Trois ministres ont craint pour leur réélection, mais à la fin «tout est bien qui finit bien». Reste maintenant à gouverner avec le petit nouveau pendant quatre ans (après une législature 2007-2011 durant laquelle cinq nouveaux ministres sont arrivés, on ne s’attend pas, sauf problème de santé, à une vacance en cours de route). Comment s’entendront- ils?
La dynamique de groupe va connaître une révolution majeure: les femmes ne sont plus majoritaires dans le collège. En 2011, le trio Leuthard, Widmer-Schlumpf, Sommaruga accompagné de Micheline Calmy-Rey a appris à dominer. Elles ont pris goût au leadership en forgeant une décision historique, la sortie du nucléaire. Ce genre d’exploit soude une équipe pour longtemps. Les trois femmes réélues mercredi se consultent beaucoup, se téléphonent, travaillent à des projets communs.
Le lien entre Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf est particulièrement fort, les deux femmes veillant aussi au rapprochement de leur parti respectif. Et même si Doris Leuthard a fini par estimer que son parti en faisait un peu beaucoup pour la Grisonne – face à un Christophe Darbellay se lançant dans un concert de louanges dès qu’un micro passait devant lui –, elles ont présenté, côte à côte, une stratégie commune pour l’avenir énergétique du pays. Deux semaines avant les élections au Conseil fédéral.
Le retour du «sexe fort». Le trio, à côté duquel les trois hommes du Conseil fédéral ont fait pâle figure, va devoir composer désormais avec la forte personnalité d’Alain Berset. Le Fribourgeois a une grande familiarité du pouvoir, mais il n’a pas d’expérience collégiale. Il devra se montrer diplomate et ne pas froisser ces dames, s’il veut prendre sa place et gagner de l’ascendant.
Il pourra compter sur sa complicité avec sa collègue de parti. Berset et Sommaruga, presque des siamois. Et pourquoi pas un petit quatre mains au piano au prochain repas de Noël du Conseil fédéral? Deux pianistes, deux exsénateurs, deux politiciens qui soignent leur droite et leur image avec minutie, qui ne laissent rien au hasard.
Doris Leuthard cherchera certainement à faire alliance avec Berset, comme elle l’avait fait avec Moritz Leuenberger. La PDC est une pragmatique, et il ne lui aura pas échappé que Berset l’a citée en exemple comme ministre compétente sans avoir eu d’expérience d’exécutif auparavant, lorsqu’il devait souffrir la comparaison avec son challenger Maillard.
Avec Alain Berset, les trois autres hommes du collège se trouveront un leader. Maurer, Schneider-Ammann et Burkhalter sont des effacés, discrets, aux ego très normalement proportionnés. Ils reconnaîtront rapidement leur maître dans la personne du nouvel élu socialiste, le chef de meute, ils s’y soumettront instinctivement, pas malheureux que l’un d’entre eux redonne un peu de virilité au pouvoir gouvernemental, sauve l’honneur du sexe dit fort.
La fin des grandes gueules romandes. Mais leur degré de complicité bilatérale future dépendra de la répartition des départements. S’il va aux Affaires étrangères, il indisposera peut-être Didier Burkhlater qui s’y voyait. Les deux Romands du collège devraient toutefois bien s’entendre une fois cette première épreuve surmontée. Ils partagent le même profil technocrate, premier de classe, élégant et si peu tribun charismatique. C’est une première pour les Romands: aussi loin que l’on se souvienne, ils ont toujours eu au Palais un représentant grande gueule, jovial ou populaire (au moins de ce côté-ci de la Sarine): Chevallaz, Delamuraz, Couchepin, Dreifuss ou Calmy-Rey. Le tandem Burkhlater-Berset n’aura pas le talent d’enthousiasmer une foule.
Compte tenu de la donne internationale, les Affaires étrangères devraient être ces prochaines années la préoccupation de tous les ministres. Mais Ueli Maurer n’y a aucun goût, il sera content que Berset assure la coordination, tout en guettant avec nervosité toute velléité d’impulsion dans le dossier européen.
Quant à Johann Schneider-Ammann, il devra endurer les corapports que le docteur en économie socialiste ne manquera pas de rédiger sur ses dossiers fétiches. Le radical bernois aura un autre souci. Il s’entend mal avec son collègue Didier Burkhlater, à qui il a chipé la direction de la Formation.
Mais on peut compter sur la présidence d’Eveline Widmer-Schlumpf pour que le collège se mette sérieusement au travail.
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