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Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 13.06.2012 à 11:39 |
«Inutile!» Le verdict de Melanie Molitor, mère et exentraîneuse de Martina Hingis est sans appel lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense des cris poussés par les joueurs de tennis. La semaine dernière, les spectateurs qui ont suivi les matchs de Roland-Garros ont pu constater, une fois encore, combien ce sport est devenu bruyant. Pratiqué par deux adversaires aussi «expressives» que Maria Sharapova et Sara Errani, il en devient même inaudible. Tout a commencé avec Monica Seles. De l’avis général, c’est elle qui s’est mise à hurler systématiquement à chaque renvoi de balle. Chargée de cours en psychologie du sport à l’Université de Genève, Roberta Antonini Philippe explique: «Certains joueurs ont copié leur idole, Venus Williams notamment. Aujourd’hui, de plus en plus d’hommes poussent des cris. Cela fait du bien de crier. D’ailleurs beaucoup de psychologues amènent leurs patients à le faire. Sur un court, on parle de libération. Le joueur est en attente de la balle, il l’éloigne de lui avec le geste et la voix. Il y a aussi un côté intimidation de l’autre, c’est presque animal. Le spectateur attend ça. Avec le cri, c’est comme si le coup était plus fort et la balle plus rapide.» Amateurs de hurlements les spectateurs? Pas sûr. Au dire d’Alessandro Greco, chef du Sport d’élite de Swiss Tennis, «beaucoup de monde se plaint», notamment auprès de la Fédération internationale de tennis. «Quant aux joueurs, certains disent ne plus arriver à se concentrer.» On les comprend. Bande-son porno. Professeur de philosophie et auteur d’un récent essai intitulé Silences de Federer, André Scala, grand amateur de tennis, en est venu à couper le son de son poste de télévision lorsqu’il regarde certains matchs. «C’est dommage, car lorsqu’on aime ce sport, le son de la balle sur la raquette dit beaucoup de choses.» Des matchs qu’il ne va d’ailleurs plus voir pour cette raison. «Est-ce des cris de douleur ou de plaisir? On ne sait pas. L’autre jour, le Petit Journal de Canal+ a diffusé uniquement la bande-son d’un match. On aurait dit un film pornographique. Et comme les coups s’accéléraient de plus en plus...» Le Français qualifie ces bruits tennistiques de «ahan». «C’est le son d’une respiration extrêmement fort, un son que poussaient les bûcherons, chaque fois qu’ils donnaient un coup, du temps où ils n’avaient pas encore de tronçonneuses.» André Scala n’en voit pas l’utilité sur un court. «Federer ne pousse jamais de cris, pas plus que Sampras ne le faisait. Je ne vois pas ce que cela peut apporter.»
«NOUS ALLONS ÉDICTER DES RÈGLES. MAIS LE CRI N’EST PAS UN MÉCANISME QUI PEUT ÊTRE ANNULÉ D’UN JOUR À L’AUTRE.»René Stammbach, membre du comité de la Fédération internationale de tennis
Qu’en pensent les professionnels et autres entraîneurs? Ex-capitaine de la Swiss Fed Cup et responsable juniors de Genève Tennis, Christiane Jolissaint n’apprend pas à crier ou à hurler aux jeunes sportifs. «Mais à se relâcher et à expirer oui. Expirer fortement peut avoir un effet positif sur le relâchement et l’effet de puissance. Toutefois y ajouter un son me perturbe. Les joueurs qui crient doivent y trouver quelque chose pour qu’ils s’y accrochent.» D’où vient donc les «whaouhéé» prononcés par Sara Errani? «C’est sans doute un cri qui lui va bien. Elle sent qu’il lui apporte quelque chose.» Ancien entraîneur de l’équipe de France et de celle de Suisse, Georges Deniau remarque que, par le passé, les joueurs frappaient moins fort. «En frappant moins fort, on criait moins.» Empoigner le problème. Le Français précise cependant qu’il y a d’autres moyens de travailler pour lâcher son souffle: «On peut éviter les cris. Mais certains y ont tellement travaillé à l’entraînement qu’ils ne peuvent plus s’en passer.» C’est aussi l’avis de René Stammbach, président de Swiss Tennis et membre du comité de la Fédération internationale de tennis. Cette dernière, qui est responsable des tournois juniors, a décidé d’empoigner le problème d’un commun accord avec la Women tennis association (WTA). «C’est un sujet sur lequel nous sommes en train de travailler. Nous avons reçu beaucoup de réclamations: cela devient un problème pour l’attractivité du tennis. Nous allons édicter des règles. Mais le cri n’est pas un mécanisme qui peut être annulé d’un jour à l’autre. La génération actuelle est quasiment perdue.» Alors, dans cinq ans, une Sharapova silencieuse? On peut rêver. |









