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Par Paul Krugman - Mis en ligne le 27.04.2011 à 13:37 |
Quand j’écoute les discussions actuelles autour du budget fédéral (américain, ndt), le message que j’entends est le suivant: nous sommes en crise! Nous devons immédiatement prendre des mesures drastiques! Et nous devons conserver des impôts faibles, voire même les baisser encore davantage! Vous devez vous demander: si les choses sont si graves, ne faudrait-il pas plutôt augmenter les impôts, plutôt que les baisser? Ma description du débat budgétaire n’est en rien exagérée. Prenez la proposition budgétaire de Paul Ryan, dont tous les gens très sérieux nous assuraient qu’elle était courageuse et importante. Cette proposition commence par mettre en garde qu’une «crise majeure de la dette est inévitable» à moins de s’attaquer au déficit. Elle appelle ensuite, non à des augmentations, mais à des baisses d’impôts, les impôts pour les riches tombant à leur niveau le plus bas depuis 1931. LES AUGMENTATIONS D’IMPÔTS PEUVENT ÊTRE DES REMÈDES RAPIDES CONTRE LES DÉFICITS.Et à cause de ces importantes baisses d’impôts, pour pouvoir ne serait-ce que prétendre réduire le déficit, la proposition Ryan ne peut qu’effectuer des coupes drastiques dans les dépenses. La proposition du président Barack Obama est bien meilleure. Elle suggère au moins de relever les impôts sur les hauts revenus aux niveaux de l’ère Clinton. Mais elle préserve le reste des réductions Bush – des réductions vendues au départ comme un moyen de disposer d’un important excédent budgétaire. Et par conséquent, elle repose encore lourdement sur des réductions de dépenses, tout en n’atteignant pas complètement l’équilibre budgétaire. Alors pourquoi n’y a-t-il personne pour présenter une proposition reflétant la réalité, qui est que les réductions d’impôts Bush étaient une énorme erreur, et suggérer qu’une hausse des recettes jouerait un rôle majeur dans la réduction des déficits? En fait, la proposition existe – et j’y viendrai dans un instant. Mais d’abord, parlons de l’état actuel des impôts américains. A en croire le ton d’une grande partie des discussions budgétaires, on pourrait croire que nous ployons sous le poids écrasant de niveaux d’impôts sans précédent. La réalité est que les taux d’imposition fédéraux réels à tous les niveaux de revenus ont baissé de manière significative les 30 dernières années, surtout au sommet. Et, dans l’ensemble, les impôts américains sont plus faibles en termes de pourcentage du revenu national que les impôts de la plupart des autres pays riches. Attendez, il y a plus. Le cœur de la proposition Ryan est un plan de privatisation et de démantèlement de Medicare. Or ceci ne ferait rien pour réduire le déficit sur les 10 prochaines années, raison pour laquelle toutes les réductions de déficit pré-électorales viennent de coupes brutales dans les aides aux nécessiteux, et de coupes indéterminées dans les dépenses discrétionnaires. Les augmentations d’impôts, a contrario, peuvent être des remèdes rapides contre les déficits. Et c’est pourquoi la seule proposition budgétaire majeure offrant une voie plausible vers l’équilibre budgétaire est celle qui comprend d’importantes augmentations d’impôts. Tout ceci, associé à des réductions de dépenses concernant essentiellement la Défense, pour parvenir à l’équilibre budgétaire en 2021. Et la proposition y parvient sans démanteler l’héritage du New Deal, qui nous donna la Sécurité sociale, et de la Grande société, qui nous donna Medicare et Medicaid. Mais si cette proposition progressiste possède toutes ces vertus, pourquoi n’obtient-elle pas autant d’attention que la proposition Ryan, bien moins sérieuse? Il est vrai qu’elle n’a aucune chance d’être votée dans les années qui viennent, mais c’est le cas également pour la proposition Ryan. La réponse, j’en suis navré, est l’hypocrisie de nombreux – si ce n’est la plupart – faucons du déficit autoproclamés. Si tant est qu’ils se préoccupent vraiment du déficit, celui-ci ne vient qu’en seconde place derrière leur désir de faire exactement ce que le Budget du peuple évite de faire, c’est à dire mettre en pièces le contrat social actuel, revenir 80 ans en arrière au prétexte de la nécessité. Ils ne veulent pas qu’on leur dise qu’un tel virage radical à droite n’est pas, en fait, nécessaire. Mais le fait est qu’il ne l’est pas, comme le montre la proposition budgétaire progressiste. Il faut certes réduire le déficit, bien que nous ne risquions pas une crise immédiate. La manière d’enrayer le déficit est néanmoins une affaire de choix – et en faisant de l’augmentation des impôts une partie de la solution, nous pouvons éviter de nous en prendre sauvagement aux pauvres et d’entamer la sécurité des classes moyennes. PAUL KRUGMAN © 2011 NEW YORK TIMES NEWS SERVICE ProfilNé en 1953, professeur d’économie et d’affaires internationales à l’Université de Princeton, auteur d’une vingtaine de livres, Paul Krugman a obtenu le prix Nobel d’économie en 2008. Il est également chroniqueur dans les pages Opinion du New York Times depuis 1999. |









