LA GENESE
La paternité du premier téléphone portable est attribuée à Motorola, ex-division télécom de l’armée américaine. Alors que les téléphones «portables» de l’époque se cantonnaient aux voitures, le fabricant crée une véritable révolution en 1973 avec un modèle mesurant 25 cm (sans l’antenne) pour un poids de 783 grammes. La batterie intégrée proposait une autonomie de 60 minutes en communication, mais présentait le défaut majeur de nécessiter… une dizaine d’heures de chargement.
Ce ne sera finalement qu’en 1983, après quinze ans de développement et plus de 100 millions de dollars investis, que Motorola commercialisera son premier modèle au prix de 3995 dollars (l’équivalent de 18 500 francs aujourd’hui!). Un succès commercial sans précédent qui va lancer la course à la mobilité et positionne d’entrée Motorola en tête.
LE BOOM
Le premier coup d’accélérateur viendra d’Europe. Un consortium d’opérateurs de télécoms et d’équipementiers (dont Nokia, Ericsson, Siemens, Alcatel, Philips, France Télécom, Deutsche Telekom, British Telecom) s’accorde, au début des années 90, sur une bande de fréquences spécifiques aux communications sans fil: le GSM (Global System for Mobile), qui numérise la voix sous forme de bits. Appelé aussi standard de 2e génération (2G), celui-ci deviendra la norme la plus populaire au monde.
Parallèlement, les portables deviennent véritablement «mobiles» grâce à la miniaturisation. Entre 1970 et 2000, la puissance des composants a été multipliée par 100 000 et leur prix divisé par plus de 10. Durant cette première phase de croissance, les enjeux fondamentaux sont question de réseaux. Ce qui explique pourquoi leurs constructeurs, comme Motorola, Nokia ou Ericsson, ont à ce point dominé durant des années le marché des téléphones mobiles – qu’ils fabriquaient aussi.
L'INTERNET MOBILE
C’est grâce au finlandais Nokia, qui sort en 1999 le 7110 capable de surfer sur l’internet, que la téléphonie mobile connaît sa seconde révolution. Alors que peu d’ordinateurs sont équipés de l’internet, le WAP (Wireless Application Protocole), sorte de version allégée du web, permet de consulter des informations et de lire ses e-mails sur un site compatible. Ce service, promu par Nokia, Ericsson, Motorola et Microsoft notamment, profitera de l’avènement, dès 2001, du standard GPRS (ou 2,5G), lequel permet de rester connecté en permanence. Puis de la 2,75G (EDGE), qui répond aux exigences de débit toujours plus élevées, liées aux nouveaux services tels que le MMS (envoi de photo) – service grâce auquel le WAP ne se soldera pas par une déconfiture totale.
Une autre révolution technologique s’imposera elle aussi comme un standard: le Bluetooth, du suédois Ericsson. Disponible dès 2001 sur ses mobiles à clapet, cette norme de transmission de données sans fil entre deux appareils lui permet de s’imposer comme le challenger de son voisin finlandais.
Mais c’est encore Nokia qui crée, en 2003, la surprise en commercialisant un appareil aux capacités décuplées, équipé de la technologie W-CDMA ou UMTS (Universal Mobile Telecommunications System), qui offre un accès à l’internet à haut débit (1,92 Mb/s contre 9,6 kb/s pour le GSM). Cette 3e génération (3G) a surtout permis de résoudre les nombreuses incompatibilités entre les différentes normes. Ainsi, Nokia renforce encore sa place de numéro un mondial au nez et à la barbe du japonais NTT Docomo, alors numéro deux. Celui-ci travaille pourtant depuis deux ans sur la mise en place d’un tel réseau de transmission de données.
LE BUREAU MOBILE
A partir des années 2000, les «simples portables» sont de véritables couteaux suisses numériques, cumulant de multiples fonctions liées au nomadisme. Tout d’abord extension du PC, le portable possède un écran couleur (Sony Ericsson T68i), envoie des messages de différents types, supporte des fichiers plus lourds, accède à l’internet et à des contenus multimédias (N95 de Nokia), sert de montre, chronomètre, télécommande, baladeur audio (UpRoar de Samsung) et vidéo, d’appareil photo, de console de jeux (N-Gage de Nokia), de TV ou de GPS.
Le phénomène de mode s’est mué en un outil économique avec toutes les facilités et les libertés nécessaires aux travailleurs: le bureau mobile est né. En 2005, une étude de la London Business School démontrait que lorsqu’un pays améliorait son taux d’équipements mobiles de 10% son produit intérieur brut (PIB) s’accroissait de l’ordre de 0,5%.
En intégrant les fonctionnalités d’assistant numérique personnel (agenda, calendrier, courriel, etc.), le téléphone devient «intelligent». Le smartphone arrive alors sur le marché avec le BlackBerry du fabricant canadien Research in Motion (RIM) et devient un best-seller chez les businessmen. Les principaux fabricants de l’époque (Nokia, LG ou Samsung) se lancent dans l’aventure, sans vraiment convaincre.
GRAND PUBLIC
La dernière révolution commerciale sera l’œuvre du géant américain de l’informatique Apple. En 2007, il lance à grand renfort marketing l’iPhone qui n’apporte pas vraiment d’innovations – l’appareil photo, le MP3 et autres ayant déjà été lancés. En revanche, et c’est là tout le génie d’Apple, tous les boutons ont disparu au profit d’un écran tactile! De même, la marque impose un standard incontournable aujourd’hui: les applications. Avec tout d’abord un accès à son très populaire service iTunes (téléchargement de musique), lequel est disponible depuis cinq ans sur son iPod. Un modèle qu’il répliquera avec l’App Store (téléchargement d’applications).
Multifonctionnel et privilégiant une «expérience utilisateur» simple et agréable, l’iPhone s’est rapidement imposé comme LE standard de la convergence entre vie professionnelle et vie privée. L’explosion des usages mobiles propulse la firme à la pomme au firmament des constructeurs d’appareils multimédias, vingt ans après qu’elle a failli disparaître.
Grâce au buzz créé par Apple, les ventes de smartphones dépassent, l’an dernier, celles des mobiles classiques. Mettant au tapis les ex-stars du secteur Nokia, Motorola et RIM. Tous trois ont raté le coche du tactile, du magasin de services à télécharger ou du cloud. Résultat, les plans de redressement se sont enchaînés, biffant 17 500 postes chez Nokia, 4000 chez Motorola depuis son rachat par Google au printemps dernier et 5000 chez RIM.
Ironie du sort, le premier smartphone a été conçu par un autre leader américain de l’informatique, IBM, en... 1992. Mais à cette époque, la téléphonie mobile en est à ses débuts. Il aura donc fallu attendre que les réseaux évoluent pour offrir les débits nécessaires aux multifonctionnalités des smartphones.
17 juin 1946 - LE PREMIER TELEPHONE MOBILE
Un chauffeur de Saint Louis, aux Etats-Unis, passe un appel depuis un téléphone installé dans son véhicule. Le premier appel mobile de l’histoire est le fruit du travail de l’entreprise Bell Labs.
3 avril 1973 - DYNA TAC, PREMIER TELEPHONE SANS FIL
Motorola présente le premier téléphone portable de l’histoire, le Dyna TAC. Pour l’inaugurer, Martin Cooper, vice-président de l’entreprise, appelle ses concurrents de Bell Labs. L’appareil sera commercialisé dès 1983.
1978 - DEBUTS SUISSES
Les premiers abonnements pour Natel A sont proposés en Suisse par les PTT. Le Natel B débarque en 1983, le Natel C en 1987.
2 novembre 1992 -
ANGLER, PREMIER SMARTPHONE
IBM présente Angler, le premier prototype de smartphone. Muni d’un écran tactile, celui-ci permet d’envoyer des e-mails et des fax. Il sera commercialisé en 1994, sous le nom de Simon.
1993 - LE GSM ARRIVE EN SUISSE
La Suisse lance le Natel D qui fonctionne sur réseau GSM, son premier réseau numérique. Trois ans plus tard, le pays compte déjà 500 000 abonnés au réseau mobile.
19 janvier 1999 - PREMIER BLACKBERRY
Le groupe canadien Research in Motion (RIM) lance son fameux BlackBerry, destiné aux professionnels.
27 août 2003 - NOKIA LANCE LE 1100
Le Nokia 1100 est mis sur le marché. Le modèle se vend à plus de 200 millions d’exemplaires dans le monde, un record absolu.
Automne 2004 - MOTOROLA SORT LE RAZR
Motorola lance le RAZR, mobile à clapet, qui transforme le portable en objet de mode. La gamme des RAZR se vend à plus de 130 millions d’exemplaires.
9 janvier 2007 - PREMIER IPHONE
Steve Jobs dévoile l’iPhone. Le charismatique patron d’Apple, aujourd’hui disparu, parle de «produit révolutionnaire». Il imposera en effet un nouveau standard.
5 janvier 2010 - GOOGLE INTRODUIT NEXUS ONE
Le moteur de recherche entre dans la course avec Nexus One, le premier smartphone (et premier portable) vendu sous son nom, fabriqué par le taïwanais HTC. Le marché mondial est alors énorme: le nombre d’abonnements mobiles dépasse les 5 milliards (70% de la population).
4 juin 2010 - SAMSUNG LANCE LE GALAXY
La ligne Galaxy permet au sud-coréen de rivaliser avec Apple et d’imposer son leadership depuis la fin 2011. Cependant, c’est la ressemblance des Galaxy avec l’iPhone d’Apple qui lancera les hostilités entre les deux constructeurs.
Zoom sur les futurs produits phares des plus grandes marques
APPLE - IPHONE 5*
Le très attendu successeur de l’iPhone 4S. D’après les fuites, doté d’un écran 16:9 de 4 pouces – soit 10,1 cm (contre 8,9 cm pour l’iPhone 4) – il devrait être muni d’un processeur A5 fonctionnant sous iOS6, être compatible 4G et avoir un connecteur plus petit, incompatible avec la plupart des enceintes et des chargeurs vendus jusqu’alors.
Les millimètres grappillés doivent permettre de loger la prise casque à côté de ce connecteur et de gagner de la place pour une batterie plus imposante.
Les véritables nouveautés sont attendues au niveau du logiciel: nouvelles applications de cartographie, capacités étendues pour le logiciel Siri et capacités de paiement mobile via l’intégration d’une puce NFC. Et une particularité: une nanocarte SIM pour un gain supplémentaire de place est déjà disponible chez certains opérateurs européens. Disponible aux USA le 21 septembre, et d’ici à la fin du mois en Europe, à un prix estimé à 800 dollars pour le 16 GB et à 1100 dollars pour le 64 GB.
* Le nouvel appareil n’a pas encore officiellement été dévoilé à l’heure où nous mettons sous presse.
NOKIA - LUMIA 920
compatible 3,75G ou 4G, le nouveau smartphone phare de Nokia sous Windows Phone 8 affiche une dalle HD de 4,5 pouces (11,4 cm) dont le taux de rafraîchissement serait 2,5 fois plus rapide que sur les autres smartphones. L’écran tactile répond même en portant des gants; un sacré plus en hiver. Disposant de 1 Go de mémoire vive et de 32 Go d’espace disque, il est doté d’un processeur double cœur cadencé à 1,5 Ghz. Côté photo, l’appareil, bien qu’estampillé Pure View, dispose d’un capteur de 8 mégapixels, contre 41 mégapixels pour le Nokia 808. La stabilité de la caméra, vantée par le constructeur, est aujourd’hui au cœur d’une polémique: la vidéo de promotion censée démontrer la qualité de l’outil a en fait été tournée avec une caméra professionnelle.
Nokia innove par ailleurs avec une recharge par induction (sans fil). Un accessoire disponible qu’en option, malheureusement. La batterie, qui est la plus puissante jamais proposée par le fabricant, devrait fournir une autonomie supérieure de 30% à celle de ses concurrents. Le nouvel OS Windows Phone 8 est associé à des services exclusifs de Nokia comme Transports, Drive et Maps et à des nouveautés alliant réalité augmentée et cartes (City Lens). Disponible en fin d’année.
SAMSUNG - GALAXY NOTE II
A mi-chemin entre un smartphone et une mini-tablette, ce «phablet» est compatible wifi, 3G et 4G. Il est par ailleurs équipé d’un processeur à quatre cœurs et fonctionne avec la dernière version du système d’exploitation Android de Google, dont le nom de code est Jelly Bean. Son innovation: un stylet fort de 1024 niveaux de pression pour une précision optimale sur l’écran HD. Il suffit d’appuyer le stylet sur l’icône d’un dossier pour en prévisualiser le contenu. Le lancement est prévu en Europe en octobre.
LE SMARTPHONE ATIV S
Ce Galaxy S3 revu et corrigé est le premier appareil doté du système d’exploitation Windows Phone 8 de Microsoft. Il présente des spécifications avantageuses: écran super Amoled HD de 4,8 pouces (12 cm), double cœur de 1,5 Ghz, appareil photo de 8 millions de pixels, 1 Go de mémoire vive… Pas encore de date officielle pour la sortie de l’Ativ S, mais on peut parier qu’il sera disponible au moment du lancement de Windows Phone 8, annoncé pour le 26 octobre.
MOTOROLA - LES DROID RAZR M, RAZR HD ET RAZR MAXX HD
Tous trois tournent évidemment sur Android puisque Motorola appartient maintenant à Google. Pourtant, aucun n’intègre la dernière version, Jelly Bean, mais l’antérieure, Ice Cream Sandwich! Sinon, des écrans plus larges de 4,3 pouces pour le Razr M (11 cm mais sans bords, ce qui rend difficile sa prise en mains) et de 4,7 pouces pour les Razr HD et Razr Maxx HD (12 cm). Les appareils présentent des capacités augmentées de batterie (21 heures de conversation ou 32 heures en stand-by pour le Razr Maxx HD, chapeau!), des capteurs photo 8 mégapixels, des processeurs double cœur de 1,5 Ghz, 1 GB de mémoire vive et une compatibilité avec la 4G. Seul le Razr M devrait être disponible en Europe dès la semaine prochaine pour un peu moins de 100 dollars. Les deux autres le seront avant les Fêtes.
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