Imaginez. Des fées en daikon coloré, concombre et laitue, des boîtes roses avec leurs crevettes sauce mangue et piment doux, voisinant avec du porc émincé teriyaki, un étang peuplé de papillons sculptés végétaux, des primevères kiwiframboise, des tulipes radis et des bosquets de cresson... Quelques compositions étourdissantes de couleur parmi les 25 000 en lice au Concours Bento du printemps 2010. Des joutes culinaires et esthétiques débridées. Beau? Kitsch? Kawai, assurément, ainsi qu’on désigne au Japon cet univers enfantin du joli surbricolé et surbariolé. Ce concours témoigne de l’engouement fou pour les bentos, ces boîtes-repas à compartiments, plates ou à étages. Tout comme le foisonnement des blogs et livres sur le même thème.
De la tradition au TGV. «C’est une habitude que tout le monde connaît au Japon, note Hikari, Tokyoïte de Genève. Chaque maman en préparait pour ses enfants, voire toute la famille, pour la pause déjeuner. Traditionnellement, on y met l’ume boshi, la petite prune confite salée, au milieu du riz pour évoquer le drapeau japonais. Avant de garnir les autres compartiments avec plus ou moins de fantaisie, au gré de l’inspiration et de l’opulence: légumes en saumure, champignons aigres-doux, poisson grillé, etc.»
Au Japon, chaque supermarché ou épicerie déroule ses stands de gamelles bariolées aux accessoires multiples: baguettes, raviers, cuillères, fourres assorties, le plastique ayant souvent supplanté la laque et le bambou. Sur chaque quai de gare, à l’heure de monter dans le shinkansen, le TGV, des échoppes vous proposent leur bentos – du plus simple à 7 yens, avec une mandarine et une bouteille de thé, au plus sophistiqué. Qu’achèteront voyageurs, ouvriers ou employés pour pique-niquer sur un coin de bureau.
Cols blancs. Comme la plupart des restos japonais de nos villes, le Koto Buki, à Genève, vend des bentos, plus de 300 chaque midi. Toutes les épiceries nippones s’y sont mises, dont le Mikado, qui en vend quotidiennement 2000 aux banquiers et cols blancs du centre-ville. «Au début, en 2004, la demande venait surtout des touristes japonais, note Mika Uchitomi, de l’épicerie du même nom. Ils ont été imités par les Européens et nous sommes souvent en rupture de stock.» A l’évidence, la diminution du temps consacré à la pause et le caractère nomade de ces gamelles séduisent.
Aux raisons pratiques, à l’argument diététique s’ajoute le côté dînette variée du bento, qui enchante par son esthétique épurée. C’est un truc pour inciter les enfants à manger, notent les amateurs. Un cassecroûte sans croûte qui se customise à l’envi. Le dernier truc? Le kyaraben, ces bentos dont le contenu reproduit les icônes enfantines, de Pikachu à Hello Kitty.
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