On peut le croiser en train de rire à la Maison-Blanche, de boire un verre avec Snoop Dogg, ou se baladant les mains dans les poches sur un trottoir montreusien, il se comporte la même chose. C’est-à-dire une simplicité vraie et une aura: celle du Parrain, le Godfather, le Capo di tutti capi de la musique. Il y a chez lui cet étrange mélange de seigneur et de gamin de la rue, sourire et douceur construite sur la dureté des origines dans le ghetto de Chicago: à 77 ans, il sait toujours d’où il revient.
Lorsqu’il arrive au Brassus, vendredi 9 juillet, Quincy Jones a cette même gentillesse. Il serre des mains dans les ateliers de la marque horlogère Audemars Piguet avec un geste pour chacun, quelques secondes pour signer une photo ici, pour s’amuser à prendre la pose là. C’est aux Etats-Unis qu’est née sa collaboration avec la marque vaudoise: le CEO américain, François-Henry Bennahmias, est un ami. Il a fallu trois ans de travail pour que sorte un modèle Quincy Jones en série limitée de 500 exemplaires (une Millenary noire, le cadran évoquant le clavier d’un piano), opération mâtinée d’un don d’Audemars Piguet à la fondation du musicien, engagée en faveur de l’enfance. La marque ne veut pas donner de chiffre, mais le montant d’un million de dollars a été évoqué par la presse américaine. Quant aux montres, elles sont déjà vendues (19 900 francs pièce), et l’on songe à une nouvelle série.
«Watch junkie». Lorsqu’il parle de la Suisse, Q (dites kiou) commence donc à causer montres, se définissant comme un historique watch junkie, qui portera désormais uniquement celle à son nom. Mais son lien à la Suisse est ancien: première visite, en 1953, alors qu’il était trompettiste chez Lionel Hampton. Il a 20 ans à l’époque, décide «que pour comprendre un pays, il faut s’intéresser à sa musique, à sa langue et à sa nourriture». Son goût immodéré pour la fondue est légendaire, ça ne l’empêchera pas d’aller manger chez Philippe Rochat le soir même. Il dit adorer l’Europe et la Suisse parce qu’ici, contrairement aux Etats-Unis, «tout est juste à côté», mer et montagne, villes et amis. L’un d’eux est un frère: Claude Nobs représente à lui seul la Suisse de Quincy. Il dit évidemment que de la terrasse du fondateur du Montreux Jazz, «on a la plus belle vue du monde» et que le festival est le plus fabuleux trésor de musiques qui soit. Il y joue ce vendredi 16 juillet, dirigeant un quintet latino-ensoleillé, le Global Gumbo All Stars. Gumbo parce que c’est la cuisine des mélanges, encore. Son prochain disque, avec Amy Winehouse, Akon ou LL Cool J, sortira cette année et s’appelle Soul Bossa Nostra: le Parrain est toujours aux affaires. Q remercie, signe une autre photo, embrasse, ne regarde pas sa montre.
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