Ok, depuis dix jours, le monde entier a un avis sur ces questions: fallait-il tuer Ben Laden, la Maison Blanche a-t-elle eu raison de communiquer comme elle l’a fait?...
S’il lui reste un sursaut de dignité, il devrait démissionner.
Dans ce contexte, on peut admettre que Ueli Maurer exprime son point de vue. C’est un citoyen du monde comme un autre. Le hic c’est que Ueli Maurer est conseiller fédéral UDC et ministre de la Défense. Autant de raisons qui auraient dû l’inciter à plus de retenue.
Dans la presse dominicale, il a critiqué Barack Obama avec une hargne mauvaise. En principe, les conseillers fédéraux s’abstiennent de faire la leçon à un chef d’Etat démocratiquement élu, qui plus est, président d’un pays avec lequel nous entretenons de longue date de fructueuses relations.
Le chef du département de la Défense se livre à une lecture électoraliste de l’attitude d’Obama en campagne pour sa réélection. Voilà qui est très court et bien mesquin de la part d’un élu dont le parti est en campagne électorale permanente, en inventant des ennemis irréels à notre pays.
Ueli Maurer aurait d’autant plus été inspiré de se taire qu’il est UDC, donc partisan farouche de la neutralité helvétique. Un minimum de cohérence aurait pu le conduire à ne pas commenter un acte de guerre.
Le Zurichois se désole qu’Obama se soit comporté «comme un général» en annonçant la mort du terroriste. On aurait dû lui fournir une note diplomatique pour lui expliquer que le président des Etats-Unis est, en vertu de la Constitution américaine, le commandant en chef des armées.
Un fait tout de même assez connu et illustré par maints films ou séries TV. La reconnaissance du chef aux hommes qui ont pris des risques sur le terrain pour défendre la sécurité de leurs concitoyens aurait dû plutôt dicter à Maurer du respect.
Car, en matière d’intervention militaire, un ministre suisse devrait se montrer d’une circonspection inversement proportionnelle à notre expérience – quasi nulle – des conflits sanglants. D’ailleurs, lorsque nous avons été confrontés à une prise d’otages en Libye, on ne peut pas dire que les brillantes facultés stratégiques et militaires d’Ueli Maurer aient beaucoup servi à résoudre la crise.
Barack Obama a du cran, des valeurs, une vision pour son pays et pour le monde. Tout ce dont notre pauvre Ueli Maurer est pathétiquement démuni. S’il lui reste un sursaut de dignité, une once de compréhension pour les intérêts de la Suisse, il devrait démissionner.
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