Vivre plus vieux pour gagner moins. Dans la campagne qui s’ouvre pour la votation du 7 mars sur le 2e pilier, les adversaires de la baisse du taux de conversion auront beau jeu de détourner l’adage sarkozien. Que proposent le Conseil fédéral, la majorité des Chambres, les partis de droite et économiesuisse? De vivre plus longtemps mais avec moins. Ils brisent ainsi une des promesses cardinales de l’Etat social bâti ces dernières décennies: l’assurance d’une retraite sans soucis financiers majeurs. En pleine montée du chômage due à une crise économique, qui est aussi une crise du modèle de société, la manœuvre est explosive.
Dans cette affaire complexe, dont la technicité actuarielle risque d’effrayer le citoyen, la Berne fédérale a agi avec précipitation. Avant de s’attaquer au 2e pilier, il aurait fallu, impérativement, solidifier le premier. La onzième révision de l’AVS patine depuis des années. Gouvernement et Parlement se sont révélés incapables de forger un compromis offrant une retraite digne (et flexible à ceux qui en ont besoin), comme ils ont échoué à imaginer le financement de l’ensemble de l’AVS à long terme. Des tonnes de rapports, des centaines d’heures de débat, et toujours rien qui conjugue nécessités sociales et responsabilités financières. Pire, s’est installé un climat d’inquiétude et d’égoïsme où la solidarité entre générations est sadiquement écartelée.
C’est dans ce contexte malsain qu’est venu se greffer le débat sur le 2e pilier (le dernier d’ailleurs pour la plupart des gens). En 2003, le taux de conversion a été une première fois baissé de 7,2 à 6,8% (d’ici à 2014). Sans attendre les effets, le Parlement a décidé de passer à 6,4%.
L’augmentation de l’espérance de vie est un heureux phénomène, qui dénote l’amélioration des conditions de vie de la population. Pourquoi en faire une calamité, un argument pour réintroduire le spectre de la misère ou des fins de mois difficiles après une vie de labeur?
Il n’y a aucune urgence à décider maintenant d’une baisse du taux de conversion. Il faudra donc voter non le 7 mars. Une manière d’obliger le Conseil fédéral et le Parlement à plancher rapidement et efficacement sur l’âge de la retraite. Puis à lorgner du côté de la TVA pour continuer à financer un édifice de l’assurance vieillesse dont nous étions si fiers jusqu’à il y a peu, et qui constitue un des ciments de l’identité nationale. A l’horizon 2015, il sera grand temps de refaire les comptes et de voir si le taux de rendement minimal de l’épargne forcée que représente notre 2e pilier doit être revu. Ou pas.
LA ONZIÈME RÉVISION DE L’AVS PATINE DEPUIS DES ANNÉES.
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