Il y a des générations. Des clans de présidents, étonnamment semblables dans l’approche, qui donnent une orientation globale. Aux anciens Bush, Poutine et Chirac (accompagnés de Schröder et de Berlusconi) avait succédé une volée fraîche et porteuse d’espoirs variables. Obama, Medvedev et Sarkozy avaient inauguré une ère de transparence, d’écoute et de rupture du protocole. Sur la forme du moins.
Quatre et cinq ans plus tard, les électeurs s’apprêtent à jeter les dés à nouveau. Le mélange des genres qui se dessine s’avère imprévisible: qu’est-ce qui unira le trio probable Obama-Poutine-Hollande lorsqu’il aiguillera la politique internationale au Conseil de sécurité de l’ONU? Et si c’était Gingrich-Sarkozy-Poutine?
QU’EST-CE QUI UNIRA LE TRIO PRESSENTI OBAMA-POUTINEHOLLANDE LORSQU’IL AIGUILLERA LA POLITIQUE INTERNATIONALE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L’ONU?
Après un mandat consacré à gommer la bipolarisation des années Bush, tant avec le monde arabe qu’avec l’espace de l’Est, comment Obama réagirait-il au manichéisme poutinien? En accusant Hillary Clinton de piloter les manifestations en Russie, Vladimir Poutine a réenclenché la rhétorique de la guerre froide. Le veto russe aux interventions en Syrie et en Iran n’est que le début d’une crispation sur les zones d’influence – plus encore si le «printemps» menace la Russie.
Entre ces deux vieux rivaux ravivés, François Hollande voudra-t-il se dégager une marge de manoeuvre? Avec la guerre en Libye, Sarkozy a démontré que la France n’avait pas perdu toute ambition internationale d’envergure. Mais le socialiste aura a coeur de rompre avec la figure de l’hyperprésident.
Il se tournera plus certainement vers la politique européenne – où l’héritage de Sarkozy n’est pas un mauvais legs. Ce recul de la France sur la scène politique internationale offrirait un tapis rouge à l’affrontement des mastodontes de l’Est et du Far West.
France
Etat du pays
Population 62,8 millions d’habitants
Densité de population 114 habitants par kilomètre carré
Produit intérieur brut par habitant 40 700 dollars en 2011 (prévision)
Taux de chômage 9,7% au troisième trimestre
Dette publique en 2011 86,8% du PIB (prévision)
Personnes de plus de 65 ans 16,8% de la population
Taux d’utilisateurs d’internet 80,1% des habitants
Taux de fertilité (2005-2010) 1,97 enfant par femme
Enjeux
A quatre mois de l’élection présidentielle française, il semble que la course, comme à l’accoutumée, se jouera à deux dès le premier tour, avec une opposition gauchedroite classique. Mais avant d’être véritablement politique, le duel qui se dessine entre François Hollande et Nicolas Sarkozy offre surtout le spectacle d’une opposition de style.
Le premier, énarque, candidat officiel du Parti socialiste après son succès aux primaires, se décrit comme «l’anti-Sarkozy» et aspire à devenir un président «normal». Le second, vainqueur en 2007 à la tête d’une «droite décomplexée», tente à l’inverse de capitaliser sur la force de caractère indispensable à un «homme d’Etat». L’opposition est frappante, d’autant plus que François Hollande n’a jamais été ministre.
Forcés de choisir entre un candidat «trop mou» et un président «trop agité», les électeurs pourraient se tourner vers le Front national, réincarné par Marine Le Pen. Reste aussi l’inconnue de la multiplication des candidats à droite (Villepin, Boutin, Morin...) et du centriste François Bayrou, accroché au souvenir des 18% obtenus en 2007.
Une chose est certaine, au vu de la situation économique en Europe et du niveau de la dette du pays, le candidat élu risque bien de devoir mettre ses ambitions programmatiques en attente. En 2012, quel que soit le nom du nouveau chef de l’Etat, ce dernier disposera d’une latitude d’action limitée, car l’austérité sera de rigueur.
Pronostics
Sauf grosse surprise ou accident de parcours, les deux ténors de la campagne devraient se retrouver au second tour. Largement en tête dans les sondages depuis la débâcle de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande devrait alors être en mesure de l’emporter, tant l’impopularité de Nicolas Sarkozy semble aujourd’hui enracinée dans l’opinion publique. Il ne faut cependant pas oublier la capacité du président français à mener campagne. S’il était élu, il reviendrait de très loin, alors que cet été encore, beaucoup remettaient l’opportunité d’une candidature en question.
Russie
Etat du pays
Population 143 millions d’habitants
Densité de population 8 habitants par kilomètre carré
Produit intérieur brut par habitant 13 235 dollars en 2011 (prévision)
Taux de chômage 6,4% en octobre
Dette publique en 2011 11,6% du PIB (prévision)
Personnes de plus de 65 ans 12,8% de la population
Taux d’utilisateurs d’internet 49,4% des habitants
Taux de fertilité (2005-2010) 1,44 enfant par femme
Enjeux
Quelle indélicatesse du calendrier. Si, en Occident, le printemps ne débute que le 21 mars, les acrobaties juliennes et grégoriennes l’ont placé au 1er mars en Russie – à la veille de la présidentielle. Un parfum printanier révolutionnaire pourrait donc souffler sur l’élection du 4 mars, diffusé par une révolte jamais vue de mémoire de Poutine. Les manifestations qui ébranlent le pays depuis les législatives du 4 décembre marquent un changement de paradigme fondamental.
Fidèle à sa lapalissade identitaire – qui place la Russie ni en Europe ni en Asie, mais en Russie... – la mentalité populaire considérait jusqu’alors les valeurs démocratiques comme étrangères. Voire douteuses. Poutine répondait à merveille à cet appel du peuple au patriarche juste et terrible.
C’est une véritable descente aux enfers de la popularité que vit le duo Poutine-Medvedev. L’annonce de la rocade aux postes de président et de premier ministre a égratigné la fierté citoyenne d’une nation qui s’embourgeoise depuis une décennie. Que la nouvelle classe moyenne parachève sa mue en prétendant soudain à ses droits démocratiques constitue le seul hic du «Plan Poutine» – le programme présidentiel que personne n’a jamais vu et qui légitime chaque pas du Kremlin.
S’il est arrivé par le passé que des citoyens descendent dans la rue, il s’agissait de groupes ciblés – les retraités en 2004, dont les avantages sociaux avaient été biffés. Jamais un motif global – la démocratie – n’avait rassemblé tant ni touché la population bien lotie.
Pronostics
En l’état, l’absence d’alter ego dans le camp de l’opposition assure l’élection de Poutine, qui sera juste moins éclatante que d’habitude. Personne n’a les moyens de le déloger. L’Occident voit certes un messie en l’ex-champion d’échecs Garry Kasparov, mais celui-ci prêche dans le désert en son pays.
Le sulfureux Edouard Limonov ferait un challenger charismatique, mais porte le stigmate du mal nommé Parti national-bolchévique. Quant à l’entrée en course du milliardaire Mikhaïl Prokhorov, si elle rappelle furieusement l’affaire Khodorkovski, elle ne devrait pas se clore si tragiquement. Il pourrait faire un score honorable, si Alexeï Koudrine, ministre des Finances limogé par Medvedev, s’y joignait pour créer une nouvelle droite.
Etats-Unis
Etat du pays
Population 310,4 millions d’habitants
Densité de population 32 habitants par kilomètre carré
Produit intérieur brut par habitant 48 150 dollars en 2011 (prévision)
Taux de chômage 8,6% en novembre
Dette publique en 2011 100% du PIB (prévision)
Personnes de plus de 65 ans 13,1% de la population
Taux d’utilisateurs d’internet 79% des habitants
Taux de fertilité (2005-2010) 2,07 enfants par femme
Enjeux
En novembre 2010, le revers subi par Barack Obama et les démocrates lors des élections de mi-mandat attestait de la mauvaise santé économique du pays. La situation ne s’est guère améliorée depuis: avec un taux de chômage avoisinant les 9%, un marché immobilier moribond et une dette croissante dépassant les 14 000 milliards de dollars, le bilan économique du président américain est plus que mitigé.
Ses détracteurs ne le savent que trop et le relèvement de l’économie américaine est incontestablement l’enjeu qui devrait cristalliser le débat durant toute la campagne présidentielle.
La réforme de la santé et la gestion de l’immigration illégale devraient également constituer des pommes de discorde entre démocrates et républicains. Ces derniers se sont farouchement opposés à toutes les prises de position des démocrates en la matière, les qualifiant d’initiatives «socialistes».
En politique étrangère, les actions de Barack Obama sont remises en cause par ses adversaires. Ils critiquent son manque de fermeté sur l’échiquier international. Pourtant, le bilan du démocrate est positif. Héritant de deux guerres en début de mandat, il a su s’attirer les faveurs d’une majorité d’Américains en diminuant les engagements militaires du pays tout en réussissant un coup fumant avec la mort d’Oussama Ben Laden.
L’extrême polarisation de l’électorat américain devrait encore complexifier les enjeux de l’élection présidentielle. Entre les indignés de Wall Street à gauche et le Tea Party à droite, les candidats chercheront à rallier à leur cause les électeurs centristes.
Pronostics
Candidat à sa propre succession depuis le 4 avril 2011, Barack Obama a vu sa cote de popularité s’étioler au cours de son mandat pour se fixer aux alentours de 45%. Multipliant les conférences de presse, les déplacements électoraux et la collecte de fonds pour sa campagne, le démocrate a toutefois une longueur d’avance sur ses adversaires potentiels.
Car face à lui, les républicains peinent à identifier un candidat plausible en vue de l’élection générale, ce qui ne s’est jamais passé depuis la Seconde Guerre mondiale. Bête de campagne, Barack Obama a toutes les cartes en main afin de rempiler pour un second mandat.
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