Ils sont claustrophobes, entomophobes, laxophobes, herpétophobes, aviophobes, émétophobes et ils ont peur. Peur d’affronter leurs peurs.
Phobiques des espaces clos, des insectes, des toilettes, des serpents, de l’avion, du vomi (la liste est infinie), ces femmes et ces hommes vivent des moments d’anxiété intenses lorsqu’ils sont confrontés à l’animal, la chose oula situation tant redoutée, pourtant si banale aux yeux des autres.
Impression de mourir, de devenir fou, souffle court, accélération du rythme cardiaque, contractions musculaires, transpiration, tremblements, évanouissements, maux de ventre, les symptômes varient mais la peur, elle, est toujours là.
«C’est une mauvaise appréciation du danger, auquel se mêle un sentiment de vulnérabilité», traduit Françoise Riquier, psychiatre à Lausanne et spécialiste des questions autour de la phobie.
Une liste… infinie L’American Psychiatric Association a recensé près de… 3000 phobies «officielles».
Mais à priori, on peut être phobique de tout et n’importe quoi – même si les noms semblent parfois imaginés avant même l’apparition de la pathologie: brouettes (pabullophobie), fers à repasser (pressophobie), dictionnaires (dicophobie), saucissons (salcicophobie), étiquettes de parfum (odolabélophobie) ou légumes (lachanophobie)… De tout, donc.
Mais, comme le précise le psychologue Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique et spécialiste des traitements en réalité virtuelle, «il est extrêmement rare de voir une phobie des tulipes».
Moins rares en revanche mais tout aussi étonnantes: la peur du vent, la peur d’avaler, la phobie de la neige ou celle des ballons. Pour autant, de nouvelles pathologies apparaissent-elles? Les spécialistes commencent par hocher la tête avant de se reprendre.
Car dans leur jargon, ils ont bien un nom pour différencier les phobies ancestrales des nouvelles: les peurs «prétechnologiques». Donc, logiquement, l’arrivée de nouvelles technologies peut, oui, créer de nouvelles phobies.
L’avion, le téléphone, la voiture ou les appareils hospitaliers (par exemple les scanners) l’ont déjà démontré. Françoise Riquier: «Je n’ai pas encore eu à traiter un phobique du micro-onde, mais ça pourrait arriver cartout est possible.» Et, en l’occurrence, cette phobie-là existe bel et bien.
Il y a phobie et phobie Il existe deux types principaux de phobies: les phobies dites simples ou spécifiques qui regroupent les animaux (chiens, serpents, araignées, oiseaux, etc.), les éléments naturels (orages, vide, vent, eau, etc.), les objets (aiguilles, armes, etc.) et les phobies sociales, généralement plus handicapantes que les phobies simples car souvent plus difficiles à éviter, suscitées par la peur d’interagir en société (rougir, parler en public, etc.).
Le psychiatre français Christophe André, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème, en liste deux autres: l’agoraphobie, soit la peur de ressentir et de ne pas pouvoir contrôler des manifestations physiques ou mentales désagréables dans des situations où l’on se sent «coincé» (lieux clos, files d’attente), ou loin de chez soi (déplacements, voyages) voire les deux (transports en commun, embouteillages) et, enfin, les phobies de… «tout le reste»: mort, maladie, microbes, qui peuvent parfois être proches des troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
Les chiffres de la peur Les estimations quant au nombre de personnes en prise avec la phobie font presque froid dans le dos: 5 à 25% de la population mondiale en pâtirait, le mal n’étant pas réservé aux seuls pays industrialisés.
Si le Papou ne connaît sans doute pas la peur de l’avion, il peut tout à fait développer d’autres phobies, relèvent les spécialistes. La seule différence est peut-être que «dans les pays moins industrialisés, on a moins le luxe de limiter sa vie en raison de sa peur», analyse Stéphane Bouchard. «Reste qu’il y a des phobies partout dans le monde, poursuit le Québécois.
La peur n’est pas rationnelle.» Elle peut aussi paralyser des gens d’Afrique subsaharienne ou des Esquimaux chez qui la phobie du… serpent, pourtant absent de ces contrées glacées, peut très rapidement se développer si on les confronte à cet animal, rapporte Françoise Riquier.
Aux Etats-Unis, une étude du National Institute of Mental Health a révélé que 8,7% à 18,1% des Américains sont concernés par cette pathologie.
En Suisse, selon différentes études épidémiologiques, plus de 700 000 personnes (11% de la population) souffriraient, à des degrés divers (de la simple anxiété à la paralysie complète), de phobies simples et près de 1,3 million (17%) de phobies sociales. Et si une partie d’entre elles (20%) cumulent plusieurs phobies, elles ne sont que 3 à 4% de phobiques à consulter.
Les femmes en ligne de mire Est-ce surprenant? 75% à 90% des phobiques sont des femmes, constate Françoise Riquier. Les témoignages recueillis par L’Hebdo en sont la parfaite démonstration (lire témoignages).
Cela en ferait, selon certaines études, la pathologie psychiatrique la plus fréquente chez la gent féminine, et la 2e plus fréquente chez les hommes.
La raison? Pour Hunter Hoffman, directeur du Centre de recherche de réalité virtuelle de l’Université de Washington à Seattle, «les femmes sont plus émotives et plus susceptibles de développer des troubles anxieux».
Aux yeux de son confrère nord-américain, la question demeure «sans réponse ferme»: «Certains évoquent une prédisposition génétique, note Stéphane Bouchard, d’autres le fait qu’il est socialement plus toléré que les femmes soient dans l’évitement (voir ci-après), ce qui joue un rôle clé dans le maintien des phobies.»
Ce qui apparaît certain pour ces experts, c’est que les femmes se déclarent plus facilement anxieuses que les hommes. «Certains ne se rendent pas toujours compte qu’ils sont anxieux. Ils ne ressentent pas les différences émotionnelles et ne vivent l’émotion que lorsqu’elle atteint son maximum, observe Françoise Riquier. D’autres sont capables de développer des claustrophobies mais vont le cacher à leur entourage, donnant l’illusion d’être indemnes de toute anxiété.»
Les enfants ne sont pas plus à l’abri que leurs parents de souffrir de phobies. Si la phobie la plus classique chez les petits concerne les animaux, on les fait consulter le plus souvent pour des peurs touchant aux aliments, à la phobie scolaire, et aux pétards. Aucune couche sociale n’est à l’abri de ces peurs.
Jusqu’où va le handicap? Les phobies peuvent gravement altérer le quotidien, insiste Hunter Hoffman. «Cela peut être même très sévère, ajoute Stéphane Bouchard. J’ai vu des phobiques d’araignées vendre leur maison!»
Et si toute phobie peut être handicapante, la phobie sociale, elle, l’est passablement: «Elle va vous attendre dans toutes les sphères de votre vie», constate Françoise Riquier. Puisque la gêne n’est pas seulement dans l’interaction avec les autres, mais aussi dans l’évaluation. «C’est par exemple traverser une pièce et être vu, manger ou écrire à la vue de tous, poursuit la psychiatre.
Les gens qui sont phobiques d’avoir besoin de toilettes en cas d’urgence, par exemple (lire témoignage ci-dessous), doivent à l’avance savoir lorsqu’ils se déplacent où ils peuvent en trouver.
Cela peut paraître complètement incompréhensible parce que ce sont des choses que l’on fait tellement souvent, d’une grande banalité. On ne comprend pas que les autres n’arrivent pas à dépasser ça. On les embête même parfois et pourtant il y a bel et bien une détresse. En les poussant à se confronter de manière brutale, on aggrave encore le trouble.»
Prenez quelqu’un qui souffre d’agoraphobie, ennemie du déplacement et de l’autonomie; il ira jusqu’à ne plus partir en vacances, voire à ne plus quitter sa maison, et deviendra bien souvent un poids pour son conjoint, sa famille.
D’autant que dans les phobies, il y a souvent un «phénomène de généralisation». «La phobie a tendance à s’aggraver et à s’étendre à de plus en plus de situations», constate Françoise Riquier qui a fait du traitement de la phobie sa spécialité précisément parce qu’il est regrettable de voir Monsieur et Madame Tout-le-Monde «se limiter autant dans ses plaisirs, dans ses loisirs et dans sa carrière, alors qu’on peut l’alléger de ce boulet».
Mot-clé: la dissimulation Un boulet certes, mais un boulet que beaucoup cherchent à éviter et à dissimuler à tout prix. Il n’est pas évident d’avouer sa phobie: pour certains, c’est même un vrai coming out. Et à fortiori pour ceux qui souffrent de phobie sociale, puisque leur trouble est lié au regard des autres.
«Si certains phobiques parlent ouvertement de leurs peurs et en font des boutades, d’autres n’osent pas en parler, remarque Stéphane Bouchard. Parfois, même les conjoint(e)s ne savent rien tellement l’évitement est bien organisé.»
«Ils se taisent aussi parce qu’ils craignent la risée des autres, ajoute Hunter Hoffman. Combien d’arachnophobes, par exemple, n’ont-ils pas été taquinés par des tiers qui leur montraient une araignée, riant à leur réaction exagérée?»
Qu’est-ce qui les déclenche? L’origine des phobies est trouble et multiple. Pour ce qui est des phobies dites spécifiques, les psys évoquent «une petite part de prédisposition génétique».
Hunter Hoffman s’appuie sur des études américaines pour dire que 58% des phobiques ont développé leur peur par conditionnement.
«Grosso modo», dit Stéphane Bouchard, un tiers des phobiques acquièrent leur pathologie suite à une expérience personnelle négative; un autre tiers en apprenant de la peur de l’autre (les phobiques de vols en avion n’ont pas acquis leur peur suite à un crash); et un dernier tiers n’a aucune idée d’où ça provient.
«Quelle que soit la cause, lancent en cœur les experts, l’efficacité de la thérapie cognitive-comportementale ne change pas.»
Peut-on en guérir? Le plus souvent, du moins pour les phobies spécifiques, «trouver l’origine du mal est inutile», insiste Stéphane Bouchard.
«Les thérapies comportementales et cognitives sont celles qui ont fait le plus leurs preuves, ajoute Françoise Riquier.
Parfois, avec quelques séances on y arrive. Mais il ne faut pas rêver, poursuit la psychiatre, certaines situations nous amènent à faire de nombreuses séances et des fois, oui, nous avons des échecs thérapeutiques.
Les gens peuvent alors essayer d’autres techniques.» Hypnose, EMDR (Mouvement des yeux, désensibilisation et retraitement de l’information) et autres techniques qui vont permettre d’apprendre à mieux maîtriser les paramètres phyralisation siologiques, comme la respiration et le rythme cardiaque.
La petite dernière, très prometteuse aux yeux de nos trois spécialistes qui y ont recours, porte le nom de «réalité virtuelle». Un visiocasque où défilent des images proches de la réalité et qui vont confronter le sujet à sa peur en le plongeant dans l’univers qu’il redoute (dans un avion, avec des araignées etc.).
Et si, en Suisse, on en est encore au stade expérimental, «l’efficacité est superbe pour la peur des vols en avion et l’anxiété sociale», se félicite le Québecquois Stéphane Bouchard.
Hunter Hoffman poursuit la liste: «Acrophobie (hauteurs), arachnophobie (araignées), aviophobie (avion), claustrophobie (espaces clos), amaxophobie (conduire), lalophobie (parler en public), trouble panique avec ou sans agoraphobie...
Mais pour qu’elle soit efficace, écrit le très renommé psychiatre Jean Cottraux dans Les thérapies comportementales et cognitives, «il faut que le sujet ait l’illusion de présence lors de son immersion dans le monde virtuel».
Françoise Riquier acquiesce: «Tout l’objectif du thérapeute sera d’amener un scénario et faire une mise en scène de telle manière à ce que le patient adhère encore plus à l’expérience.»
Hunter Hoffman, en tout cas, en est convaincu: cette thérapie-là, la réalité virtuelle, va permettre de soigner toujours plus de phobies.
*prénom d’emprunt
COLLABORATION CAROLE DUBUIS
De la phobie simple à l'agoraphobie
Phobie
Du grec ancien: phobos (crainte). Peur exagérée et excessive d’un objet ou d’une situation, d’une rencontre sociale ou d’un lieu précis. On les nomme respectivement phobie simple ou spécifique, phobie sociale et agoraphobie.
Phobie simple ou spécifique
Les attaques de panique sont déclenchées par un animal (chien, oiseau, araignée, etc.), un objet (aiguille, arme, etc.) ou des éléments naturels (orage, hauteurs, vent, etc.).
Phobie sociale
Crainte d’interagir en société (parler en public, aborder un inconnu, etc.). L’individu cherche souvent fort adroitement à éviter ces situations.
Agoraphobie
Peur de ressentir et de ne pas pouvoir contrôler des manifestations physiques ou mentales désagréables dans des situations où l’on se sent coincé (lieux clos, files d’attente), ou loin de chez soi (déplacements, voyages).
Les 8 plus courantes
Hématophobie peur du sang
Acrophobie peur des hauteurs
Mysophobie peur des microbes
Arachnophobie peur des araignées
Aviophobie peur des vols aériens
Emétophobie peur de vomir
Ascensumophobie peur des ascenseurs
Lalophobie peur de parler en public

Les 8 plus étonnantes
Phagophobie peur d’avaler
Lachanophobie peur des légumes
anémophobie peur du vent
Taphophobie peur d’être enterré vivant
Coulrophobie peur des clowns
Chionophobie peur de la neige
Cubiculacétophobie peur que des lézards tombent dans votre lit
Agalmatorémaphobie peur que les statues d’un musée se mettent à parler
Témoignages
«Je ne peux pas vivre comme les autres et tout ça à cause des insectes volants. A 19 ans, je vivais cloîtrée chez moi. Je n’osais pas ouvrir les fenêtres ou sortir sur le balcon. En scooter, quand j’en voyais un s’approcher de moi à un feu rouge, j’aurais été capable de le griller pour lui échapper. Je devais me calmer pour ne pas faire une bêtise. Même si ça va mieux aujourd’hui, c’est gênant de devoir parler de ça à ses amis, mais, surtout, cette phobie me prive de convivialité et me marginalise.» Céline, 32 ans, entomophobe
«Traverser la place Saint-François? C’était impossible. Je ne supportais pas les plumes, les pigeons et, finalement, tout type d’oiseau. Ce qui me faisait le plus peur, c’était ce bruit d’ailes. Une fois, un pigeon s’est retrouvé dans ma cage d’escalier. Je me suis enfermée chez moi. Je pleurais, transpirais, mes jambes se dérobaient et j’ai dû attendre qu’il s’en aille pour descendre. Mais aujourd’hui, après ma thérapie, ça va mieux et j’espère aller à Venise…» Lise, 37 ans, ex-ornithophobe
«C’est comme ça depuis toujours mais je ne sais pas d’où ça vient. Je me rappelle quand j’étais petite, 8 ou 9 ans, un copain mettait des araignées dans sa poche et moi ça me faisait hurler. Aujourd’hui, si j’en vois une, je hurle! Et je supporte encore moins de les voir bouger. Ces huit pattes, c’est d’une laideur atroce et on ne sait jamais où elles vont partir. C’est sûr qu’avec ça, je ne rêve pas d’aller dans la forêt amazonienne… La désensibilisation? Pas trop envie, non, ça ne me dit pas tant de devenir copine avec les araignées.» Cynthia*, 35 ans, arachnophobe
«J’ai toujours eu un estomac très fragile. Des maux de ventre qui m’obligent à trouver des toilettes rapidement. A cela, voire à cause de cela, s’ajoute une autre inquiétude. Le fait qu’on sache que je vais (souvent) aux toilettes et qu’on m’entende. C’est insupportable. Insurmontable, même. Du coup, chaque sortie dans un lieu exigu ou inconnu, et bien sûr tout espace extérieur sans toilettes, est un calvaire. Je ne pense qu’à ça: que va-t-il se passer si je suis malade? Vais-je trouver des toilettes? Si oui, seront-elles à l’écart? Trouverais-je une issue de secours? C’est absurde et, en même temps, comme je ne sais jamais quand le mal me prend, cette crainte est omniprésente. Et elle me pourrit la vie.» Albertine, 43 ans, laxophobe
«Ça a commencé il y a trois ans alors que je devais partir en Afrique et faire plusieurs vaccins. Je n’aimais déjà pas les hôpitaux mais là le médecin m’a très mal piquée, j’ai eu mal et surtout je me suis sentie pas bien. Depuis, ne serait-ce que devant la télé, j’ai des haut-le-cœur quand je vois des aiguilles mais ça peut se transformer en panique quand je sais que la piqûre est pour moi. Aujourd’hui, si c’est pour un contrôle de santé qui n’est pas forcément obligatoire, je refuse d’être piquée. Ma mère, qui est infirmière, essaie de m’aider à mieux gérer ça et, de mon côté, j’essaie de faire un travail sur moi-même.» Laure, 17 ans, bélénophobe
«Une indigestion en 1989 a déclenché ma phobie. Du coup, j’ai la hantise de boire trop d’alcool, de manger un produit périmé ou d’approcher de trop près des gens qui auraient une gastroentérite. Quand j’étais étudiante d’ailleurs, s’il avait fallu choisir entre échouer un examen ou vomir, j’aurais opté pour la première solution. Je plains les femmes enceintes parce qu’elles ont des nausées. Et si je vois un personnage vomir dans un film, je ne vais me souvenir que de ça et cela va me gâcher ma journée. Du reste, chaque fois qu’on m’annonce que quelqu’un est mort, je me dis, soulagée: lui, au moins, il ne vomira plus jamais.» Coralie, 31 ans, émétophobe
«Je ne sais pas exactement quand ça a viré, il y a trois ans peut-être et ça devait être après un vol tourmenté. Depuis ce moment, c’est devenu de plus en plus caricatural: je regarde la carlingue avant de monter pour voir si elle est en bon état (comme si je pouvais voir quoi que ce soit!), ensuite j’écoute chaque bruit, à chaque changement de régime de moteur je me demande si c’est normal (alors que, là encore, je n’y connais rien). Mais le pire, c’est que j’appréhende des semaines à l’avance, dès que je sais que je vais prendre l’avion. Je suis super-superstitieux et bien que je ne sois pas pratiquant, je prends un chapelet grec et je me signe toujours discrètement en arrivant dans l’avion, avant de décoller, pendant le décollage, pendant la phase de croisière et à l’atterrissage. La honte!... En plus, ce n’est pas très viril.» Nicolas*, 32 ans, aviophobe
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