MUSIQUE
Profession écrivain-rock star

Par Luc Debraine - Mis en ligne le 08.08.2012 à 12:19

Le succès des autobiographies de Patti Smith et de Keith Richards reflète un phénomène d’édition plus large.

Quelle Patti Smith le festival For Noise, à Pully, accueillera-t-il le 25 août au soir? La musicienne, la poétesse, la photographe ou plutôt l’écrivain à succès, dont le livre Just Kids est un succès international? A tel point que le récent disque de Patti Smith, Banga, peut être vu comme une suite de son récit de jeunesse new-yorkaise en compagnie de Robert Mapplethorpe. Une impression renforcée par l’édition «Deluxe» du disque qui prend la forme d’un livre alternant textes et images de haute tenue.

Just Kids, dont l’édition de poche a paru cet été en français, s’est davantage vendu que tous les disques de l’ex-égérie punk. Le phénomène touche aussi Life, l’autobiographie de Keith Richards: les deux millions d’exemplaires écoulés à ce jour surpassent d’un bon bout les scores des deux albums solos du guitariste des Rolling Stones.

Just Kids et Life sont deux excellents livres, l’un à la claire ambition littéraire, l’autre habile à entremêler les souvenirs sexdrugs- and-rock’n’roll avec de doctes considérations artistiques. Mais leur succès critique et commercial n’est pas isolé, en particulier aux Etats-Unis. My Cross to Bear, les mémoires de Gregg Allman, légendaire chanteur guitariste des Allman Brothers, a figuré plusieurs semaines cette année dans la liste des best-sellers. Comme les récentes autobiographies de la chanteuse Carole King, de Sammy Hagar, l’ancien hurleur en chef du groupe Van Halen, ou de Steven Tyler d’Aerosmith. Et les milieux de l’édition aux Etats-Unis attendent avec impatience cet automne les mémoires de Neil Young et de Pete Townshend, des Who. Deux artistes dont l’intelligence et le talent d’écriture devraient, là aussi, inscrire l’autobiographie rock’n’roll dans le registre de la bonne littérature, une sphère qui lui était jusqu’ici étrangère, à quelques exceptions près.

Ce changement de statut, doublé du phénomène éditorial, tient à des créateurs comme Patti Smith ou Pete Townshend, qui se définissent avant tout comme des chroniqueurslittérateurs. Le rusé Keith Richards, lui, a fait appel à l’excellent journaliste britannique James Fox pour mettre sa mémoire en forme, au prix d’un travail de cinq ans.

L’époque explique aussi le succès du genre. Sexagénaires, confrontés à des ventes de disques qui souffrent de la nouvelle économie du Net, des artistes ont la tentation de prouver qu’ils sont toujours des rock stars, cette fois sur pages blanches ou à l’encre électronique. Les avances des éditeurs – 7 millions de dollars pour Keith Richards – les font également réfléchir, surtout en vue de leurs vieux jours. Ainsi que la volonté de rectifier des destins individuels qui ont connu les mêmes distorsions et amplifications que les guitares.

De grands noms manquent encore à l’appel des mémoires pop, celles qui valent vraiment la peine d’être rédigées à la première personne: Paul McCartney, Mick Jagger, Elton John, Bruce Springsteen ou David Bowie. Mais bientôt?

For Noise Festival, Pully. Du 23 au 25 août. www.fornoise.com
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