort premier de classe, suivi d’Urs Schwaller, de Christophe Darbellay et de Christian Levrat.
Les Berset, Darbellay, Schwaller et autres Levrat doivent encore montrer qu’ils ont l’étoffe pour marquer durablement la vie politique suisse.
Parce qu’ils sont les quatre des professionnels de la politique, parce qu’ils sont bilingues et parce qu’ils mettent une belle énergie dans leur travail politique, ils incarnent une députation latine qui n’a pas (plus?) à rougir de la comparaison avec les ténors alémaniques.
La suite de notre classement, en revanche, est plus surprenante. On y découvre des politiciens omniprésents dans les médias romands, mais qui ne pèsent guère sur le plan fédéral.
Par exemple, les conseillers nationaux genevois Carlo Sommaruga et Yves Nidegger, l’un socialiste, l’autre UDC, fort discrets dans les commissions parlementaires, un lieu cardinal du pouvoir bernois.
C’est la conclusion de notre rédacteur Michel Guillaume, suite à une enquête minutieuse auprès d’une vingtaine d’acteurs (hauts fonctionnaires, experts, lobbyistes...) impliqués dans le travail de ces commissions (lire notre article).
Autre figure incontournable, le syndic de Lausanne Daniel Brélaz se distingue par une propension record à courber les votes au Parlement.
Brélaz, roi de la capitale vaudoise et cancre indécrottable à Berne? Il faut sans doute y voir la fatigue d’un homme élu au Conseil national une première fois en 1979 déjà, mais aussi les pièges du double mandat pour qui n’est pas parfaitement organisé – le Vert serait d’ailleurs bien inspiré de ne pas se représenter.
A contrario, le socialiste vaudois Roger Nordmann ou le radical fribourgeois Jacques Bourgeois comptent beaucoup plus que leur personnalité plutôt discrète ne le laissait penser.
Notre analyse montre aussi combien il est difficile de siéger à Berne tout en continuant à travailler à plein temps.
Un Christian Lüscher, par exemple, qui s’est fait connaître en Suisse alémanique lors de la succession Couchepin, n’a pas pu développer, depuis, cette notoriété nationale. Trop occupé qu’il était à préparer, puis à plaider au procès de la BCGE, notamment. Même pour un turbo-avocat, le défi milicien est dur à relever.
L’utilité d’un tel palmarès c’est, enfin, qu’il met en cause les apparences et les idées reçues. Il mesure la qualité des parlementaires indépendamment de préférences partisanes. Crucial, au moment de glisser son bulletin dans l’urne.
On reparlera donc l’an prochain des bons élèves du Parlement. Leurs noms reviendront comme candidats au Conseil fédéral.
Mais un classement, aussi sérieux soit-il, ne dit pas tout. Intelligents et doués pour les coups, les Berset, Schwaller, Darbellay et autres Levrat doivent encore montrer qu’ils ont l’étoffe pour marquer durablement la vie publique de ce pays.
Etre premiers de classe, c’est bien. Avoir une vision et mener à terme les réformes pour une Suisse ouverte et résistante aux tendances régressives, c’est mieux. On se réjouit de les voir à l’œuvre en 2011.
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