Philipp M. Hildebrand, à la BNs depuis 2003.
L’homme de réseaux. Né à Berne en 1963, d’origine lucernoise, le nouvel homme fort de la BNS passe sa prime jeunesse à Zurich, avant de partir aux Etats-Unis avec sa famille et son père, cadre chez IBM. Jusqu’à l’université, il mène de front sport (natation) et formation. Et rate de peu un ticket pour les JO de 1984. Son cursus entre science politique et économie le conduit, entre autres, aux Hautes Etudes internationales (HEI) de Genève, à l’Université Harvard et à celle d’Oxford pour son doctorat. Durant ce temps, comme étudiant, il travaille régulièrement au World Economic Forum. Des années où il cultive des amitiés, comme avec le professeur genevois et ancien du conseil de la BNS, Alexandre Swoboda. Et surtout, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, formé à Oxford et témoin de mariage de Philipp et Kashya Hildebrand, une experte d’art passée par la finance. Son fils a pour parrain Philipp Hildebrand.
Gotha. Dès 1995, Philipp Hildebrand œuvre pour Moore Capital Management, un puissant hedge fund américain. Depuis 1996, il prend part aux réunions de la Réserve fédérale de Kansas City, un lieu où le gotha des banquiers centraux accourt chaque été. Retour en Suisse en 2000 chez Vontobel, puis l’UBP, avant d’accéder au directoire de la BNS en 2003. Nommé vice-président en 2007, il figure dans de nombreux réseaux savants (Centre d’études monétaires et bancaires, à Genève), d’élite (Rotary Club Zurich) et internationaux (l’OCDE, Conseil de stabilité financière, Groupe des 30).
Thomas J. Jordan, à la BNs depuis 1997.
Le gardien du temple. Impassible, le futur vice-président de la BNS, Thomas Jordan, donne le sentiment d’être toujours sur ses gardes. A l’écouter, on se dit que, pour ce Biennois né en 1963, la Banque nationale, c’est un peu sa vie. «Au détriment de la famille ces derniers mois», regrette ce père de deux garçons.
Mentor. Fils de juge, il étudie l’économie à l’Université de Berne. Un lieu où il partage sa passion pour la monnaie avec son «mentor» et directeur de thèse, le professeur Ernst Baltensperger, monétariste convaincu, coauteur du premier Livre blanc (1991) et actuel directeur du Studienzentrum de la BNS, à Gerzensee. Sa thèse bouclée en 1993, il part au département d’économie de l’Université Harvard pour trois ans. Sur place, un autre économiste l’inspire, Benjamin Friedman, et il y noue une amitié avec un compatriote, Aymo Brunetti, devenu depuis le chef économiste de la Confédération au Secrétariat d’Etat à l’économie. En 1997, la BNS l’embauche et il y croise un professeur entendu jadis à l’Université de Saint-Gall, Bruno Gehrig. Un des grands travaux du Biennois, avec un autre cadre la banque – Michel Peytrignet – est la révision de la stratégie de politique monétaire de la BNS, après les errements de celle-ci dans les années 90 qui avaient conduit à une politique ultrarestrictive et des pertes d’emplois par milliers. Entré au directoire en 2007, il y sera désormais le doyen de la BNS et la représentera à Berne. Côté critiques, les syndicats l’ont traité d’«académicien doctrinaire».
Jean-Pierre Danthine, à la BNS dès 2010.
L’universitaire manager. Né en 1950 à Havelange (Belgique), d’un père médecin et d’une mère politicienne (Parti social-chrétien), Jean-Pierre Danthine étudie chez les jésuites. En 1969, sur conseil de son oncle, l’économiste Jacques Drèze, il choisit l’économie à l’Université de Louvain. Etudiant, le futur directeur de la BNS y milite et lutte, entre autres, pour inviter comme enseignant l’économiste et dirigeant trotskiste, Ernest Mandel. Dès 1972, avec l’aide de son oncle, il s’envole pour l’Université Carnegie Mellon, à Pittsburgh. Financé par la Fondation Ford, il fait une thèse dirigée par Robert Lucas et Edward Prescott, deux futurs Prix Nobel. Enseignant à Columbia (1976-1980), il arrive à l’Université de Lausanne (Unil) et succède à Ulrich Kohli, l’actuel chef économiste de la BNS.
Entrepreneur. Auteur de dizaines d’articles, Jean-Pierre Danthine a aussi le sens de l’institution. Ancien vice-recteur de l’Unil, il œuvre à la création du Centre de recherche FAME (1996-2005) et du Swiss Financial Institute (dès 2005). Deux instituts d’abord financés par les milieux bancaires et au sein desquels Jean-Pierre Danthine possède des amitiés, comme avec le banquier privé, Patrick Odier. A l’instar d’Alexandre Swoboda, Jean-Pierre Danthine est membre du comité du Centre d’études monétaires et bancaires, présidé par Philipp Hildebrand. Son cousin, Damien Neven, professeur aux HEI, est aussi chef économiste à la Commission européenne. Enfin, il retrouvera à la BNS l’un de ses ex-doctorants, Michel Peytrignet.
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