ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

LES RAISONS DU CHÔMAGE : Pour Paul Krugman, le chômage de masse, aux Etats-Unis, n’est pas dû à des problèmes structurels, mais à une absence de volonté politique de le combattre efficacement.
Robert Galbrath/Reuters

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Chômage
Prétextes structurels

Par Paul Krugman - Mis en ligne le 29.09.2010 à 14:35

Que peut-on faire contre le chômage de masse? Tous les sages sont d’accord: il n’y a pas de réponse toute faite. Du travail, il y en a, mais les travailleurs ne sont pas prêts à le faire – ils ne sont pas au bon endroit, ou ils n’ont pas les bonnes compétences. Nos problèmes sont «structurels» et il faudra des années pour les résoudre.

Mais inutile de demander des preuves venant appuyer cette sombre opinion, il n’y en a pas. Au contraire, tous les faits suggèrent que le chômage de masse aux Etats-Unis vient d’une demande inadéquate – point.

Dire qu’il n’existe pas de réponse facile peut sembler sage, mais en fait c’est idiot: notre crise du chômage pourrait être résolue si nous avions l’honnêteté intellectuelle et la volonté politique nécessaires pour agir.

En d’autres termes, le chômage structurel est un faux problème, qui sert surtout de prétexte pour ne pas chercher les vraies solutions.

Qui sont ces sages dont je parle? Le personnage le plus souvent cité est Narayana Kocherlakota, le président de la Banque de réserve fédérale de Minneapolis, qui a beaucoup attiré l’attention en martelant qu’il n’est pas de la responsabilité de la Fed de s’occuper du chômage de masse: «Les entreprises ont des emplois, mais ne trouvent pas les employés adéquats», affirme-t-il, concluant qu’ «il est difficile de voir ce que la Fed peut faire pour résoudre ce problème».

Or, la Fed de Minneapolis est réputée pour sa vision conservatrice des choses, et les affirmations selon lesquelles le chômage est avant tout structurel ont effectivement tendance à venir de la droite. Mais certaines personnes de l’autre côté de l’hémicycle disent la même chose.

Par exemple, l’ancien président (des Etats-Unis, ndt) Bill Clinton a dit récemment dans une interview que le chômage était élevé parce que «les gens n’ont pas les compétences requises pour les emplois proposés». Eh bien, je suggérerais respectueusement à Bill Clinton de discuter avec les chercheurs du Roosevelt Institute et de l’Economic Policy Institute, qui ont tous deux publié récemment des rapports importants déboulonnant complètement les affirmations d’une montée du chômage structurel.

A quoi devrions-nous assister si les affirmations du genre de celles de Kocherlakota ou de Clinton étaient vraies? La réponse est qu’il devrait y avoir un manque de main-d’œuvre quelque part en Amérique – d’importants secteurs essayant de se développer mais ayant du mal à recruter, d’importantes classes de travailleurs voyant leurs compétences très demandées, d’importantes parties du pays ayant un chômage faible tandis que le reste de la nation souffre.

Rien de tout cela n’existe. Les offres d’emploi ont chuté dans tous les grands secteurs, alors que le nombre de travailleurs forcés d’accepter des emplois à temps partiel a explosé dans presque toutes les industries. Le chômage a augmenté dans toutes les grandes catégories professionnelles. Seuls trois Etats, dont la population combinée ne dépasse guère celle de Brooklyn, ont des taux de chômage inférieurs à cinq pour cent.

Ah, et où sont ces entreprises qui «ne trouvent pas les travailleurs adéquats»? Cela fait des années que la National Federation of Independent Business (Fédération nationale des entreprises indépendantes, ndt) sonde les petites entreprises, leur demandant de citer leur problème essentiel; le pourcentage citant des problèmes liés à la qualification de la main-d’œuvre n’a jamais été aussi faible, reflétant la réalité qui est que ces temps-ci, même les travailleurs très qualifiés cherchent désespérément un emploi.

Tous les faits contredisent donc l’affirmation selon laquelle nous souffrons essentiellement de chômage structurel. Pourquoi, alors, cette affirmation estelle devenue si populaire?

C’est en partie parce que c’est toujours ce qui se passe pendant les périodes de fort taux de chômage – en partie parce que les experts et les analystes croient qu’en déclarant que le problème est profondément ancré, et qu’il n’y a pas de réponse facile, ils auront l’air sérieux.

J’ai regardé ce que les experts autoproclamés racontaient sur le chômage pendant la Grande Dépression: c’était presque la même chose que ce que les Personnes Très Sérieuses disent aujourd’hui.

On ne peut faire baisser le chômage rapidement, déclarait une analyse de 1935, parce que la main-d’œuvre est «inadaptable et non-formée. Elle ne peut répondre aux opportunités que l’industrie peut offrir.» Quelques années plus tard, un grand plan de défense a finalement permis une relance fiscale correspondant aux besoins de l’économie – et soudain l’industrie était très désireuse d’embaucher ces travailleurs «inadaptables et non formés».

Mais aujourd’hui, comme alors, des forces puissantes sont, par idéologie, opposées à l’idée même d’une action gouvernementale suffisamment importante pour faire repartir l’économie.

Et c’est la raison pour laquelle on voit proliférer les affirmations selon lesquelles nous sommes confrontés à des problèmes structurels: elles donnent une raison de ne rien faire contre le chômage de masse qui paralyse notre économie et notre société.

Alors, ce que vous devez savoir est qu’aucun fait d’aucune sorte ne vient appuyer ces affirmations. Nous ne souffrons pas d’un manque de compétences adéquates, nous souffrons d’un manque de volonté politique. Comme je l’ai dit, le chômage structurel n’est pas un vrai problème, c’est un prétexte – une raison pour ne pas prendre de mesures face aux problèmes américains à un moment où on en a désespérément besoin.

© NEW YORK TIMES


Profil

Né en 1953, professeur d’économie et d’affaires internationales à l’Université de Princeton, auteur d’une vingtaine de livres, Paul Krugman a obtenu le prix Nobel d’économie en 2008. Il est également chroniqueur dans les pages Opinion du New York Times depuis 1999.




Tags: Paul Krugman, Etats-Unis, chômage,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
Tamedia licencie 21 personnes en Suisse romande
Logo de Tamedia (archives) Keystone
Tamedia a annoncé à 21 de ses collaborateurs leur prochain licenciement. Le groupe qui édite notamment "La Tribune de Genève",...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Les "100 personnalités", édition 2012
Les
Pour la 8ème fois, L’Hebdo a présenté dans sa dernière édition, à l’occasion du Forum, sa séléction de "100 personnalités...
ÉCONOMIE & FINANCE
Bankia: le nouveau président défend l'équipe qui l'a précédé
La banque espagnole Bankia, a demandé un pr^et de 19 milliards d'euros (archives)  Keystone
Le nouveau président du groupe espagnol Bankia, Jose Ignacio Goirigolzarri, qui a sollicité vendredi une aide record de 19 milliards...
ÉCONOMIE & FINANCE
L'Espagne poussée au sauvetage public le plus cher de son histoire
Bankia a besoin de 19 milliards d'euros d'argent public (archives). Keystone
La situation est pire que prévue chez Bankia, quatrième banque espagnole, qui croule sous les actifs immobiliers risqués. Elle a...
ÉCONOMIE & FINANCE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...


ÉCONOMIE & FINANCE
 Notaires: Stefan Meierhans: "On accepte souvent la facture du notaire avec fatalisme"
Stefan Meierhans Reichenbach / SI RDB
Vous détestez les notaires? Pas du tout. La première étude avait été réalisée par mon prédécesseur. J’ai refait le point il...
ÉCONOMIE & FINANCE
 La suisse a le nez dans les étoiles
SPATIAL Une partie de l’équipe du Space Center de l’EPFL: Reto Wiesendanger (ingénieur), Maurice Borgeaud (directeur), Muriel Noca (cheffe du projet Swisscube, dont elle tient un modèle) et Frank de Morsier (doctorant). Luca Da Campo / Strates
Le 23 septembre 2009, une fusée de 230 tonnes décollait de la base spatiale de Sriharikota (dans l’est de l’Inde). «LE...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Montres Passion : Technologie
LISIBILITÉ : «Revêtus» de Super-LumiNova, cadran, lunette, index et aiguilles de la Blancpain 500 Fathoms Cannes 2009 «brillent» dans le noir.
Les 28 et 29 septembre à Montreux, au cours du 14e Congrès international de chronométrie consacré au «temps et au...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Décryptages : Convergence Euro
Il est des petites phrases qui pèsent lourd. Ainsi de la réponse de la ministre française de l’Economie à une...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Sandra Spagnol : "Dommage de ne pas saisir l’occasion d’une réflexion globale"
 Thierry Porchet
Avec 53,4% des voix, la révision de l’assurance chômage (LACI) a été nettement acceptée. Ce, malgré l’opposition tout aussi nettement...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Nestlé et Logitech prennent leurs quartiers à l’EPFL
PETER BRABECK-LETMATHE ET PATRICK AEBISCHER «L’EPFL est un centre unique dont nous voulons faire partie», a souligné le président du conseil d’administration de Nestlé, ici au côté du président de la haute école. EPFL
Il n’est pas courant que les hauts responsables de Nestlé avec, à leur tête, le président du conseil d’administration, Peter...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Notaires: Comment ils verrouillent leurs avantages
 Julie Berclaz
Stefan Meierhans en est persuadé: la vraie chance des notaires, en Suisse romande particulièrement, tient au fait que la plupart...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Electricité : Jean-Michel Cina "Le Valais est assis sur une mine d’or"
 Sedrik Nemeth
L’économie valaisanne est en plein essor en ce début d’année. Avec un taux de croissance de son produit intérieur brut...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Pascal Strupler : L’urgentiste de la nation
51 ANS Directeur de l'Office fédéral de la santé publique Keystone
Cette semaine, Pascal Strupler subira un baptême du feu un peu particulier: il devra annoncer pour la première fois une...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Daniel Borel : «Nous vivons un moment magique»
 Keystone
Un cube de verre et d’acier planté en plein chantier. C’est là, dans ce bâtiment flambant neuf dont l’intérieur est...
12