Le vigneron monte à sa vigne, et Prince aussi. Emboîtant le pas à Emile Jaques-Dalcroze et à Gilles, le surdoué chante la lumineuse beauté de Lavaux. L’office du tourisme se pâme d’aise. Cette version funky du «y en a point comme nous» est un cadeau promotionnel inespéré. Même plus besoin de brûler un casino pour qu’on parle de la région. Et merci à Franz Weber: sans lui, la ziggurat de béton que serait Lavaux n’aurait inspiré que de l’ennui à Prince.
Lavaux révèle deux intéressants blocages psychologiques. D’abord, un complexe de provincialisme indécrottable. Notre beau pays épargné par les guerres serait bien peu susceptible d’inspirer les stars. Or voilà que Sa Seigneurie Prince, Love Symbol de Minneapolis, lance inopinément sa Little Red Corvette sur la route de la Corniche et trouve un goût de Raspberry Beret au Dézaley. Nous voici pleinement citoyens du monde! Dans la prochaine Fête des vignerons, Lavaux s’insérera harmonieusement entre le Ranz des Vaches et Allons danser sous les ormeaux.
L’autre tendance, universelle, est de sous-estimer la complexité des êtres. Nous nous rêvons monolithes, nous sommes mosaïques. Ainsi Neil Young qui sème le larsen et chevauche les tempêtes collectionne les trains électriques. Hergé, scout toujours, appréciait Pink Floyd. Aujourd’hui Prince, héraut du funk, butineur frénétique de femmes, Dirty Mind autoproclamé, nous apprend qu’il aime le chocolat et nos Alpes de neige. Il va falloir refaire les étiquettes.
LITTLE RED CORVETTE SUR LA ROUTE DE LA CORNICHE.
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