UELI MAURER
Président parce qu’il le faut bien

Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 19.09.2012 à 13:28

CONSEIL FÉDÉRAL. D’autres rêvent de leur année présidentielle, Ueli Maurer, lui, la voit comme un devoir. Son parti la revendique comme un droit.

Ueli Maurer président de la Confédération? Lui qui n’aime ni les honneurs, ni la représentation, ni les voyages? Qui se sent plus à l’aise à un stand de saucisses grillées qu’à un repas protocolaire?

Et pourtant. Si le Parlement l’élit, comme prévu, en décembre, le conseiller fédéral endossera le plus grand rôle de composition de son existence. «Je n’ai pas le choix, sourit-il. C’est la tradition.» «Il va le faire par sens civique», dit un cadre de son administration. «Il doit être président et il le sera, tonne Toni Brunner, le chef de l’UDC suisse. C’est notre tour! Nous sommes déjà sous-représentés au gouvernement.»

Ceux qui connaissent bien Ueli Maurer le laissent pourtant entendre: le Zurichois se serait demandé un instant s’il n’était pas possible de passer son tour. Tout en sachant, au fond, que cela ne se faisait pas. La présidence de la Confédération, elle, ne se refuse pas. On suit le tournus de l’ancienneté. Point final. Ce ne fut pas toujours le cas.

Couronnement? Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on admettait que certains conseillers fédéraux se prêtent mieux que d’autres à la fonction. Question d’envergure, d’ouverture au monde ou de capacités linguistiques, il arriva dès lors qu’un conseiller fédéral comme le Saint-Gallois Wilhelm Matthias Näff ne soit élu qu’une seule fois président durant ses 27 années au Conseil fédéral, que l’un ou l’autre ministre n’accède jamais à ce couronnement de la carrière politique suisse.

Pas pour Ueli Maurer. D’abord, le glamour, il n’en a cure: les coups de projecteurs n’émeuvent pas l’ex-président de l’UDC. On a rarement vu ego aussi peu développé sous la Coupole. Quant à la fonction elle-même, le Zurichois estime qu’on en surestime complètement l’importance. «Ce n’est pas suisse du tout. Comme de prétendre qu’on tisse des liens avec les chefs d’Etat. Les liens, on les soigne avec ses homologues, les ministres, qu’on rencontre à titre régulier.» En fait, être président consiste essentiellement à présider les séances du Conseil fédéral une fois par semaine. S’y ajoutent quelques autres obligations comme d’adresser les vœux du collège aux Suisses à Nouvel-An et de recevoir ces mêmes vœux de la part du corps diplomatique en poste en Suisse. Le président reçoit aussi les chefs d’Etat étrangers, mais cela n’arrive qu’une ou deux fois par an. Dans notre modeste Helvétie toujours soucieuse de ne pas concentrer le pouvoir et de ne pas voir de tête dépasser, le président est le primus inter pares, la formule remonte à 1913, le premier parmi ses pairs. Ni plus ni moins.

Bref, c’est tout vu. Ueli Maurer, fils de paysans pauvres de Hinwil, sera un président modeste. «J’ai donné mes premières instructions. Elles font une demi-page A4. J’y ai précisé que je veux aller à l’étranger aussi peu que possible, mais aussi souvent que nécessaire au pays. Pas question de faire du tourisme.» En revanche, il parlera aux Suisses, multipliera les rencontres avec la population. C’est ce qu’il aime. Et c’est exactement ce que son parti attend de lui: «Il s’occupera du peuple suisse plutôt que de se mettre en scène à l’étranger», se félicite déjà Toni Brunner.

Double jeu. Ueli Maurer essaiera donc de faire comme d’habitude. Le double jeu de l’UDC. A la fois dedans et dehors. Comme en décembre dernier, quand il avait quitté ses collègues pour aller rejoindre des militants et pester avec eux contre la non-élection d’un second UDC au Conseil fédéral. La présidence, pourtant, ce ne sera pas vraiment comme d’hab. D’ailleurs il souhaite avant tout diriger les séances du Conseil fédéral de manière efficace et se montrer collégial. «Comme président, on doit défendre partout ce qui n’a pas poussé dans son propre jardin», admet-il. Quoi qu’il en soit, les parlementaires qui penseraient punir Ueli Maurer en ne l’élisant pas président, comme le proposait le chef du groupe socialiste Andy Tschümperlin cet été, se trompent lourdement. Si un soupir s’échappait alors des lèvres du ministre de la Défense, ce serait plutôt un soupir de soulagement. Même si, avec son parti, il rugirait.

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