DIX VILLES - SPECIAL USA
Provo, la ville où naissent les Mormons

Par ISABELLE FALCONNIER UTAH - Mis en ligne le 03.10.2012 à 12:24

RELIGION. Provo, dans l’Utah, abrite le Missionary Training Center et la plus grande université de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Plongée au cœur de la machine de guerre mormone qui a fabriqué le candidat Romney.

Leur nom est écrit sur leur chemise. Elder Foster, Elder Strom, Elder Beaumont, Sister Emily, Sister Garrett. Sister, c’est pour les filles, Elder, pour les garçons. Ils ont 19 ou 21 ans, ils viennent du Kansas, de Californie, du Canada ou de l’Utah et ils s’apprêtent à partir en France ou au Québec pour de longs mois – 18 pour les filles, 24 pour les garçons – de missionnariat au porteàporte. Ils ont neuf semaines pour apprendre le français: leur professeur a 28 ans, il vient de passer deux ans à Montréal. Du matin jusqu’au soir, ils répètent en français conjugaisons, textes bibliques et formules de présentation. «Bonjour, je m’appelle Elder Foster, comment allez-vous aujourd’hui?» «Je sais que ce ne sera pas facile mais je sais que je serai heureuse de le faire.» Sister Emily a une sœur qui a servi en Roumanie, le frère de Beaumont est allé en Serbie. Tous ont un parent ou un frère qui est parti en mission. Ils ont moins envie de découvrir le monde que de «servir». Ils portent costume et cravate, blouse et jupe sous les genoux pour être «reconnaissables». «Nous nous habillons sérieusement parce que notre message l’est.» Ils savent qu’ils se lèveront tôt, 6 h 30, que toute la journée ils sonneront aux portes, aborderont les gens dans le bus ou les parcs publics, et entameront la conversation sans aucune idée de la réaction de leur interlocuteur. «En Amérique latine, en Afrique, c’est plus facile. En Europe, moins... Mais en aimant les gens on devient moins nerveux.» Pendant deux ans, logés dans des appartements loués par l’Eglise, pas de sorties, pas de fiancé(e), pas de cinéma, pas de Facebook. Un seul jour de la semaine pour écrire à leur famille ou leurs amis. «Nous voulons partager nos valeurs, nous savons qu’elles sont bonnes. C’est une expérience formidable. Nous revenons plus performants dans tous les domaines.»

Destination inconnue. Nous sommes à Provo, Utah, dans une salle du Missionary Training Center de la Church of Jesus Christ of Latter-Day Saints (MTC), autrement dit le cœur de la machine prosélytique mormone.

Chaque mercredi, 4000 jeunes arrivent du monde entier dans le centre ouvert en 1976, le plus grand des 14 que compte l’Eglise dans le monde. Deux mille mormons âgés de 19 à 60 ans sont en permanence logés et formés dans le centre, et 21 000 missionnaires en sortent chaque année avant d’être envoyés dans l’une des 334 missions de l’Eglise réparties dans 120 pays. Cinquante-cinq langues sont enseignées, uniquement par 900 enseignants missionnaires de retour du pays en question, coréen ou estonien y compris. En 2012, 57 000 missionnaires mormons ont été envoyés à travers le monde. Entre 15 et 20% de femmes, 5% de seniors: s’il est fortement attendu des jeunes hommes mormons de donner deux ans de leur vie, pour les jeunes filles, c’est optionnel, mais en progression constante. Les seniors doivent être en couple. Les candidats missionnaires reçoivent leur affectation par la poste via un courrier signé du Collège des Douze Apôtres de l’Eglise directement, instance basée au quartier général à Salt Lake City et qui assiste la présidence suprême de l’Eglise en matière d’implantation et de croissance de l’Eglise dans le monde. Pas en pays musulmans, qui ont gentiment expliqué que les missionnaires mormons n’étaient pas les bienvenus, ni en Chine.

«Mais nous sommes dans ces pays avec des services humanitaires», explique Spencer Christensen. Spencer Christensen est le responsable des ressources humaines du MTC. Ses ancêtres vivaient à Zermatt et se sont convertis en 1874 avant de traverser l’Atlantique pour s’installer en Utah. «Cela vaut des années d’études, d’aller en mission!» A 19 ans, il a passé deux ans au Texas près de la frontière mexicaine avant de travailler comme attaché parlementaire à Washington puis de rejoindre le centre missionnaire. Il y a quelques années, il a cessé de travailler pendant trois ans pour servir comme président de mission au Texas. Sans paie, sur ses économies. Ses enfants étaient ravis – son fils attend d’un jour à l’autre sa lettre de mission et sa fille de 16 ans attend avec impatience d’avoir les 21 ans requis pour les femmes. «Les jeunes missionnaires sont plus motivés que les autres. Ils savent ce qu’ils veulent, sont honnêtes et sincères.»

Exode mormon. Etalée dans la vallée de l’Utah au sud de Salt Lake City et du Grand Lac Salé, au pied des montagnes Wasatch, Provo, 112 000 habitants, a été fondé en 1849 par 33 familles mormones fuyant les persécutions plus au sud. Ils faisaient partie des 86 000 pionniers du grand exode mormon menés sur 2000 kilomètres entre 1845 et 1860 par Brigham Young, successeur du fondateur de l’Eglise, Joseph Smith, assassiné en 1844. De l’Illinois, ils s’établirent dans la vallée du Grand Lac Salé, dans les montagnes Rocheuses, dès 1847. Les premiers pionniers étaient Américains, puis des dizaines de milliers d’Européens, Britanniques, Allemands, Scandinaves, Français ou Suisses, traversèrent l’Atlantique pour se rendre dans l’Utah grâce au Fonds perpétuel d’immigration mormon.

Deux rues principales, University Avenue et Center Street, se croisent à angle droit. Au carrefour, l’imposant chantier du Provo City Temple, dont les murs s’élèvent sur les ruines du Tabernacle, incendié en 2010. Ce sera le 16e temple mormon en Utah, le 166e dans le monde, celui de Berne, en Suisse, étant le premier construit hors des Etats-Unis en 1955. On montre patte blanche à l’entrée des 560 acres du campus de l’Université Brigham Young (BYU) fondée en 1875, la mère des quatre universités mormones du pays. Trois cents bâtiments, 30 000 étudiants admis sur dossier, 98% de mormons issus d’une centaine de pays différents, Canada, Mexique et Corée du Sud en tête. Des voiturettes de golf pour promener les visiteurs, un gigantesque Marriott Conference Center où chaque mardi à 11 h un orateur vedette – dont Mark Zuckerberg ou Condoleezza Rice l’an dernier – vient proposer une heure de spiritualité. Le propriétaire de la chaîne hôtelière Marriott, mormon, est un grand donateur de l’université, qui a du coup inauguré une Marriott School of Management des plus cotées. La BYU collectionne les récompenses: un 1er rang des campus les plus sécurisés, une place dans le top 15 des universités les plus appréciées par les recruteurs, une première place dans le classement des écoles les plus sobres – pas étonnant puisque les étudiants signent à leur arrivée un code d’honneur par lequel ils s’engagent à ne pas boire, ni fumer, ni se droguer, ni avoir des relations sexuelles hors mariage.

Pas de café, pas de sexe. Sur la pelouse centrale, une statue de Brigham Young sculptée par son petit-fils Mohoni Young, né l’année de la mort de son grand-père. Sur les flancs de la montagne au-dessus, un grand Y blanc peint en 1911. «Ils voulaient écrire BYU mais le Y a pris tant de temps qu’ils se sont arrêtés là», rigole Sean, étudiant en économie et guide du campus. Ses frères sont allés en mission en Russie et en Haïti. Lorsqu’il a reçu la lettre lui indiquant Washington comme lieu de mission, il a éclaté de rire. «Je n’ai pas eu besoin d’apprendre de langue!» Pas de police des mœurs sur le campus. «Impossible de mettre un surveillant derrière chaque étudiant, confie la responsable de la communication de l’université. Avec 30 000 étudiants, forcément quelques incidents sont à signaler. Un non-respect du code, que ce soit un cas de tricherie ou de fête alcoolisée, va de la discussion à l’expulsion. Nous encourageons les camarades à se soutenir entre eux en cas de problèmes. Personne, par contre, ne peut faire de dénonciation anonyme. Pour nous, tout incident est sérieux, car nous voulons qu’ils s’engagent. Ce sérieux est une des raisons qui fait que nos étudiants sont ensuite très demandés sur le marché du travail. S’ils ne sont pas capables de respecter notre code d’honneur, il y a d’autres universités.» Elle voit défiler dans le bureau des inscriptions des centaines de parents plus motivés que leur enfant. «On perçoit tout de suite quand les parents font pression sur leur fils ou leur fille pour qu’il ou elle intègre BYU, un endroit rassurant pour eux.» Sa propre fille de 21 ans, étudiante, s’est mariée sur le campus l’an dernier. Vingt-cinq pour cent des étudiants sont d’ailleurs mariés. Ils peuvent prendre leur bébé en cours, même si ce n’est «pas encouragé».

Marcos a 22 ans, une chemise impeccable. Il a grandi au Texas dans une famille hispanique devenue mormone quand il était enfant. A Dallas, il était souvent le seul mormon de sa classe. «Dans les anniversaires, lorsqu’on est enfant, il est difficile de réclamer de l’eau alors que tout le monde boit du Coca mais que vous n’y avez pas droit à cause de la caféine...» Il n’a aucun problème avec le code d’honneur. «J’ai toujours vécu selon ces règles.» Il a une petite amie mais ne se sent «pas prêt» pour le mariage. «Nous avons le droit de nous fréquenter mais pas de consommer. Nous pouvons nous embrasser! Chaque couple fixe la limite qu’il ne souhaite pas dépasser ensuite entre le baiser et l’acte sexuel.»

Les valeurs de Romney. Carlie, 18 ans, des parents mormons de l’Utah, lisse des mains sa jupe longue. Ses bonnes notes lui ont permis d’intégrer BYU l’an dernier, qu’elle a choisie pour «sa réputation et la présence de l’Eglise. Ici, je sais que je peux faire confiance aux autres. Ils sont honnêtes et n’attendent pas de moi des choses que je ne souhaite pas donner. J’ai vu des filles gâcher leur vie parce qu’elles avaient suivi leurs envies.» Carlie ne se mariera qu’avec un mormon. «C’est plus simple de ne pas être divisés sur les choses fondamentales.»

L’an dernier, le joueur de basket universitaire Brandon Davies était exclu de BYU pour avoir couché avec sa petite amie. The Universe, le journal de l’université, rapporte que «quatre individus ont été interpellés, et leur carte d’identité confisquée, parce qu’ils circulaient en skate-board» sur Campus Drive. Toujours sur le campus, rapporte The Universe, un étudiant a été pris en flagrant délit de présence dans la chambre de deux étudiantes, et expulsé.

Kelly Patterson, diplômé de Columbia et mormon de l’Idaho, enseigne les sciences politiques à BYU depuis vingt ans avec bonheur. Ailleurs, pense-t-il, il devrait sans doute «cacher» sa foi. «C’est une petite religion, mais cela va changer, même si elle est trop exigeante pour devenir un phénomène de mode comme le bouddhisme ou la méditation. La population américaine vote encore plus facilement pour un luthérien ou un protestant que pour un mormon, mais les nombreuses personnalités du monde des affaires, de la politique ou du show-business normalisent notre message. Romney connaît la même situation que Kennedy dans les années 60, premier président américain catholique et dont on disait qu’il prenait ses ordres au Vatican. Romney incarne les valeurs de notre Eglise, nous sommes fiers de lui, mais il n’est pas le candidat de l’Eglise. Septante pour cent des mormons sont conservateurs mais nous avons des sénateurs démocrates et républicains.» Il prédit une élection serrée. «Si Romney gagne en Ohio, il gagnera l’élection.»

Les lundis en famille. En sortant de Provo, l’Interstate 15 remonte le long du Grand Lac Salé de la vallée de l’Utah. Au nord, Centerville (70% de mormons, 10% de plus que la moyenne de l’Utah) s’étale proprement autour du centre commercial, du terrain de sport et des trois temples mormons. Scott et Denise Smoot habitent une villa au milieu d’autres villas alignées sur Sunset Circle. Dans la cheminée du salon, de fausses bûches qui rougeoient. Ils ont sept enfants. Aimee, l’aînée, 25 ans, est mariée avec Porter, 29 ans, qui s’apprête à accepter une offre de travail de la société Adobe. Il a passé deux ans en mission à Buenos Aires et pense être devenu un excellent communicateur grâce à cette expérience. «Lorsqu’on se fait cracher dessus, on apprend à être patient et à contrôler ses émotions.» Sydnee, 14 ans, la cadette, fait du cheval et aimerait bien travailler avec les animaux. Korbin, 18 ans, entame son université avant de partir en mission l’an prochain. Scott, commercial dans une entreprise, a grandi à Centerville dans une famille de sept enfants. Depuis deux ans, il assiste le bishop de sa paroisse, dix heures par semaine non rétribuées à organiser les activités, le bénévolat des uns et des autres, conduire les réunions. Tout en laissant 10% de ses revenus mensuels à l’Eglise.

Denise, fille de militaire, a grandi en Alaska dans une famille de dix enfants. Elle a fréquenté des non-mormons mais savait qu’elle n’allait pas en épouser un. Ses voisins ont 5, 6 ou 7 enfants. «Nous ne sommes pas contre le contrôle des naissances. Mais les enfants sont importants à nos yeux.» Denise est la responsable, dans sa paroisse, de la section de jeunes femmes. C’est elle qui donne la classe du dimanche matin et organise les activités bénévoles requises de la part de chacun. La semaine précédente, elle a appelé un foyer de sans-abris à Salt Lake City qui leur a proposé d’organiser des jeux avec les enfants du foyer. «Tout le monde donne de son temps, sourit Scott. Je n’aimerais pas vivre dans un endroit où l’on ne connaît pas son voisin.»

Lire la Bible. A 18 ans, les femmes font automatiquement partie de la Relief Society et se voient attribuer deux «sisters» à qui elles rendent visite une fois par mois. Denise s’occupe de deux femmes âgées, leur fait la conversation ou les conduit chez le médecin. «Parfois on s’entend avec, parfois pas, reconnaît Aimee. Mais ce n’est pas cela qui compte. On est là pour aider. Et si l’on déménage, c’est une bonne aide pour s’intégrer.» Scott et son fils de 18 ans, instructeurs bibliques, ont trois familles à charge qu’ils visitent régulièrement, lisant la Bible avec elles, aidant pour déneiger l’hiver ou faire de menus travaux dans la maison.

Tous les lundis soir, c’est family home evening chez les Smoot comme chez toutes les familles mormones: une soirée consacrée à la famille à travers des activités en commun, voire un simple repas avec lecture de la Bible ou du Livre de Mormon – les deux livres saints chez les mormons, le second étant le récit recueilli par Joseph Smith du prophète Mormon racontant l’histoire d’anciens habitants de l’Amérique ayant recueilli les dernières volontés de Jésus-Christ – suivie d’une discussion. «Lorsque les enfants grandissent, on se voit moins souvent, regrette Denise. Ce moment devient d’autant plus important.» Aimee, même si elle organise maintenant son propre family home evening avec son mari et ses enfants, a toujours adoré ce moment. «Ma maison m’est toujours apparue comme un sanctuaire. Je voyais la différence quand j’allais chez des amies non mormones: ils ne se parlaient pas, divorçaient.» Carlson, 18 ans, reconnaît que c’est parfois sans motivation qu’il réserve son lundi. «Je dis juste à mes amis non mormons que je ne peux pas les voir le lundi. Finalement je suis toujours content de l’avoir fait.» Tous les dimanches, ils se rendent à l’église pour trois heures de réunion: une première heure ensemble à célébrer la Sainte Cène, une deuxième heure hommes, femmes et enfants séparés pour l’Ecole du dimanche, puis une dernière heure consacrée à la Réunion de prêtrise pour les hommes et à la Société de secours pour les femmes. Chez les Smoot, pas de cigarettes, ni de café, ni d’alcool, ni de gros mots. «Ce n’est pas difficile lorsqu’on n’a connu que cela», sourit Aimee. «On ne force pas nos enfants, jure Scott. La manière dont nous les élevons les aide à être heureux. Je serais déçu si l’un de mes enfants buvait ou avait des relations sexuelles, bien sûr. J’aurais le sentiment que ma confiance a été trahie.» La polygamie? Eclats de rire. «C’était utile au XIXe siècle, lorsqu’il y avait des femmes seules sans ressources et qu’il y avait davantage de femmes que d’hommes membres de notre Eglise.

Mais c’est interdit depuis 1889 et c’est très bien comme cela!» Ils sont ravis du candidat Romney: «Qu’il gagne ou pas, cela oblige les gens à s’intéresser à nous. Qu’ils comprennent que nous ne sommes pas une menace pour les autres religions chrétiennes, même si nous considérons que notre manière de voir le christianisme est plus pure que la leur.»

Deux fois par an, ils vont à Salt Lake City assister à la conférence générale de l’Eglise dans le centre de conférence de 21 000 places – conférence transmise en direct sur Mormon Channel dans le monde entier – écouter le président actuel Thomas Monson.

Temple Square, Vatican des mormons. En face du Conference Center, le plus grand jamais construit, les 40 000 m2 de Temple Square, le Vatican des mormons, siège de l’Eglise, attraction touristique majeure de l’Utah avec 5 millions de visiteurs annuels. Juste de l’autre côté de Temple Street, City Creek Center, le plus grand centre commercial de l’Utah, a été inauguré ce printemps. C’est Thomas Monson lui-même qui a coupé le ruban en s’exclamant: «Un, deux, trois, let’s go shopping! Allons faire nos courses!» Normal: c’est l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui en est la propriétaire. Au cœur du centre commercial, Deseret Books, la librairie mormone, propose force biographies de Monson. Gratuits: des livrets de budget familial ou la liste des réserves conseillées pour un ménage – de quoi tenir trois mois en nourriture, eau et argent.

Quatrième religion des Etats-Unis avec 6 millions de membres en Amérique et 14 dans le reste du monde, l’Eglise compte 400 000 nouveaux membres chaque année, dont 150 000 par naissance et 250 000 convertis, surtout en Afrique et en Amérique latine. «Les convertis cherchent quelque chose de plus intense, de plus participatif que ce que leur offre leur religion de départ. Souvent, les catholiques ou protestants ne vont dans leur église qu’à Noël et à Pâques», constate Michael Otterson, directeur des affaires publiques de l’organisation. «La notoriété de Romney est à double tranchant. Elle nous fait connaître, certes. Mais si les journalistes ne mettent en avant que les étrangetés qu’ils constatent, cela ne nous sert pas. Lors des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002, des milliers de journalistes sportifs s’étaient déjà intéressés à nous. En 2012, ce sont des journalistes politiques. Je pense les premiers plus honnêtes. Trop souvent, les journalistes politiques croient déjà tout savoir.»

En 1823, le jeune Joseph Smith, 17 ans, affirme avoir reçu la visitation d’un prophète nommé Moroni lui ayant révélé l’emplacement de plaques d’or recouvertes de l’histoire du prophète juif Léhi fuyant Jérusalem et arrivant dans l’Amérique ancienne pour fonder la dynastie de Lamanites bien avant les peuplades précolombiennes. Aucun archéologue n’a jamais validé ces faits. L’historien qui guide les visiteurs dans le Church History Museum n’en a cure. «Je me sens différent des autres Américains. Nous connaître, c’est nous aimer. Les mormons ont séduit au XIXe siècle et séduisent toujours car les pionniers arrivant d’Europe avaient besoin du sens de la communauté proposé par Brigham Young. C’est aujourd’hui la religion la mieux organisée du monde. Et si les mormons donnent les consultants les plus réputés du monde des affaires, c’est que depuis tout jeunes nous sommes entraînés à parler en public, à nous entraider, à créer des liens, un réseau.»

Dissidents. Rédigé par une jeune femme mormone et immédiat best-seller, The Book of Mormon Girl de Joanna Brooks a semé le trouble dans la communauté cet été. Il révèle comment, à la suite de l’excommunication d’un groupe de féministes de l’Eglise, l’auteure prend ses distances avec ce qu’elle a adoré dans son enfance. «Ce livre...», soupire Jessica Moody, employée du service de presse de l’Eglise. «Il y a des voix différentes. Nous n’avons rien à en dire.» Jessica, styliste, a travaillé quelques années à Hollywood. «J’étais comme une extraterreste, je ne sortais pas, ne buvais pas. Du coup, mes employeurs me prenaient au sérieux. Ça marchait bien. Mais il manquait une dimension à ma vie.» Retour à la case Utah, mariage avec un mormon, jupe longue au travail. «Je vois dans mon couple que les hommes et les femmes sont différents. Cela fonctionne comme cela.»

Il est tard à l’aéroport de Salt Lake City. Deux familles attendent leurs garçons partis en mission. Elles ne les ont pas vus depuis deux ans. Lorsqu’ils arrivent dans l’aire d’arrivée, ils marchent droit vers leur mère, les serrent longtemps dans leurs bras. Les petites sœurs portent des pancartes, il est écrit: «Elder welcome home, you’re finally here. Tu es enfin de retour à la maison.»


MITT ROMNEY MORMON

Il a passé à Provo!

Mitt Romney est sorti diplômé en lettres de la Brigham Young University en 1971 après une année à Stanford puis deux ans de mission en France, épisode marquant puisqu’il revient aussi critique envers l’Europe que fervent supporteur de la guerre au Vietnam. A Provo, où il se marie en 1969 avec Ann, sa petite amie du lycée qui s’est convertie durant son absence, c’est la première fois de sa vie qu’il se retrouve mormon parmi les mormons. Car, s’il est un membre de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours de la 5e génération – son arrière-arrière-grandpère Parley Pratt en était un des premiers leaders, ses arrière-grands-parents ont fui les Etats-Unis pour le Mexique suite à l’interdiction de la polygamie et son père George est né au Mexique dans une colonie mormone –, Mitt est né dans le Michigan, où son père était actif dans l’industrie automobile. Diplômé en droit de Stanford après son bachelor à Provo, Mitt occupe ensuite tout au long de sa carrière dans les affaires, puis en politique, des positions engagées dans le clergé de l’Eglise mormone du Massachusetts. Entre 1986 et 1994, il avait par exemple la responsabilité de 12 paroisses, soit plus de 4000 fidèles. Bien que l’Eglise mormone ne défende officiellement aucun des candidats à la présidence, le soutien de sa communauté tout autant que de l’Etat de l’Utah est massif.

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